Annoncer son cancer à ses parents âgés | la maison du cancer

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Déjà déstabilisé (e) par le diagnostic qui vient de tomber, vous vous faites également du souci pour vos parents âgés : faut-il leur parler de votre maladie? Comment évaluer ce qu’ils peuvent supporter d’entendre? Et comment  leur dire? Voici quelques suggestions, éclairées par Claudine Badey-Rodriguez, psycho-gérontologue.

 

Lorsqu’il faut dévoiler sa maladie à des parents âgés, ce qui importe, au delà de l’âge lui-même, c’est leur forme physique et psychologique, et donc ce qu’ils sont en mesure de supporter. Si l’un des deux vous paraît plus « solide », plus optimiste que l’autre, c’est alors à lui qu’il faudra l’annoncer. Il est cependant des cas où il est préférable de se taire ou de différer l’annonce du diagnostic. « Si la personne est très fragile, qu’elle est elle-même malade ou vient d’ être opérée, mieux vaut la ménager», conseille Claudine Badey-Rodriguez. De même, inutile de forcer quelqu’un qui se réfugie dans le déni à entendre la vérité. « Le déni signifie que le parent n’est pas en mesure d’accepter la maladie, que cette réalité dépasse ce qu’il est capable de supporter. Dans ce cas, même en cas de chimio, il peut continuer à nier le cancer et dire que ce type de traitement peut être proposé dans d’autres maladies. Mieux vaut attendre qu’il soit en capacité d’absorber la nouvelle. »

La vérité est toujours préférable 

En dehors de ces cas particuliers, « il est toujours préférable d’adopter un langage de vérité», estime la psycho-gérontologue. « Même lorsqu’on préfère cacher la maladie, l’inquiétude, la tristesse transparaissent  dans le langage non verbal. Le ou les parents vont alors percevoir que quelque chose ne va pas et  seront de toutes façons inquiets. Or, dans ce cas, ne pas savoir équivaut souvent à imaginer le pire. En effet, même si vous essayez de cacher votre maladie, ils s’apercevront que vous venez moins souvent les voir, que vous êtes évasif (ve) ou  préoccupé(e) sans parler bien sûr des effets forcément visibles du traitement  comme l’amaigrissement ou la perte de cheveux. En revanche, il n’est pas toujours nécessaire de tout dire. Vous pouvez également adapter le discours à ce que chacun peut, à votre avis, supporter. »

 Face à un parent déficient mentalement 

Lorsque le parent est atteint de la maladie d’Alzheimer, tout dépendra bien sûr du stade de sa  maladie. Dans les stades précoces, la personne âgée est en mesure de comprendre le diagnostic. Toutefois, la maladie d’Alzheimer modifie ses états émotionnels, et sa réaction peut vous surprendre : par exemple un père qui vous a toujours semblé distant peut se montrer beaucoup plus bouleversé que ce à quoi vous vous seriez attendu.  « Dans les stades plus avancés d’Alzheimer, où l’on a l’impression que la personne ne comprend pas, que les choses glissent sur elle, il est tout de même préférable d’en parler, surtout si votre maladie implique des changements : perte de cheveux, changement dans les rythmes des visites ou des invitations, suggère Claudine Badey-Rodriguez. C’est d’autant plus important que les personnes qui souffrent de ces troubles perçoivent de façon plus intense le climat émotionnel dans lequel se trouve ceux qui les entourent et peuvent s’en trouver perturbées, angoissées».

Si le parent vit en maison de retraite, il est important aussi de prévenir les soignants  car ceux-ci pourront être alors plus attentifs à ses réactions et répondre à ses questions et ses inquiétudes, qu’elles soient formulées ou non. « Même au milieu d’un discours incohérent, on peut repérer quelque chose qui renvoie à l’angoisse, il est important alors de pouvoir s’en saisir pour entourer et rassurer”, explique Claudine Badey-Rodriguez.

Choisir un « porte-parole » 

Dans certain cas, lorsqu’on est submergé(e) par ses propres peurs, appréhensions, tristesse, ou révolte,  il peut être préférable de laisser le soin à un tiers d’annoncer la nouvelle à ses parents, estime  la spécialiste du grand âge. Ainsi ceux-ci n’auront que leur propre émotion à gérer et non la vôtre». Cependant, il ne faut pas non plus écarter leur capacité à vous entourer. « Tout dépend de la relation que l’on a entretenu avec son père et/ou sa mère, et de leur force, rappelle Claudine Badey-Rodriguez. Mais ce n’est pas parce qu’ils sont âgés qu’ils ne peuvent pas être à vos côtés. J’ai vu ainsi le cas d’une dame de 88 ans dont la fille a été atteinte d’un cancer du sein. Elle l’a accompagnée pendant toute sa maladie : elle était présente, lui écrivait, lui téléphonait. Elle l’a soutenue tout le long des traitements et lui a été d’un grand secours. »

Isabelle Palacin