Récidive : un temps de bilan et de nouvel élan | la maison du cancer

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Quand la nouvelle d’une rechute du cancer arrive, c’est pour les patients le retour à un monde qu’ils connaissent bien. Mais eux-mêmes ont souvent changé.  A  la  fois enrichis et fragilisés par leur première expérience de la maladie, ils peuvent trouver des ressources en eux qu’ils ne connaissaient pas,  ou se faire aider pour faire face à cette nouvelle étape.

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 « En rémission ».  Lorsqu’ il s’agit de cancer, le terme est préféré à celui de « guérison ». Un choix de mots qui rappelle la réalité du risque de rechute. Après une première maladie, ce risque demeure dans toutes les têtes : celle des médecins et celle des patients. Et cela, même si le sujet n’est pas abordé directement. « Lorsque je prescris un traitement contre la récidive à mes patientes qui viennent de connaître un premier cancer du sein, je sous-entends forcément qu’une rechute ou l’apparition d’un nouveau cancer sont possibles, note le Dr Manuel Rodrigues, oncologue médical à l’Institut Curie à Paris ».

Une annonce sans surprise ?

L’idée d’une possible rechute peut, pour certains patients, être une épée de Damoclès. « A chaque mammographie de contrôle, je me disais qu’il y avait possiblement un problème » admet Aurélia, 51 ans. Ainsi, la nouvelle de la récidive ne tombe pas toujours comme un couperet. « Beaucoup de femmes, inquiètes, avancent leur rendez-vous parce qu’elles ont senti quelque chose et ont des soupçons » note le Dr Manuel Rodrigues. Françoise, 65 ans, psychologue et énergéticienne, est de celles qui l’avaient ” sentie venir “. « J’ai eu la nette impression que la cicatrice « travaillait ». Malgré une première échographie rassurante, il s’agissait bel et bien d’un cancer. »

Une nouvelle mise à l’épreuve

La récidive intervient après un intervalle de “tranquillité” pour le patient. « C’est toujours pour lui une épreuve potentiellement traumatisante. Les réactions d’anxiété, les affects dépressifs ne sont pas rares et sont légitimes, observe Sophie Younes, psychologue clinicienne et sophrologue dans le service d’oncologie de l’hôpital Saint-Joseph à Paris ». C’est aussi le moment où des questionnements douloureux  peuvent (re)surgir. « J’entends souvent à cette occasion des interrogations du type : et si nous avions fait une chimio ? Choisi un autre protocole ? Commencé le traitement plus précocement ?… Aurais-je tout de même rechuté ? » remarque l’oncologue . L’effet produit par la nouvelle est bien sûr propre à chacun. « La réaction des patients dépend de multiples facteurs. Faire face à la maladie et à sa récidive est un processus complexe. L’expérience passée de la maladie  mais aussi, et surtout, la personnalité du malade conditionne son approche de cette nouvelle étape, poursuit la psychologue ».

Un air de « déjà-vu »

L’annonce de la rechute fait repasser le malade en terrain connu. « Elle est accueillie plus sereinement si les premiers traitements se sont bien passés. Sinon, c’est évidemment beaucoup plus difficile, » explique l’oncologue.  Certains souvenirs douloureux en profitent alors pour refaire surface. Aurélia, ainsi, a craint de devoir entamer une nouvelle chimiothérapie. « Je l’avais pourtant bien tolérée la première fois. C’est l’idée de devoir reporter un port-à-cath, dont la pose avait été très douloureuse, qui m’a été  particulièrement  pénible. »

Mais, à écouter les patients, l’adage un peu éculé et réducteur « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort », prend un certain sens. « Avoir vaincu un premier cancer m’a aidée » assure Aurélia. « Même si c’est toujours une période éprouvante, les patients me disent souvent que la maladie leur a apporté quelque chose,  a changé leur vision de la vie, et qu’ils ne pensaient pas être aussi forts, confirme Sophie Younes.  Ce qui est très intéressant, car ils peuvent  désormais valoriser ces nouvelles capacités. »

De la mobilisation… à la remobilisation

Le patient doit désormais déployer une nouvelle énergie. Une énergie d’autant plus difficile à trouver s’il s’est à peine ” réinstallé” dans sa vie suite à la première maladie.  La plupart, pourtant, y parviennent. « Ce que je vois dans ma pratique, c’est que beaucoup de patients, passée cette période de doute, de déception intense, vont se remobiliser, rapporte la psychologue ». Quitte à faire appel à des aides qu’ils n’avaient pas encore sollicitées.  « C’est parfois l’occasion pour eux de se tourner vers les soins de support, comme un soutien psychologique, observe Sophie Younes. Trouver de nouvelles ressources en soi et autour de soi pour tenir bon dans la durée est alors bien souvent le projet qui permet au patient de traverser au mieux cette épreuve. »

Heloïse Rambert