Oser demander un second avis médical | la maison du cancer

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Atteint d’ un cancer, on peut être tenté de multiplier les conseils thérapeutiques et les rencontres avec des spécialistes. Si demander un second avis médical est en effet un droit des patients, la démarche n’est cependant pas si évidente. Face aux réticences de certains oncologues, les recours existent.

 

Lorsque son chirurgien a évoqué la possibilité de lui enlever la totalité de l’estomac pour soigner son cancer, Gilles a pris peur. « Ce diagnostic n’était tout simplement pas possible pour moi. Ni une ni deux, j’ai demandé à voir un autre chirurgien pour un second avis médical», se souvient-il quelques années après sa maladie. Une démarche qu’il appréhendait au départ et qui, finalement, s’est déroulée sans heurt ni douleur. « Un ami m’avait recommandé un autre oncologue qu’il avait déjà consulté. C’est finalement mon chirurgien lui-même qui, sans difficulté, m’a mis en contact avec lui et obtenu un rendez-vous». Au final, Gilles a accepté l’opération, avec le sentiment rassurant d’avoir reçu plusieurs expertises médicales.

Demander un second avis médical est assez rare chez les patients qui bien souvent n’en ressentent pas le besoin. Pourtant, cette démarche est tout à fait légitime, notamment lorsque le diagnostic est très lourd. Plusieurs cas de figure se posent alors, présentant plus ou moins de difficulté. A l’image de Gilles et dans la majorité des cas, cela se passe sans heurt. Le chirurgien référent peut même accompagner son patient en lui conseillant un confrère et en lui faxant son dossier médical, comme le confirme Dominique Thirry-Borg, juriste et responsable de l’association Juris Santé : « il s’agit surtout de cas où plusieurs traitements ou techniques opératoires existent pour soigner le cancer. Ou alors lorsque l’oncologue hésite a traiter par chimiothérapie ».

Problème d’égo 

Cependant, tous les scénarios ne sont pas aussi optimistes et il est possible de rencontrer des obstacles lors de la prise de rendez-vous avec un autre spécialiste. Certains praticiens vivent comme une mise en concurrence le fait que leur patient puisse recevoir un autre diagnostic que le leur. Dans ce cas là,  Dominique Thirry-Borg  précise qu’il faut se tourner vers son médecin traitant, celui déclaré à sa caisse d’assurance maladie, et lui demander une lettre expliquant la démarche.

Cette lettre est primordiale pour rester dans le parcours de soin coordonnés et éviter les pénalités financières mise en place par la sécurité sociale. Le patient peut alors contacter directement un autre spécialiste pour prendre rendez-vous. Certains centres hospitaliers, comme l’Institut Gustave Roussy à Paris, sont réputés pour être très ouverts à cette démarche. Sur le site de l’IGR, se trouvent ainsi les coordonnées directes des spécialistes à contacter, selon le type de cancer. Le patient qui souhaite un deuxième avis doit rechercher les spécialistes les plus proches de son domicile, ceci afin que les frais de déplacement puissent être pris en charge par la sécurité sociale. 

Même dans ce cas de figure, le processus peut être rapide si le médecin traitant est réactif, et à ce titre, il ne faut pas hésiter à faciliter un peu le travail de son généraliste. S’assurer qu’il reçoit régulièrement, tous les documents nécessaires, les dernières radios, examens biologiques… afin que le dossier médical puisse être transmis rapidement.

Refus catégorique

Les cas de réelles difficultés sont très rares. «Je n’ai connu que trois dossiers vraiment difficiles, de personnes venues me consulter car on s’était fermement opposé à cette seconde consultation», confirme Dominique Thirry-Borg. Parmi eux, celui de ce patient, hospitalisé en province. Alors que lui et sa famille demandaient une permission de sortie d’une journée pour consulter un oncologue médical, Ils se sont  vus opposer un refus catégorique de la part de son urologue. La menace était claire : «si vous le faîtes sortir pour un second avis médical, il ne revient pas dans notre hôpital».

Dans ce cas là, il faut absolument  prendre conscience que l’on n’est pas prisonnier d’un établissement de soins, que d’autres établissements existent et que l’on peut toujours sortir en signant une décharge. Il faut  informer la CRUQ et le directeur de l’établissement des difficultés rencontrées, lesquels mettront en place une médiation.   ” La CRUQ est la Commission des relations avec les usagers et de la qualité de la prise en charge, dont les missions sont justement de faciliter les démarches des patients et de veiller au respect de leurs droits». Démarches  qui ne sont pas toujours évidentes pour un patient démuni et fragilisé par la maladie.

Quoi qu’il en soit chaque situation est unique et particulière et demande une adaptation des stratégies à adopter pour arriver au meilleur résultat avec le moins de stress et d’inquiétudes possibles.

La confiance l’emporte

Et au final, lorsque les deux avis sont tombés ? S’ils se contredisent, comment choisir celui auquel on va se soumettre ? En général, lors d’une seconde consultation, les patients se dirigent naturellement vers le spécialiste le plus “expert” en la matière. Suivi par un oncologue, on aura tendance à se tourner vers un oncologue encore plus réputé dans le domaine pour un deuxième avis. Aussi on aura davantage envie de suivre son diagnostic s’il diverge du premier.

Mais là encore, tout est une question de confiance avec l’oncologue, si les avis divergent, au final, le patient aura tendance à suivre le diagnostic du cancérologue avec qui il se sent le plus en confiance. Sans elle, aucune décision n’aurait vraiment de sens.

L’ oncologue n’est donc pas roi en sa demeure et les patients doivent se saisir de ce droit s’ils en ressentent le besoin. Cependant, prendre un rendez-vous pour un second avis, sans appui médical, peut-être long et retarder la mise en place du traitement. La démarche doit donc être réellement  justifiée : un diagnostic très lourd, la possibilité de plusieurs traitements ou techniques opératoires, une perte de confiance en son oncologue… C’est à ces conditions qu’elle s’avère réellement bénéfique pour le patient.

Cécile Cailliez

Juris santé 

La Crucq et les médiateurs médicaux