“Au nom du cancer, il faut bouger sur tout” | la maison du cancer

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Une interview du Dr Sophie Fantoni, médecin du travail, juriste, responsable du Centre Santé Emploi Info Service.

Le Centre hospitalier et universitaire de Lille et l’Institut de santé au travail du Nord de la France (ISTNF) ont mis en service en 2005 une plateforme d’écoute téléphonique. Baptisée SEIS – Santé Emploi Info Service –  et animée par une infirmière formée à l’écoute, elle est à la disposition de toute personne atteinte de pathologie chronique à la recherche d’informations administratives et professionnelles. L’objectif est de favoriser le maintien ou le retour à l’emploi de malades ou ex-malades.

LMC : Qu’est-ce qui a motivé la création d’une plateforme téléphonique pour répondre à des questions administratives ou professionnelles?

Sophie Fantoni : Nous avons fait le constat suivant : il existe une toile d’araignée d’associations, d’organismes, d’aides diverses, mais personne ne sait exactement qui fait quoi. Les malades ne parviennent pas à disposer de la bonne information au bon moment. Notre vocation est de mettre en relation les structures et les personnes. Nous travaillons ainsi avec les médecins du travail, les généralistes, des organismes tels que Cap Emploi, l’Agefiph, la Direction régionale du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle etc… Nous essayons de donner l’information la plus personnalisée et la plus précise possible : non seulement le nom de la structure la plus apte à aider le malade, mais aussi les coordonnées de la personne à contacter. Nous proposons à ceux qui nous appellent un suivi individuel de un à six mois.

LMC : De quels types de demandes êtes-vous saisis ?

S.F. : Les questions concernent d’abord les aides financières disponibles. Ensuite, la manière de se positionner par rapport à l’emploi. Les malades en arrêt craignent de perdre leur travail, d’autres s’interrogent sur la manière de se réinsérer. Sur 830 appels traités en deux ans, 170 concernaient le maintien à l’emploi. D’après le suivi réalisé, on sait que plus de la moitié de ces cas ont été réglés grâce aux services rendus par la plateforme. Nous avons également réalisé une enquête sur le retour au travail de femmes atteintes d’un cancer du sein. A tumeur égale, certaines reprennent leur poste, d’autres non. Cela dépend notamment des contacts gardés avec le monde de l’entreprise. Il ne s’agit pas, bien entendu, de mettre la pression pour que le salarié revienne le plus rapidement possible au travail ! Mais de faire en sorte de ne pas rompre totalement les ponts avec leur bureau. Notre plateforme peut jouer un rôle en ce sens.

LMC : Mais n’est-ce pas aussi l’employeur qui manque de souplesse en refusant par exemple certains aménagements de postes de travail ?

S.F. : De manière générale, le cancer ne fait pas l’objet d’une attention particulière des entreprises, alors mêmes qu’elles sont touchées par cette maladie. Parfois, les employeurs ont l’impression qu’ils protègent leurs salariés en ne donnant pas de nouvelles. Souvent, ils ont peur que la personne soit moins performante. Nous constatons aussi que les entreprises commencent à refuser des mi-temps thérapeutiques. Beaucoup d’entre elles ne savent pas qu’elles pourraient prétendre à des aides. Au lieu de payer des indemnités de licenciements, ou de réagir au moment de la visite médicale de reprise, il s’agirait de travailler en amont, notamment en reconnaissant le statut de travailleur handicapé aux personnes concernées.

LMC : La reconnaissance de ce statut est-elle la seule option pour les malades chroniques ?

S.F. : Evidemment, lorsque vous proposez cette solution à des malades du cancer, c’est la descente aux enfers. Nous leur expliquons qu’il s’agit d’une clef pour ouvrir certains droits, notamment un accès plus facile à des formations, ou un aménagement des conditions de travail. Certaines associations réclament un statut du travailleur malade. En réalité, il faudrait plutôt changer l’appellation du travailleur handicapé. Au nom du cancer, il faut bouger sur tout.

Propos recueillis par Claire Aubé, [email protected]

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