Magazine :: je vis dans un autre monde, celui des malades | www.la-maison-du-cancer.com

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La ligne est invisible, et pourtant elle est là entre les bien-portants et moi. Comme si en embrassant le cancer à pleine bouche, je m’étais fiancée pour toujours à une forme de marginalité. Je suis bien décidée à rester ancrée dans l’existence, mais il n’empêche, je reste rivée de « l’autre côté », celui du monde des malades. D’ailleurs, les autres ne m’envisagent-ils pas à travers ce prisme ?

Désormais, ils me pensent au travers de cette étiquette visqueuse nommée « cancer ».  Pas seulement, bien sûr. Car j’ai à cœur, non de leur faire oublier, mais de leur rappeler que je suis moi, avant tout. La même, ou presque. Car en réalité, j’ai changé. En effet, pour être honnête, ma vie a pris aussi de nouvelles saveurs : elle est plus riche, plus dense, pleine de petits bonheurs autrefois à peine effleurés. Je fais des choix, envisage des tournants insensés dans cette société si pétrie par la peur du lendemain, bref, je tente de vivre plus en harmonie avec moi-même. Je balaye plus facilement les petits incidents, si insignifiants à bien y regarder. Bien sûr, il m’arrive de me hisser sur la pointe des pieds pour regarder de l’autre côté. Et d’envier, un peu, tous ceux qui ne flirtent pas avec les odeurs de Bétadine, ne volent pas de rendez-vous en rendez-vous intimes avec scanners, prises de sang et autres perfusions ; ne connaissent pas ces jours où la fatigue enserre jusqu’à terrasser ;  n’ont pas à assumer ces pics d’angoisse avant des résultats médicaux… Mais qu’y faire ? Je suis bien trop petite pour escalader le mur du destin. Alors, ma différence en bandoulière, j’ai décidé d’aimer plus que jamais la vie, tout simplement. Anouchka