Se préparer à la reconstruction mammaire | la maison du cancer

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Avec le récent scandale des prothèses PIP, l’actualité nous donne l’occasion de revenir sur la reconstruction mammaire. A qui s’adresse t-elle ? Quelles sont les différentes techniques envisageables ? Combien ça coûte ? Réponses du Dr Isabelle Sarfati, médecin plasticien spécialiste des reconstructions mammaires à l’Institut du Sein.

Toutes les femmes devant subir une mastectomie sont confrontées à cette question délicate : faut-il avoir recours à la chirurgie reconstructrice ? Peu pratiquée – 75% des patientes n’envisagent pas la reconstruction mammaire -, cette intervention suscite toujours bon nombre d’interrogations. L’occasion de rappeler aux femmes concernées quelques informations utiles avant la prise de décision.

Qui peut y avoir recours? 

«Il n’existe pas de contre-indications à la reconstruction mammaire. Toutes les femmes ayant été opérées pour un cancer du sein peuvent en bénéficier. Cela ne modifie pas le pronostic de la maladie et n’empêche pas le suivi médical », précise le Dr Isabelle Sarfati. Sachez en effet qu’une reconstruction n’augmente pas le risque de récidive ou de métastases.

A quel moment la reconstruction mammaire peut-elle être envisagée ?

Deux possibilités existent : la reconstruction immédiate, c’est-à-dire directement après la mastectomie, ou la reconstruction différée. «Lorsqu’on sait qu’il n’y aura pas de traitement par radiothérapie après l’opération, on peut envisager une reconstruction immédiate », explique le Dr Isabelle Sarfati. Si vous avez déjà suivi un traitement par radiothérapie, il est conseillé d’attendre au moins six mois, voire un an, pour envisager la reconstruction.

Dans quel établissement se faire opérer et où trouver les informations sur les différentes techniques chirurgicales ?

N’hésitez pas à en parler à votre médecin. « Les oncologues connaissent bien les chirurgiens qui pratiquent la reconstruction. Ce sont les personnes les plus à même de renseigner les patients », confirme le Dr Isabelle Sarfati. Et de rappeler : « La différence entre un bon et un mauvais résultat tient à des détails, donc à l’expérience du chirurgien en matière de reconstruction mammaire ». Il est possible de se faire opérer dans le secteur public, la majorité des services traitant les cancers du sein ainsi que les services de chirurgie plastique prennent également en charge les reconstructions. En raison du délai d’attente, souvent supérieur à six mois, il est conseillé de s’inscrire rapidement.

Combien de temps faut-il prévoir ?

Sachez que plusieurs rendez-vous sont à prévoir pour une reconstruction mammaire. « La première intervention comprend la reconstruction et la symétrisation nécessaire dans la moitié des cas. La symétrisation permet d’harmoniser au mieux le sein reconstruit avec le sein restant en intervenant sur la forme et le volume. Environ deux mois après, nous effectuons un bilan. C’est le moment où nous pouvons envisager d’éventuelles retouches. Cette étape concerne 30 à 40% des patientes. Enfin, on prévoit un troisième rendez-vous pour la reconstruction de l’aréole et du mamelon », explique le Dr Isabelle Sarfati.

Quel type de reconstruction choisir ? (2)

Par prothèse La reconstruction par prothèse est la technique la plus fréquemment utilisée. De quoi s’agit-il ? Une prothèse est constituée d’une enveloppe et d’un produit de remplissage. L’enveloppe peut être lisse ou texturée, c’est-à-dire légèrement rugueuse. Pour le produit de remplissage, on utilise soit du gel de silicone, soit du sérum physiologique. Les prothèses sont dites rondes ou anatomiques, ces dernières imitant au mieux la forme du sein. « Nous disposons aujourd’hui d’un riche éventail de possibilités en matière de prothèses ce qui permet vraiment d’adapter au mieux celle-ci à la morphologie de la patiente», explique le Dr Isabelle Sarfati. En général, les praticiens utilisent une prothèse anatomique pour la reconstruction et une prothèse ronde pour la symétrisation. En moyenne, les prothèses sont garanties une dizaine d’années. Lors des rendez-vous de suivi avec votre oncologue, l’échographie permettra de vérifier la bonne tenue de la prothèse. Si celle-ci était amenée à se rompre, une nouvelle opération devra être envisagée.

Par lambeau : c’est ce qu’on appelle la technique de reconstruction par greffe autologue ou par lambeaux musculo-cutanés. Le principe ? Il s’agit de transférer sur le thorax des tissus   prélevés sur le dos ou le ventre. Avantages : le résultat est plus naturel et plus stable qu’avec une prothèse. Inconvénients : ce type de reconstruction laisse des cicatrices. Par ailleurs, le prélèvement d’un lambeau du ventre peut entraîner quelques complications  (douleurs abdominales, fatigue…) et ne peut être proposé à toutes les femmes. Les personnes très minces et les fumeuses, par exemple, ne peuvent y avoir recours.

D’autres techniques de reconstruction existent également. Le DIEP (Deep Inferior Epigastric Perforator) (3), par exemple, est une technique de reconstruction par lambeau qui n’occasionne pas de séquelle sur le muscle abdominal.

Quelle est la durée des différentes interventions chirurgicales ?

Une reconstruction par prothèse nécessite une  à deux heures d’intervention chirurgicale. Il faut compter entre deux et cinq heures pour une reconstruction par lambeaux sachant qu’une hospitalisation de cinq à six jours est nécessaire. La reconstruction par DIEP nécessite une intervention plus longue (entre cinq et six heures). Enfin, la reconstruction de l’aréole et du mamelon est réalisée sous anesthésie locale et dure moins d’une heure.

Combien ça coûte ?

Une reconstruction mammaire est prise en charge à 100 % par la Sécurité sociale mais vous devez être particulièrement vigilante en ce qui concerne le montant des dépassements d’honoraires. « Dans le secteur privé, les dépassements peuvent s’échelonner de 1000 à 5000 € en intégrant les différentes étapes de la reconstruction », rappelle le Dr Isabelle Sarfati. La notoriété du chirurgien, le type d’établissement choisi, le procédé technique utilisé, le besoin d’effectuer des retouches ou non, expliquent la disparité des tarifs. Pour avoir une idée plus précise, sachez qu’une reconstruction par prothèse s’élève de 1000 à 3000 € et par lambeau de 1500 à 3500 €. Le coût de la reconstruction du mamelon varie de 300 à 1000 €. Enfin, sachez que les mutuelles prennent en charge de manière variée les dépassements d’honoraires. Renseignez-vous bien auprès de votre compagnie d’assurances afin d’éviter les éventuelles mauvaises surprises après l’intervention.

Nathalie Ferron

(1) Institut du Sein

(2) Voir aussi notre article : reconstruction mammaire, un long chemin 

(3) Pour en savoir plus, consultez le site de l’Association pour la Reconstruction du Sein par DIEP