Des soins d'esthète contre la maladie | la maison du cancer

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Armée de foulards, borsalino et maquillage, Marie-Laure Allouis  aide les patients à se réconcilier avec leur image souvent mise à mal par la maladie. Cette infirmière à l’Hôpital Georges Pompidou à Paris a en effet une double casquette : soignante et « relookeuse », deux missions qu’elle assume avec une conviction toute communicative. 

Impossible de ranger Marie-Laure Allouis dans une case. Officiellement, cette énergique jeune femme est infirmière en cancérologie à l’hôpital Européen Georges Pompidou à Paris. Mais une fois par semaine, le mardi, Marie-Laure change de peau, ou plus exactement en revêt une seconde: celle de conseillère en image. Infirmière et «relookeuse», un combiné étonnant et pourtant fort judicieux.

Ses conseils, Marie-Laure Allouis ne les prodigue pas à des jeunes femmes fortunées mais à des malades atteints du cancer. Face aux stigmates des traitements, le miroir devient bien souvent une épreuve pour les patients, ajoutant encore au fardeau de la maladie. Marie-Laure Allouis, armée de mille trucs et astuces, dirige, oriente, réconforte les plus fragilisés et soulage leur souffrance.

Comme bien souvent, c’est une expérience personnelle qui est à l’origine de cette envie de concilier deux métiers bien différents : « à l’âge de 19 ans, l’ un de mes amis s’est retrouvé à l’hôpital, paralysé après un accident, se souvient-elle. De le voir ainsi, si démuni dans son lit, cela m’a mise très mal à l’aise. C’est ce qui m’a donné l’envie, pour aider les patients, de travailler sur l’image et sur l’estime de soi,  ». Parallèlement à son métier, Marie-Laure Allouis suit donc une formation de conseillère en image et finit par créer son association Apima, en 2001. Aujourd’hui, elle consulte une fois par semaine dans les services d’oncologie et de radiothérapie de l’hôpital Pompidou.

Borsalino, crèmes et maquillage

La première rencontre consiste souvent à renseigner les malades sur les possibles conséquences des chimios et radiothérapies. Avec Marie-Laure Allouis, le patient peut vraiment prendre le temps d’affirmer ses craintes. « Vais-je grossir ? Perdre mes cheveux ? Ce sont les questions qui reviennent le plus souvent, explique l’infirmière. Ensemble, nous cherchons des solutions pour adoucir et améliorer le rapport du malade au miroir ».

Face à la perte des cheveux, Marie-Laure a plus d’un tour dans son sac. Premier conseil : se couper les cheveux courts pour que la chute soit moins traumatisante. Ensuite, user de foulards, perruques et autre couvre-chefs. « Apprendre à nouer joliment son foulard, se sentir bien avec, cela peut être un vrai soulagement, explique-t-elle. Encore récemment, un de mes patients ne se reconnaissait pas avec une casquette ou un bonnet. Nous avons eu l’idée du Borsalino et croyez-moi, il en était très heureux».

Choisir la bonne teinte de maquillage ou la bonne crème hydratante sont autant de recommandations précieuses. Un travail complémentaire à celui de l’esthéticienne du service. « Je ne suis absolument pas spécialiste de la beauté, nuance Marie-Laure Allouis.  Une esthéticienne saura effectuer des soins du visage ou du corps tandis que mes conseils sont basés sur une expérience et un savoir médical. Ce sont deux fonctions complémentaires ».

De plus en plus reconnue

Marie-Laure Allouis expliquera ainsi pourquoi il est déconseillé de porter des faux -ongles pendant les traitements puisque leurs composants altèrent la couche lipidique et fragilisent encore davantage les ongles. De même, elle déconseillera un massage du cuir chevelu pour un patient atteint d’un cancer du poumon, la stimulation crânienne pouvant favoriser l’apparition de métastases  cérébrales. « L’important est de connaître les aboutissants de chaque geste, même lorsque cela touche l’esthétique », résume-t-elle. 

Si elle est aujourd’hui de plus en plus reconnue, son initiative n’a pas été saluée au départ. Une psychologue notamment avait émis des réticences quant au fait de confronter les patients à leur image, ceci risquant de provoquer un choc. A force d’obstination, Marie-Laure Allouis a su prouver l’utilité de sa démarche, dans son service et en dehors de l’hôpital. Elle a ainsi formé des centaines d’autres infirmières dans toute la France.  Et publié deux livres dans lesquels elle divulgue ses conseils.

Marie-Laure Allouis ne compte pas s’arrêter en si bon chemin et réfléchit désormais aux moyens d’étendre cette pratique aux autres services. Pourquoi pas en travaillant avec une infirmière stomathérapeute, comme on le lui a proposé récemment. Tout en gardant son objectif essentiel : «mettre la singularité des gens en valeur. Encore et toujours».

Cécile Cailliez

Site Apima

 Livres :

«  Soigner son image pour mieux vivre son cancer», ed APIMA, 2005

 « Conseils de beauté pour mieux vivre son cancer »,ed APIMA,2008.