Cicatrisation : un processus à mieux connaître | la maison du cancer

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Tout au long de la maladie cancéreuse, les malades peuvent être confrontés à la nécessité de cicatriser. Alors qu’on inaugure l’Institut de la cicatrisation Jean-Paul Belmondo, au sein du groupe hospitalier Paris Saint-Joseph à Paris, le Dr Pascal Priollet, chef des services de médecine interne et de médecine vasculaire de l’hôpital, et Président de l’Institut, explique les liens entre cancer et cicatrisation.

 LMC : les patients atteints de cancers sont-ils particulièrement concernés par les problèmes de cicatrisation ?

 Ils ne sont pas les premiers exposés à ce type de problème. La maladie en elle-même n’a pas de conséquence sur ce point. Cependant, l’état de dénutrition que peuvent présenter certains malades du cancer entrave réellement la  cicatrisation. Le processus de guérison des plaies nécessite en effet des apports nutritionnels quotidiens équilibrés et suffisants. Parallèlement à cela, certains traitements anticancéreux sont eux-mêmes un obstacle à la cicatrisation. Les médicaments anti-angiogéniques, par exemple, – qui bloquent le mécanisme permettant à la tumeur de développer des vaisseaux sanguins, l’empêchant ainsi de se nourrir- ont cet effet. Ils provoquent des troubles de la vascularisation et impactent la peau.

LMC : et en ce qui concerne la cicatrisation post-opératoire ?

Les cicatrisations consécutives à  une intervention chirurgicale sont, dans la grande majorité des cas, rapides et « sans histoire ».

LMC : le cancer lui-même peut-il provoquer des plaies ?

Oui, la maladie cancéreuse peut aller de pair avec l’apparition de plaies qui lui sont spécifiques. Je pense, par exemple, à des cancers de la peau qui se caractérisent par des ulcères cutanés chroniques. Ils peuvent être, dans un premier temps, confondus avec des ulcères d’origine vasculaire, alors qu’il n’en est rien. D’autres cancers provoquent des plaies « à distance ». C’est ce qu’on appelle des syndromes cutanés paranéoplasiques. Certains, dus à des anomalies de la vascularisation, se manifestent par une sorte de gangrène des orteils et des doigts. La radiothérapie peut également entraîner des plaies superficielles (radiodermites) ou profondes (fistules, escarres) d’apparition précoce ou retardée (un à cinq ans après l’exposition). Enfin, l’extravasation de produits de chimiothérapie peut entraîner des nécroses cutanées.

LMC : les patients sont-ils tous égaux face à la cicatrisation ? Est-il possible de favoriser le processus ?

« A plaie égale », certains malades vont garder une cicatrice et d’autres pas…Il n’y a pas vraiment d’explication à cela ! La capacité de cicatrisation est tout à fait individuelle. Et le malade ne peut pas agir sur ce point. Il ne peut pas “booster” la guérison de la plaie. Il ne peut que veiller à maintenir un bon état  nutritionnel. Il est conseillé d’enrichir l’alimentation en protéine ou en énergie (régime hypercalorique-hyperprotidique). Si les apports sont insuffisants il est possible d’avoir recours à des compléments nutritionnels oraux (CNO).

LMC : pourquoi avoir créé un institut spécialisé?

Pour développer le soin au patient, tout d’abord. L’institut est adossé au service de médecine vasculaire de l’hôpital, qui compte une quarantaine de lits. En effet, ce sont les personnes atteintes de plaies chroniques d’origine vasculaire des membres inférieurs qui sont le plus concernés par les problèmes de cicatrisation. L’institut se veut également un pôle de recherche fondamentale et clinique. Mais aussi d’enseignement auprès des médecins et du personnel paramédical, comme les infirmières. L’expertise des soignants, en matière de cicatrisation, est loin d’être optimale…

Propos recueillis par Heloïse Rambert