Sécheresse vaginale : un effet pas toujours secondaire | la maison du cancer

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Parmi les effets indésirables des chimiothérapies, la sécheresse vaginale concerne de nombreuses femmes. Pourquoi ? Quelles solutions adopter pour y remédier ? Le point avec le Dr Anne Lesur, oncosénologue au centre Alexis Vautrin près de Nancy, et responsable de la coordination « Sein ».

Les femmes de plus de 50 ans le savent, et certaines en font l’expérience : à la ménopause, en raison de la chute des oestrogènes, les tissus du vagin et de la vulve deviennent moins souples et moins irrigués. « C’est une conséquence habituelle  du processus de transformation du corps féminin à cette période, souligne le Dr Anne Lesur”.

Evolution naturelle, la ménopause peut être vécue encore plus difficilement quand elle survient de manière imprévue à la suite de traitements contre le cancer. La chimiothérapie a de nombreux effets toxiques sur l’organisme, et notamment au niveau des ovaires, en altérant leur fonctionnement. Selon le type de cancer et de traitement utilisé, une ménopause précoce peut s’installer avec, comme corollaire, tous les désagréments qui y sont liés, et notamment la sécheresse vaginale. La radiothérapie peut elle aussi entraîner les mêmes troubles en fonction de la zone irradiée. C’est le cas lors d’une radiothérapie du colon, du périnée ou des ovaires, par exemple.

Toutefois, les conséquences seront différentes selon l’âge de la personne et le type de cancer. « Ainsi, les jeunes femmes âgées d’une vingtaine d’années qui sont traitées pour une maladie de Hodgkin, par exemple, pourront voir leurs règles repartir de 6 mois à 2 ans après la fin des traitements », explique le Dr Anne Lesur. Le problème de sécheresse vaginale sera réversible. Rappelons que vers l’âge de 40 ans, les ovaires deviennent de moins en performants et qu’à partir de 45 ans, c’est assez rare que le cycle hormonal reprenne son fonctionnement antérieur.

Des solutions adaptées à chaque patiente

« Face à un problème de sécheresse vaginale, il n’existe donc pas de réponse unique», résume le Dr Anne Lesur. Tout dépend de l’âge de la patiente et s’il s’agit ou non d’un cancer hormono-dépendant. Par exemple, chez une femme de 35 ans qui vit une ménopause précoce suite à un traitement contre un cancer du col utérin, un THM (Traitement Hormonal de la ménopause) avec des hormones naturelles, de préférence, pourra être envisagé. «Ce traitement va compenser le déséquilibre hormonal induit par les effets de la chimiothérapie et permettre de réguler les symptômes de la ménopause, explique l’ oncosenologue. Le THM pourra être pris sans problème pendant plusieurs années jusqu’à ce que la patiente atteigne la cinquantaine ». Ce traitement, toutefois, doit, par précaution, s’accompagner de mammographies régulières. « On surveille pendant plusieurs mois si tout se passe bien », précise le Dr Anne Lesur. 

Lorsqu’il s’agit d’un cancer hormono-dépendant, les solutions sont différentes car les traitements à base d’hormones ne peuvent être administrés à ces patientes. « On aura alors recours à des traitements locaux : des savons doux pour éviter l’irritation des muqueuses, des lubrifiants et des crèmes pour traiter localement la sécheresse vaginale ».

Des solutions locales qui s’avèrent efficaces sur le plan de la lubrification mais qui peuvent rester insuffisantes car elles n’influent pas directement sur la libido, celle-ci étant partiellement régie par les hormones. « C’est délicat d’agir à ce niveau. Le choix d’un partenaire à la fois séduisant et attentif pourrait certainement aider à relancer le désir », conseille avec une note d’humour le Dr Anne Lesur.

Oser aborder le sujet en consultation

Trop souvent, les femmes restent seules avec cet effet secondaire gênant, voire tabou. A l’évocation du problème, il n’est pas rare qu’une forme de culpabilité s’immisce dans leurs propos. « Je suis vivante. C’est puéril et futile d’aller me plaindre de ma sécheresse vaginale ». « Cela fait partie des effets secondaires des traitements. C’est comme ça»… Des propos qui résument la manière dont les femmes s’expriment fréquemment sur le sujet. Pourtant, libérer la parole peut être salutaire : « C’est important pour ces femmes d’en parler avec la personne de leur choix (généraliste, gynécologue, oncologue.…) afin de trouver ensemble des solutions à ce désagrément qui peut peser sur leur vie personnelle», suggère le Dr Anne Lesur.

Nathalie Ferron