Après cancer : ne pas s’enfermer dans le silence | la maison du cancer

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Maryse Vaillant, psychologue et auteur de « Une année singulière » où elle raconte son cancer, témoigne de l’isolement dans lequel se trouvent nombre de malades après les traitements. Loin des villes et des réseaux d’aide, ceux-ci souffrent de ne plus pouvoir parler de leur maladie. Pour en finir de cette terrible solitude, voici ses conseils.

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A travers vos conférences, vous avez rencontré beaucoup de malades et de proches. Que retenez-vous de ces échanges ?

En sillonnant la Bretagne, j’ai pris conscience du grand isolement dans lequel se trouvent beaucoup de malades. Lorsque vous habitez un peu loin d’une grande ville et donc des réseaux d’aide organisés par les hôpitaux, vous êtes totalement laissé pour compte après les traitements. C’est une grande souffrance que cette solitude, ce sentiment d’être abandonné et presque jeté à la mort.

Que leur conseillez-vous ?

De parler de leur cancer avec leurs proches et leurs voisins. Mais cela se heurte à plusieurs difficultés. En parler au conjoint devient difficile. Il comprend au début mais un an après, il est beaucoup moins à l’écoute. On n’évoque pas non plus le sujet avec ses enfants car on veut les protéger. Quant aux voisins et autres connaissances, on ne leur en parle pas. Le cancer est encore ressenti comme une maladie honteuse. Or j’ai souvent remarqué qu’après l’avoir dit, les choses deviennent un peu plus légères.

Alors comment s’y prendre ?

Pour briser cette solitude, il faut aller au devant des autres. Vous ne pouvez pas attendre d’eux qu’ils fassent le premier pas car ils ne savent absolument pas comment s’y prendre. Et puis, il faut dire que nous, les malades, on ne sait pas toujours ce que l’on veut : qu’on s’intéresse à nous et puis non, et il faut que ça soit le bon jour et au bon moment ! Bref, on n’est pas toujours facile à vivre ! Alors, quand on décide d’aller au devant des autres, on peut fixer aussi des règles simples. Dire que c’est nous qui déciderons quand on a envie de les voir, de parler.

Les malades se sentent abandonnés dans l’après cancer par le corps médical. Que suggérez- vous ?

On pourrait mettre en place des choses assez simples, si seulement il n’y avait pas l’obstacle toujours répété du coût. Au lieu de laisser ce vide sidéral entre deux visites de contrôle, on pourrait envoyer une infirmière, ou une assistante sociale ou une aide à domicile. Enfin, quelqu’un qui viendrait « officiellement » prendre des nouvelles. Il faudrait aussi mettre beaucoup plus dans la boucle les généralistes. Le cancer est entré dans notre quotidien, et ce n’est pas seulement l’affaire de l’hôpital.

Propos recueillis par Anne-Laurence Fitère

© William Daniels 

Droits 4 ans, 01/2008


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