Traitements : prévenir et traiter les « yoyos » du poids | la maison du cancer

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Tout au long de la maladie, les fluctuations pondérales créent de grands déséquilibres sur la balance, et ceux-ci peuvent s’avérer néfastes. Comment y remédier ? Véronique Girard, diététicienne à l’Institut de cancérologie Sainte-Catherine d’Avignon, a crée un parcours nutritionnel particulièrement intéressant pour les patients.

 

LMC : quels sont les effets les plus souvent observés sur le poids des personnes en traitement ?  

Ils sont multiples. Les traitements hormonaux modifient les répartitions des masses maigres et masses grasses, et s’accompagnent souvent d’une prise de poids. La cortisone, elle, entraîne souvent une rétention d’eau au niveau du visage et des extrémités (mains, pieds). L’arrêt du traitement permet le plus souvent un retour à la normale. Pour les traitements par chimiothérapie, leurs effets secondaires sont eux responsables, dans la plupart des cas, d’une perte de poids. Il s’agit de nausées, vomissements, anorexie, modification des goûts, absence ou hypersécrétion salivaire, mucite (inflammation des muqueuses)… Avec la radiothérapie, des brûlures au niveau du tube digestif entraînent également une perte de poids par diminution et/ou mal absorption des apports (œsophagite, rectite…). Bien sûr, l’association de ces deux derniers traitements cumule les problèmes. D’autre part, les besoins énergétiques de base sont augmentés avec les traitements par chimiothérapie et/ou radiothérapie. Les patients, même s’ils n’ont pas faim, doivent malgré tout manger davantage tout en composant avec les effets secondaires induits par les traitements.

LMC : on observe donc que le poids de certains patients a souvent tendance à diminuer. Comment y remédier ?

Durant les traitements, le but est de maintenir un poids stable le plus longtemps possible afin d’éviter au patient de se fatiguer davantage, d’être plus vulnérable aux infections et d’aller au bout des protocoles prévus. Les patients rentrent alors dans un « parcours nutritionnel ». Il s’agit pour nous de dépister les patients dénutris ou à risque de le devenir. Un questionnaire alimentaire et une analyse de leur perte de poids permettent de leur donner des conseils adéquats, de leur prescrire des compléments nutritionnels, parfois de mettre en place une alimentation artificielle (entérale ou parentérale). Ceci en accord avec les médecins de service et un médecin nutritionniste lors des consultations externes. On peut ainsi être amenées à dépister des patients obèses et pourtant dénutris. Pour les patients sous nutrition artificielle, une prise en charge est alors effectuée au domicile par un prestataire de service et un bilan diététique est demandé avant une prochaine hospitalisation. Le prestataire, s’il décèle un problème, doit alors nous avertir ou avertir le médecin prescripteur pour réagir rapidement.

LMC : à l’institut Sainte-Catherine d’Avignon a été instauré un « parcours nutritionnel » : en quoi consiste-t-il ?

Nous sommes deux diététiciennes à temps plein pour effectuer la  prise en charge de tous les patients hospitalisés. Dans chaque service, nous pouvons rencontrer des patients ORL, digestifs, des cancers gynécologiques, pulmonaires, des soins palliatifs… Nous avons mis en place ce dispositif de parcours nutritionnel depuis 2009 afin de dépister le plus tôt possible les patients à risque nutritionnel. Les patients hospitalisés sont vus de manière systématique. Les autres, suivis en consultation externe, nous sont adressés par leur médecin référent. Un compte rendu de notre travail est inséré dans le dossier du patient. Le prestataire de service choisi par le patient est averti de notre prise en charge et du suivi nutritionnel à mettre en place au domicile. A chaque nouvelle hospitalisation ou consultation, un bilan est fait. Des critères d’évaluation comme le poids, la variation du poids, l’IMC, l’âge, l’albuminémie nous permettent de prendre au mieux le patient en charge.

LMC : ce « parcours nutritionnel » a-t-il une dimension  pédagogique ?

Absolument,  car la plupart des patients prennent conscience que l’alimentation joue un rôle important pour se maintenir en forme et affronter les différents traitements. Le but de notre prise en charge est de les aider et de les orienter au mieux lors du retour au domicile. Certains prennent alors de bonnes habitudes alimentaires et essaient de s’y tenir au long cours. Pour les personnes qui prennent du poids comme dans le cas des patientes sous hormonothérapie, une simple rééducation de l’alimentation et un rappel des équilibres nutritionnels – arrêt des grignotages, juste portion… – permettent de revenir à un poids normal. Aux personnes qui ont besoin de prendre du poids, nous apprenons à fractionner les repas afin d’en prendre plus de trois par jour, à augmenter la prise de calories sans augmenter les doses, comme par exemple, rajouter des bouts de gruyère et de jambon dans la salade…

Il faut préciser que les  compléments nutritionnels (pilules ou nutriments) vendus maintenant librement en grande surface ne doivent être pris que sous contrôle de son médecin traitant, à cause des interactions qu’ils peuvent avoir avec certains traitements.

Propos recueillis par Stéphanie HONORÉ