Magazine :: Laurent Bertin: Après la dépression, l'action! | www.la-maison-du-cancer.com

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Directeur de la communication d’une grande entreprise à Charleville-Mézières, Laurent Bertin apprend en 2002 qu’il souffre d’un lymphome. Traitements, reprise du travail, licenciement, dépression, rechute…Il est aujourd’hui guéri, a créé une association et écrit un guide pour aider les malades au moment de l’entrée dans la maladie. Voici son témoignage

« J’ai toujours vécu à côté du cancer, en pensant qu’il ne passerait pas par moi. Quand j’ai été diagnostiqué, en novembre 2002, mon employeur a commencé par me dire : « Prends le temps de te reposer, il faut que tu finisses tes dossiers et que tu passes la main. » Le sous-entendu était clair: j’étais mis sur la touche. Malgré l’arrêt maladie, je continuais à travailler. Jusqu’au moment où on m’a dit de ne plus venir et où j’ai été remplacé. Cela n’a pas été facile à accepter.

Après les traitements, début 2004, je suis revenu dans mon entreprise. On m’a dit : « On ne sait pas quoi faire de toi, pourquoi tu ne ferais pas une formation ? » J’ai donc entrepris un cycle complet de séminaires sur la propriété industrielle et la gestion des marques, au terme duquel j’ai marqué à nouveau mon désir de reprendre mon poste. Au lieu de cela, en janvier 2005, j’ai été licencié pour inaptitude

Dans la foulée de ce licenciement, j’ai eu une dépression. J’avais 51 ans, je me posais beaucoup de question. J’étais officiellement en rémission, mais j’avais des doutes sur mon rétablissement. Et en novembre 2005, j’ai rechuté. Je suis reparti en guerre contre le cancer, notamment en réalisant une autogreffe à l’automne 2006.

Pendant ce temps, le directeur général de mon ex-entreprise a été promu président. Il est venu me voir, s’est excusé pour la manière dont j’avais été traité et a proposé de me réengager. J’ai repris le travail en juillet 2007, à temps plein… Jusqu’au moment où ce patron a lui-même été débarqué, ce qui a entraîné mon licenciement deux mois après.

J’ai écrit le Guide pratique : Le cancer au quotidien pendant mon autogreffe. Je réfléchissais à ma vie, je me demandais ce que j’avais fait d’utile. En plus de la difficulté d’accepter la maladie, je voyais bien toutes les tracasseries administratives qui touchaient les malades. Pour moi, cadre moyen supérieur, la chute de revenus a été d’environ 30%. En effet, le contrat de ma mutuelle se basait sur mon salaire brut de base, sans tenir compte des primes et intéressements.

De plus, il y a un écart de trois à six mois entre le moment où vous entrez en traitement et celui où vous percevez entièrement les revenus de remplacement, le temps de constituer les dossiers. Il manque toujours des papiers. Cela crée un trou de trésorerie. Pendant ce temps-là, le banquier appelle : « Vous avez des biens de côté ? Comment allez-vous faire ? » Le système se bloque et vous vivez avec le spectre de vous retrouver à la rue.

D’où l’idée de constituer un plan d’épargne longue maladie. C’est l’un des chevaux de bataille de mon association, 3.2.1 cancer, que j’ai créée en février 2009. L’idée est de bloquer 5 à 7% du salaire net sur un compte pendant une certaine période, le temps de constituer six mois de trésorerie. En cas de maladie grave, cet argent est immédiatement débloquable. Sinon, il est disponible au moment de la retraite, avec les intérêts et une fiscalité avantageuse. Je suis en train d’essayer de mobiliser les politiques sur ce plan.

Pour l’instant, je n’ai pas retrouvé de travail : la plupart des employeurs voient en moi un homme de plus de 50 ans qui a eu un cancer et risque d’être fatigué, au  lieu de voir quelqu’un qui a résisté à la maladie et a la rage de vivre. J’envisage donc de créer mon entreprise pour réaliser des audits de communication. Je suis également en train d’écrire un livre qui s’intitulera : Un cancer, et après ?”

Pour commander le guide: Éditions le Manuscrit – 180 pages 14,90 € le livre, 7,50 € le fichier numérique.

Propos recueillis par Claire Aubé,