Socio – esthéticienne : le métier qui vous veut du bien | la maison du cancer

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La socio-esthétique est inscrite comme soin de support dans le plan Cancer. Elle aide chaque malade à se réconcilier avec une image souvent abîmée par les traitements. Elle s’intéresse aussi à leur bien-être. Aury Caltagirone, Conseillère en Image Personnelle et Socio-Esthéticienne à l‘Institut Gustave Roussy (IGR), répond à nos questions.  

 

LMC : qu’est ce que la socio-esthétique ?

C’est la pratique professionnelle de soins esthétiques auprès de personnes atteintes dans leur intégrité physique (maladie, vieillesse, …) ou psychique et sociale (chômage, détention…).

A l’Institut Gustave Roussy, l’objectif est d’apporter aux patients fragilisés par la maladie et les traitements du cancer du bien-être, des conseils en esthétique. C’est une écoute différente de celle proposée par les équipes médicales avec lesquelles, bien entendu, nous travaillons en synergie. Les hommes, les femmes de tous âges et les enfants à partir de 10 ans, ou avant si nécessaire, peuvent bénéficier de cette discipline. Les soins sont gratuits et peuvent être  donnés au sein d’un hôpital, à domicile ou dans le cadre de structures à caractère social.

LMC : quels types de soins esthétiques proposez-vous aux malades du cancer ?

Les patientes viennent me voir surtout pour une amélioration de l’ensemble de leur image. C’est un travail global et un projet à long terme. Il s’agit de prendre en compte à la fois le paraître et le bien-être d’une malade. En tant que Conseillère en image, avec des techniques simples, j’aide la personne à trouver

les couleurs, les vêtements et les accessoires (perruques, turbans) qui la mettent le mieux en valeur selon sa morphologie, son style et sa personnalité. J’ai ainsi aidé dernièrement une femme aux yeux bleus et au teint nacré à choisir sa teinte de perruque. Elle a finalement opté pour un  « blond vénitien » doux, en harmonie avec sa carnation.

LMC : En période de traitements lourds, comment pouvez-vous aider les patientes ?

En tant que socio- esthéticienne, je donne des conseils préventifs pour pallier les effets secondaires de ces traitements.  Par exemple, pour protéger les ongles des conséquences de la prise de certaines chimios, je préconise l´utilisation de vernis à base d’actifs fortifiants tels que le silicium. J’insiste sur la nécessité d’hydrater mains et pieds plusieurs fois par jour car la peau a tendance à se dessécher suite à la chimiothérapie. Je propose aussi, entre autres, des soins du visage, une manucure mais aussi des techniques de maquillage ; l’une d’entre elles consiste à montrer comment combler la chute des cils grâce à un simple trait d’eye-liner ; ou comment  « remplir » des sourcils dégarnis avec un peu de poudre…

LMC : Sur le plan humain, que vous apporte cette profession ?

Je ressens une vraie satisfaction à me lever tous les jours le pied léger pour exercer mon métier, écouter et discerner les besoins des patients afin de les aider à améliorer leur qualité de vie et leur bien-être. C’est une relation humaine authentique que nous partageons, car les malades profitent de cette étape pour confier leurs inquiétudes, leurs doutes et leurs interrogations, auxquelles je tente de répondre selon mes compétences. J’ai en mémoire cette adolescente, sportive et très active, qui craignait de voir glisser son foulard lors de ses activités ; je lui ai conseillé le port d’un bonnet de coton directement sur le cuir chevelu et sous son turban. C’est vrai que c’est alors gratifiant et touchant de les voir reprendre confiance en eux face au miroir, ou se détendre grâce à un effleurage facial ; et c’est émouvant aussi de réaliser, à travers leurs témoignages, l’importance et la place de cette initiative dans le parcours de leur maladie.

LMC : Comment devient-on socio-esthéticienne ?

Le CODES* (Cours D’Esthétique à option humanitaire et sociale) est le premier centre de formation à la socio- esthétique. Il possède une expérience et une expertise reconnues depuis plus de 30 ans. Cette formation est réservée aux Esthéticiennes Diplômées d’Etat ayant deux années d’expériences pratiques dans le domaine de l’esthétique. Elle a pour objectif de préparer les professionnelles du soin esthétique à comprendre les besoins de la personne souffrante pour lui apporter une réponse adaptée et un soin technique compétent. En oncologie, il s’agit de connaître parfaitement les effets secondaires des traitements afin de proposer des soins qui ne provoquent pas des réactions allergiques, de maîtriser et respecter des notions d’hygiène strictes. Mais c’est être aussi attentif pour établir une relation de confiance avec le patient.

Propos recueillis par Elisabeth de la Morandière