Tout savoir sur la dermopigmentation | la maison du cancer

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La dermopigmentation ou « tatouage médical » est utilisée dans deux suites de cancers : elle permet de redessiner la ligne des cils et sourcils malmenés par les traitements. Avec elle, on recolore aussi l’aréole mamelonnaire en cas de chirurgie du sein. Le point sur cette technique avec le Dr Anne Rauzy, médecin esthétique à la Clinique Art Médica, à Montpellier.

 

Quelle est cette technique ?

La dermopigmentation consiste à déposer dans le derme, c’est-à-dire à deux millimètres sous la surface de la peau, des petites particules colorées. « Les pigments utilisés sont des pigments minéraux, aux molécules simples d’un point de vue chimique et tout à fait stables au niveau de la lumière », précise le Dr Anne Rauzy. Ils sont introduits dans le derme, de façon antiseptique, à l’aide d’aiguilles trempées dans le pigment. Cette technique permet de redessiner les sourcils, la ligne des cils (eye-liner), et les contours de la bouche. La séance de dermopigmentation dure une heure pour les sourcils, comme pour l’eye- liner.

Depuis une dizaine d’années, on a aussi recours à cette technique pour recolorer l’aréole mamelonnaire en cas de chirurgie réparatrice suite à un cancer du sein.

Qui peut y avoir recours ?

Toutes les femmes touchées par un cancer peuvent recourir à une dermopigmentation au niveau du visage ou du corps, à condition de ne pas être enceinte, et de ne pas avoir une maladie virale évolutive. La surface à recolorer doit par ailleurs être  parfaitement saine, et donc ne présenter aucune lésion. « Aux femmes qui sont en chimio, je conseille tout de même avant de procéder à un tatouage permanent des sourcils ou des cils d’apprendre à se maquiller de manière classique dans un atelier. On a toujours le temps de faire une dermopigmentation», estime le Dr Anne Rauzy. Cette technique reste essentiellement proposée par les médecins esthétiques. Leur spécialité : l’amélioration esthétique du corps et du visage, sans chirurgie, mais grâce à d’autres techniques

 (laser, dermopigmentation, peeling, injections, etc…) . Ces derniers, qui exercent plutôt dans des cliniques privées, ou des centres d’esthétique spécialisés, sont habituellement recommandés par les  oncologues au moment d’orienter leurs patientes vers la dermopigmentation. 

Quelles étapes pour faire re-colorer l’aréole ?

Lors du premier rendez vous avec le médecin esthétique, ce dernier se renseigne sur le passé médical de sa patiente et essaie de comprendre ses motivations. « La plupart des femmes réfléchissent longtemps avant de venir, mais une fois qu’elles sont là, elles sont en général très motivées. Pour elles, c’est un peu la dernière étape avant de tourner la page de leur cancer. L’intervention peut être refusée à une patiente qui ne serait pas prête psychologiquement », souligne le Dr Anne Rauzy. En effet, se faire tatouer “une fausse aréole”, et parfois devoir modifier celle qui n’a pas été opérée pour qu’elle soit en harmonie avec celle qui a été greffée est une étape décisive.

C’est également au cours de cette première consultation que médecin et patiente choisissent  la couleur de l’aréole, en se fiant à celle qui n’a pas été touchée. Si les deux seins ont été opérés, différentes teintes et modèles sont proposés. Puis on demande à la patiente de lire attentivement, avant de le signer, un « consentement éclairé ». Elle revient environ quinze jours plus tard pour l’intervention.

Comment se déroule cette intervention ?

Deux types de situation : les femmes qui ont eu une chirurgie et à qui on a greffé une aréole (morceau de peau pris au niveau de l’aine) et celles qui n’ont pas été greffées. Les premières se retrouvent bien souvent avec deux aréoles très différentes, notamment au niveau du diamètre. Elles optent donc pour une dermopigmentation « symétrisante ». Pour les secondes, il s’agira de dessiner une nouvelle aréole directement sur la peau, identique à celle restée intacte. Avant de commencer, le médecin prend une photo, puis dessine l’aréole. Une crème est appliquée pour anesthésier la zone à recolorer. La dermopigmentation à proprement parler dure une demi-heure par sein.

Peut-on « retoucher » la zone colorée ?

Une séance de « retouche » a lieu un à deux mois plus tard. «  Nous contrôlons alors la tenue de la couleur, et voyons si la patiente n’a pas fait de rejet du pigment par réaction inflammatoire. Si c’est le cas, on remet simplement du pigment », explique le Dr Anne Rauzy.  La couleur tient en général de trois à cinq ans. Il est possible de re-tatouer une même zone de façon illimitée. «C’est sans danger car les pigments sont naturels et introduits très superficiellement dans la peau », assure le Dr  Anne Rauzy. Même protocole pour le maquillage permanent. 

Combien ça coûte ?

Il faut compter 150 euros pour la dermopigmentation d’une aréole, 200 euros pour les deux, mais cette intervention «  réparatrice » est totalement prise en charge par la sécurité sociale. Une dermopigmentation des sourcils coûte de 400 à 500 euros. Pour les cils, il faut compter 300 à 400 euros. Ces deux dernières interventions, considérées comme purement esthétiques, ne sont, elles, pas remboursées.

Céline Roussel