Quand un patient refuse le traitement | la maison du cancer

0

Généraliste en plein Montmartre, à Paris, Dominique Delfieu est un médecin de « proximité » au sens le plus noble du terme. Récemment invité à participer à un colloque à l’Espace Ethique de l’hôpital Saint-Louis, il est intervenu sur le refus de soins en cancérologie. L’occasion de faire le point avec lui sur une tendance en hausse.

LMC : dans votre pratique quotidienne, constatez-vous une augmentation du refus de soins, et à quoi l’attribuez- vous ?

D.D : En tant que généraliste, c’est tous les jours que j’essuie des refus de soins. Il est évident que les traitements proposés sont de plus en plus sophistiqués et que les patients ressentent une défiance croissante envers certains soignants qu’ils considèrent comme des « apprentis sorciers ». La crainte des effets secondaires des traitements, des infections nosocomiales, d’être traités comme des cobayes, prend le pas sur la peur de la maladie dont ils sont atteints. D’autre part, drapés dans leurs connaissances scientifiques, les médecins communiquent mal. C’est particulièrement inquiétant lorsqu’il s’agit d’une maladie grave comme le cancer. Il est clair que la récente « affaire du Médiator » et la publicité qu’en ont fait les médias n’ont pas aidé à apaiser les esprits.

LMC : aujourd’hui, on n’a jamais eu un tel arsenal thérapeutique. En face, des patients de plus en plus exigeants, et qui parfois vont jusqu’à refuser une chimiothérapie. Comment expliquez-vous un tel paradoxe ?

D.D : En effet, le degré d’exigence et l’attente de nos patients ont beaucoup augmenté récemment, et les échecs de nos thérapeutiques sont de plus en plus mal supportés. Désormais, chaque médicament prescrit, chaque acte médical sont passés aux cribles d’Internet. Or, les données qu’on y recueille sont souvent mal interprétées. Il n’est pas rare de voir un patient arriver avec dix feuilles imprimées dans lesquelles sont détaillés cinquante diagnostics de maladies possibles que parfois nous ne connaissons même pas et qui nous sont présentées sans aucune pondération. Je suis personnellement un fidèle adepte d’Internet et conscient des nombreux bénéfices qu’on peut en retirer. Mais je sais aussi combien cet outil peut générer de troubles dans les comportements.

LMC : quel type de patients refuse les soins ?

D.D : Chacun peut accepter ou refuser un traitement, et je ne crois pas que le degré d’éducation intervienne significativement dans cette affaire. Ce refus de soins auquel on se heurte parfois fait appel au libre-arbitre des patients et est en cela positif. Mais pour moi, il s’agit d’abord d’une question de communication : Comment réussir à faire admettre que pour faire du bien, parfois il faut d’abord faire du mal ?

LMC : le médecin que vous êtes se sent-il en échec quand un patient se soustrait au traitement ? Et que peut-il faire alors « au mieux » de sa rigueur et de sa conscience professionnelles ?

D.D : Les techniques qui nous ont été enseignées durant nos études médicales nous ont convaincus de la valeur des médications à prescrire. Aussi, un refus de soins peut-il être vécu par le médecin comme un échec. La prise de conscience d’une telle attitude du patient est récente. Dorénavant, il nous faudra la prendre en compte dans nos comportements professionnels : faire des efforts d’explications, de pédagogie, passer plus de temps avec nos patients alors que le temps accordé pour chaque consultation se réduit d’année en année, redonner toute sa place à l’échange…

LMC : comment vont évoluer, selon vous,  les relations médecins/malades ?

D.D : On en revient au libre-arbitre de chacun. Les temps ont changé et bien que toujours trop lentes, les améliorations dans le parcours de soins émergent sans cesse. A ce sujet, la Loi Huriet sur le consentement éclairé du patient a précisément fixé les limites du domaine d’intervention des médecins. Cela ne soulage pas les patients mais cela les responsabilise. Mais bien entendu, et heureusement, on ne pourra jamais retirer à la consultation médicale sa part d’émotionnel. 

Propos recueillis par Stéphanie Honoré


A Lire Dominique Delfieu

Elle m’a dit – chez Lattès, 1995

Les draps blancs, Anna Vollard – chez Eska, 2006

Guide du cancer – chez Odile Jacob, 2007