Chapeau, mesdames ! | la maison du cancer

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Face à la perte de cheveux qu’entraînent souvent les traitements anti-cancéreux, certaines choisissent de porter des chapeaux.  Un choix parfois coûteux. Des ateliers de confection de chapeaux à bas prix commencent donc à voir le jour. Celui de Bayonne est l’un des premiers du genre.

© Atelier Chapeaux

Cela fait un an maintenant qu’un petit groupe de femmes de l’association basque « Mieux vivre mon cancer » se retrouve une fois par mois, dans les locaux de la Ligue contre le cancer à Bayonne,  pour un « Atelier Chapeaux ». A l’origine du projet, Isabelle Barbaza, présidente de l’association et Tania Reby, adhérente et professionnelle en art-textile. « Lorsque j’ai perdu mes cheveux pour la deuxième fois,  je ne voulais plus porter de perruque, raconte la première. Tania m’a alors fabriqué une sorte de base de chapeau sur laquelle je pouvais changer d’accessoires à l’infini. Puis elle m’en a créé d’autres lorsque j’ai à nouveau perdu mes cheveux. C’est là que nous avons eu, ensemble, l’idée de lancer un atelier de confection de chapeaux, à destination des femmes touchées par le cancer ».

Recycler

Vu le prix d’un chapeau dans le commerce (de 55 à 800 euros selon le modèle) et aussi parce que c’est un achat qui ne bénéficie pas de prise en charge par la sécurité sociale (contrairement aux perruques), l’objectif de départ est de fabriquer des coiffes à moindre coût, de manière à les rendre accessibles à toutes. « Nous voulons que les femmes puissent  changer de tête au gré de leurs envies et de leurs tenues ! ajoute Isabelle ».

Pour baisser les coûts, une solution s’est imposée: recycler tous les accessoires et matériaux pouvant l’être. « L’association n’achète que le tissu permettant de fabriquer les bases des chapeaux, explique Tania Reby, l’animatrice de l’atelier. Le reste  provient de ce que nos « apprenties modistes » récupèrent chez elles au quotidien».   

Créer et se revaloriser

Une fois par mois, donc, le rituel est toujours le même. Rubans, boutons, strass, ficelle, laine, paillettes, tissus, plumes, plastique…Les participantes déballent tout ce qu’elles ont déniché chez elles et qui peut  être fixé sur les chapeaux. L’atelier débute par la mise en commun de toute cette « récup », qui est ensuite soigneusement rangée par matière dans différentes boîtes. 

Deux couturières se chargent de fabriquer les bases des chapeaux, inspirées de la forme «béret » avec un large revers qui couvre les oreilles et dissimule l’absence de cheveux. « Nous utilisons pour ces bases du jersey de coton, une matière douce et un peu élastique qui n’agresse pas le crâne, parfois sensible, explique Tania Reby ».

Et sur chaque chapeau, il y  a un bandeau agrémenté de velcro, qui va permettre de changer les accessoires à l’infini. Chacune peut donc laisser libre cours à son imagination, et fabriquer quelque chose d’unique et d’élégant, à son goût.  « Je ne pensais pas me prendre autant au jeu,  raconte Colette, une participante. La première fois que je suis venue à cet atelier, j’ai prévenu tout le monde que je ne savais ni coudre un bouton, ni faire un ourlet ! Et que j’étais là par simple curiosité. Mais la tentation d’aller farfouiller dans toutes ses boîtes fut trop forte. Aujourd’hui, j’ai  créé sept chapeaux différents, ce dont je suis assez fière ! » .

La plupart des femmes ne savent en effet pas tenir une aiguille en arrivant à l’atelier. Et puis peu à peu, elles apprennent. « Certaines ont vraiment pris confiance en elles et réalisent des choses surprenantes. C’est bon pour l’estime de soi de voir que l’on est capable de créer quelque chose de ses propres mains, note Christine,  l’une des couturières du groupe ».

Créer et s’évader

Mais au-delà de la création ou de l’apprentissage de la couture, ces nouvelles « modistes » viennent aujourd’hui à l’atelier pour se retrouver et oublier la maladie le temps d’une après-midi . « Lorsqu’on se concentre sur un modèle, c’est un peu comme si on rentrait dans une sorte de méditation. Le reste n’existe plus,  confie Tania ».  Même analyse pour Colette : « La maladie reste derrière la porte. Nous n’avons plus qu’une préoccupation : nos chapeaux ! Cet atelier permet tout simplement de s’évader du quotidien ».

Aujourd’hui, une quarantaine de modèles ont été créés par l’association « Mieux vivre mon cancer », et ont même été présentés lors d’un défilé organisé à la Ligue contre le cancer de Bayonne. Certains ont été achetés contre un don de 10 euros minimum versés à la Ligue. Les invendus resteront  à l’association jusqu’à ce qu’ils trouvent des acquéreuses. D’autres initiatives du même type devraient prochainement voir le jour, comme au CHU de Poitiers où un atelier créatif, « spécial chapeaux », vient tout juste de démarrer, et remporte déjà un franc succès.

Céline ROUSSEL

Liens utiles : www.mieuxvivremoncancer.com