En savoir plus sur la mastectomie préventive | la maison du cancer

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La double mastectomie subie récemment par Angelina Jolie a remis le focus sur cette intervention chirurgicale particulière. Dans quel contexte est-elle envisagée ? Comment se déroule-t-elle? Les explications du Dr Catherine Noguès, responsable de l’oncogénétique à l’Institut Curie, Hôpital René Huguenin (St Cloud) et coordonnatrice de la cohorte GENEPSO.

LMC : la mastectomie préventive est-elle une intervention chirurgicale fréquente ?

Non. Nous ne disposons pas de données chiffrées nationales exhaustives mais nous estimons à environ 7% à 10% le nombre des femmes concernées par cette intervention chirurgicale à visée préventive. Notre estimation chiffrée se base sur une cohorte épidémiologique menée par le groupe collaborateur français Génétique et Cancer et recensant des femmes et des hommes porteurs d’une mutation du gène BCRA1 ou du gène BCRA2.

LMC : qui sont les femmes concernées par cette intervention ?

Rappelons que cette option médicale concerne les femmes porteuses d’une mutation génétique. Il s’agit de femmes faisant partie de familles à risques où sur plusieurs générations, des femmes ont été touchées par un cancer du sein, voire de l’ovaire.

Certaines femmes ont un vécu familial de cancer tellement difficile que leurs seins sont presque devenus des « ennemis » à combattre. Elles se sentent donc soulagées après l’intervention.

LMC : comment se passe cette intervention ?

Le principe est d’enlever le maximum de glande mammaire pour éviter l’apparition d’un cancer. Cela permet une réduction du risque à 90%. Il s’agit d’une intervention lourde qui nécessite une reconstruction. Par ailleurs, comme il existe un risque d’apparition de cancer au niveau des ovaires, une ovariectomie est recommandée quelque temps plus tard.

LMC : quelles sont les conséquences de cette intervention ? Y a t-il des complications possibles ?

En général, la mastectomie est suivie d’une reconstruction mammaire immédiate. A côté des conséquences possibles inhérentes à tout geste opératoire, des retombées moins connues comme la perte de la sensibilité du mamelon font partie des conséquences de l’intervention. Cela peut bien sûr avoir un impact plus ou moins important sur la sexualité de la patiente. Selon le type de reconstruction, des retouches secondaires peuvent être nécessaires. En termes de complications immédiates, il peut y avoir un risque d’infection ou d’hématome. Enfin, les femmes qui envisagent conjointement une ovariectomie après 40 ans vont connaître une ménopause précoce.

LMC : comparée à d’autres pays européens, cette intervention chirurgicale semble moins fréquemment pratiquée en France. Pour quelles raisons ?

Par rapport aux pays anglo-saxons, la mastectomie préventive est en effet moins pratiquée sur notre territoire. En Grande-Bretagne, elle concerne environ 20% des femmes prédisposées au cancer du sein et presque 50% aux Pays-Bas, par exemple. On observe toutefois une disparité importante selon les hôpitaux. Des facteurs culturels et économiques interviennent également : en fonction du régime de protection sociale en vigueur, cette option est probablement plus souvent discutée lorsque les traitements ne sont pas remboursés. Mais ces différences s’expliquent aussi par la manière dont le corps médical et les patients envisagent la question du risque.

LMC : le fait qu’une actrice célèbre relate publiquement son intervention chirurgicale va-t-il  susciter davantage d’interventions de ce type ?

La question de la mastectomie préventive est toujours discutée dans les consultations et un certain nombre de femmes l’abordent spontanément. En tant que médecins, nous avons le devoir de donner cette information. Pour autant, si cette option médicale est efficace, elle peut être envisageable pour une autre personne mais pas pour une autre. C’est une décision qui relève du cas par cas. Je ne suis donc pas certaine que le fait qu’une actrice célèbre dévoile publiquement sa décision change beaucoup les données actuelles.

LMC : quels sont les éléments qui interviennent dans cette prise de décision ?

Il y a d’abord la question de l’âge : même si cette intervention est envisageable après 30 ans, la question se pose peu avant 40 ans pour les femmes, surtout si elles n’ont pas eu d’enfant. Cela relève aussi de l’image symbolique que les femmes construisent autour des seins et aussi de leur représentation du cancer. Rappelons qu’aujourd’hui, nous disposons aussi d’outils de dépistage et de traitements efficaces. Certaines femmes ne souhaitent pas recourir à cette intervention radicale. En tant que médecin, nous avons un devoir d’information mais la décision finale relève de la patiente.

 LMC : quelle est l’alternative à la mastectomie préventive pour les femmes à risque génétique ?

Nous mettons en place une surveillance renforcée dès l’âge de 30 ans. Pour ces femmes, il s’agit de resserrer au maximum les mailles du filet pour ne pas passer à côté de quelque chose. Cela se traduit par un suivi médical semestriel et des examens radiologiques fait conjointement (ou de façon concomitante) : IRM mammaire, mammographie et échographie mammaires réalisés une fois par an par des équipes coordonnées et entraînées. Ces mesures n’empêchent pas l’apparition d’un cancer éventuel mais nous permettent de le diagnostiquer très tôt et donc de le traiter dans les meilleures conditions possibles. Ceci a un impact très fort sur le pronostic.

Propos recueillis par Nathalie Ferron