Vous prendrez bien une petite claque ? | la maison du cancer

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Le médecin lui a tenu ce discours : « eh bien madame, avec une tumeur de cette taille là au sein, je m’étonne que vous ne soyez pas déjà morte ! ».  Sidérée, la dame en question n’a pas voulu en savoir plus sur les traitements à venir. Elle est partie en claquant la porte, offusquée par tant de brutalité.

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La femme médecin s’approche et tournant le dos aux filles de la vieille dame, s’assoit sur son lit. « Bon, nous n’avons pas fait l’opération prévue car en fait, nous avons découvert que vous aviez par ailleurs un cancer du pancréas très avancé. ». La vieille dame, qui une semaine avant conduisait et menait sa vie avec énergie, est assommée.  Uppercut. Mais où sont les gants ?

Encore ? « Bah, on vous fait ce traitement, mais on sait bien qu’un jour, il ne marchera plus ».  Sympa quand le traitement en question est de plus en plus difficile à supporter.  Allez une petite dernière ?  « Opérer les métastases sur le foie ? Vous n’y pensez pas !, elles sont beaucoup trop nombreuses » « Ah bon… ? Alors cette nouvelle chimio, elle va au moins les tuer, ces métastases ? »  « Ah non, juste essayer de les contenir ». Zéro espoir de rémission.  Des mots jetés en l’air, anodins pour celui qui les formule, mais qui vous cinglent l’âme.

L’ordonnance sous le bras, prescription trop connue d’anti nauséeux, et la promesse de reprendre une nième chimio dans quelques jours, vous voilà seul face à vous même. Il est où le soutien psychologique ? Elle est où la personne à qui poser des questions pour vivre au quotidien : mon foie va mal, alors je me nourris comment ? Comment je le draine de toutes les toxines de la future chimio ?

Un boxeur, lui, quand il est sonné, il a tout une équipe autour de lui : on le panse, on le masse, on le réconforte.  C’est vrai qu’il faut le choyer un peu pour qu’il dure. Mais vous, là, le cancéreux, le métastasé dont la science est impuissante à tuer ces mauvaises cellules, passez sans bruit votre chemin.  Seul, vous voilà seul chez vous, face à votre destin d’éternel malade et de condamné à peut-être plus si long terme.  Pas un mot d’espoir ne résonne en vous parce que personne n’a pris la peine de vous dire qu’on peut tenir longtemps, chimio après chimio ; que les statistiques ne veulent rien dire ; qu’il faut résister car de nouveaux médicaments réussiront peut être à vous offrir des années de vie. Alors, oui, vous êtes sonnés. Vos proches aussi, si proches il y a – car la solitude peut être plus abyssale encore.  Reste à rassembler votre courage pour rester debout, petit soldat perfusé, décidé à rester au front le plus longtemps possible.  Mais cette bataille, elle serait juste un peu moins dure à mener si vous vous sentiez un peu moins cabossé. Si dès l’annonce, vous aviez été enveloppé d’un peu plus d’humanité. Et si tout au long du chemin, vous aviez été accompagné, « coaché », par une équipe qui vous aurait épargné ces mots qui tuent à petit feu, et qui aurait su vous offrir un truc fou : l’envie de vous battre en vous perfusant une énorme dose d’espoir. Avec humanité, tout simplement.

Anouchka