Magazine :: La féminité malmenée : une vraie souffrance | www.la-maison-du-cancer.com

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Le corps féminin et par suite, le sentiment de féminité sont mis à mal par un cancer du sein, pendant et après la maladie. La perte des cheveux et/ou l’ablation totale ou partielle du sein, sont autant de moments de détresse vécus par les patientes. Deux psychologues défendent l’idée que la souffrance des femmes doit être entendue.

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L’annonce d’un cancer du sein, au-delà de la maladie organique qui met en jeu la question de vie ou de mort, ouvre sur un registre spécifique que nous, psychologues en charge de la vie psychique, nous ne pouvons occulter.

Le corps féminin et par suite, le sentiment de féminité, pendant et parfois longtemps après la fin de cette maladie, sont mis à mal. Ils sont en effet comme percutés dans tous leurs fondements par cette attaque massive des traitements et de leurs conséquences. Les deux principales, la perte des cheveux et/ou l’ablation totale ou partielle du sein, sont autant de moments de détresse vécus par les patientes. Dans l’organisation psychologique d’une personne, ces deux éléments renvoient irrémédiablement à la perte et, comme toute perte, nécessitent un réaménagement bien connu sous l’expression si galvaudée de « faire le deuil ».De quel deuil exactement parle-t-on ? Cette question ne peut se contenter d’une réponse générale au risque de conduire à l’anonymat d’un deuil protocolaire dont les patientes n’ont que faire si l’on respecte leur singularité. Ce que nous défendons, c’est que chaque femme soit entendue dans son processus de deuil en ce qu’il vient interroger le sens qu’elle voudra bien donner elle-même à cette atteinte du féminin.

La perte des cheveux

A l’annonce de la maladie, la première association d’idée qui s’opère chez les patientes est bien ce lien indissociable cancer-chimiothérapie-perte des cheveux.Les médecins, et parfois jusqu’à l’entourage, sont toujours étonnés d’entendre et de voir l’importance donnée par les patientes de la perte « visible » de leur chevelure. En effet, avec la perte des cheveux, c’est la maladie qui s’affiche et qui s’en prend au visage de la féminité. Or, l’argument souvent avancé pour prendre son mal en patience est le suivant : « qu’est-ce que la perte de cheveux en comparaison du risque de perdre la vie ? ».

Les femmes elles-mêmes tentent de s’en convaincre. Mais cette question, rationnelle sur le plan médical, n’entend pourtant pas la dimension psychique de la perte et ce qu’elle peut ouvrir parfois comme “béance intérieure” chez les patientes. Par suite, ces femmes expliquent que c’est comme si leur intégrité s’était effritée, comme si leur identité devait se résumer à ce regard qu’elles posent sur elles face au miroir, reflètant l’image d’une femme qui n’en plus tout à fait une comme les autres. Notre expérience auprès de ces patientes nous a appris combien ces chamboulements dévastateurs pouvaient ébranler profondément et pour longtemps le sentiment d’estime de soi et donc de solidité narcissique. Il faut parfois des années pour reconstruire ce qu’a infligé la perte… même une fois les cheveux repoussés et l’entourage rassuré !

L’ablation

De manière plus intime, l’ablation d’un sein renvoie également au vacillement de l’image de soi. De la même manière qu’avec la perte des cheveux, même en cas de reconstruction, immédiate ou différée, un temps est absolument nécessaire pour pouvoir réinvestir le féminin qui reste encore longtemps à reconstruire sur le plan psychique. C’est toute la difficulté par rapport au monde médical et à l’entourage pour lesquels tout se termine avec la fin des traitements et de la maladie alors que pour les patientes, ce temps de « l’après » constitue précisément le début de toute cette réflexion autour de la perte. 

Elise Ricadat et Lydia Taïeb, psychologues cliniciennes

Auteures de Après le cancer du Sein, un féminin à reconstruire /publié chez Albin Michel en février 2009. 

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