Comprendre ses rêves pour aller mieux | la maison du cancer

0

Dans son livre « Revivre ! », le psychanalyste Guy Corneau raconte les rêves qu’il a eus pendant toute sa maladie, et  comment le décryptage de ces images fortes l’a aidé à s’en sortir. Voici quelques-unes de ses suggestions pour apprendre à interpréter ces films intérieurs qui, écoutés avec attention, pourraient nous donner les clés d’un retour à la santé.  

 erleuchtete-t%c2%b8r

Des  scènes absurdes, des personnages inconnus, un déroulement incompréhensible… Pourquoi s’attarder sur ces rêves incontrôlés qui occupent nos nuits à notre insu? Pour Guy Corneau, psychanalyste, la  maladie nous indique que nous devons rétablir  un dialogue avec la partie la plus profonde de nous-mêmes (Lire notre article : le cancer une école pour être à l’écoute de soi). « Les rêves, par leur existence même, nous permettent déjà d’accepter qu’il y a deux instances en nous : le moi qui nous aide à nous diriger dans la vie consciente, la réalité. Et le Soi, une partie inconsciente qui cherche à s’exprimer aussi et constitue le centre profond de notre être », explique-t-il.

Lorsqu’il y a beaucoup de tension entre notre moi et notre inconscient –et la maladie et l’angoisse qui en résulte en produisent beaucoup- les images dans nos rêves s’intensifient. « C’est pour cela que parfois nous faisons de vrais cauchemars : la maladie demande à  être écoutée, ” affirme Guy Corneau.

Comment  s’y prendre alors pour entendre ces messages du Soi ? Dès le début de son récit, le psychanalyste raconte le premier grand rêve qui l’assaille quelques nuits après avoir reçu son diagnostic défavorable de lymphome. Il se voit dans un village au sommet d’une montagne. Soudain, il aperçoit un autre petit village sur le pic d’en face. Il y assiste à une scène étrange : une bande d’adolescents, des punks, se disputent sur une place les restes d’ une rock star qu’ils viennent de voir en concert. Ils la mangent ! Devant un rituel aussi sanglant, Guy se met à courir, poursuivi par un jeune dont il ignore les intentions. Il s’enfuit à toutes jambes, traversé d’angoisse…. jusqu’à se réveiller.

Pour le psychanalyste, plusieurs images s’imposent dans ce rêve et doivent être considérées : « il faut tout d’abord mettre en lien les scènes ou les personnages du rêve avec des éléments de notre vécu. C’est notre dictionnaire personnel, pas une « clé des songes » générale qui va nous inspirer à ce stade de l’interprétation  ». Ainsi, il y a quelques mois, le psychanalyste avait lu un roman dans lequel un dictateur mourait sur la place du village ; Au Québec, où Corneau est très célèbre, un journaliste l’avait comparé à un chanteur de rock ; le jeune qui le poursuit lui fait penser à lui adolescent…

Il va se servir de ces premières images pour avancer dans la compréhension de ce qui lui arrive : « cette star, c’est l’aspect le plus flatteur de mon existence qui avait besoin d’être piétiné. Et cette armée d’adolescents pas contents renvoie à ma vocation d’acteur que j’avais à cet âge, et que je n’ai  pas déployée dans ma vie d’adulte ». Et le psychanalyste d’expliquer qu’il y a pour chacun d’entre nous plusieurs manières de « jouer sa star » : « on peut se croire la star de son bureau ou remplir le rôle de la maîtresse de maison modèle. Et tout à coup la maladie vient vous dépouiller de votre image sociale ». Heureusement, des éléments positifs transparaissent dans ce rêve : « ces jeunes qui me poursuivent sont bel et bien vivants. Aussi, je me dis  que si un jour  je peux entendre le message de ces sombres aspects, je pourrai aussi jouir de leur vitalité ».

Vient alors le moment de recourir à un dictionnaire des rêves plus traditionnels : « j’ai lu que le sommet des montagnes représentait la vie spirituelle. Mon rêve m’indiquait clairement que c’est à ce niveau que je devais changer ».

Ainsi, après avoir noté ces premières images fortes et les avoir relié à notre histoire,  puis  avoir regardé leur symbolisme plus général  dans les traditions, on peut y accoler un début d’interprétation.

« Ensuite, laissez passer quelques jours, recommande le psychanalyste, et passez du rêve à l’imagination. D’autres sens vont émerger ». Guy Corneau invite notamment, dans la journée, à se laisser aller à des moments de rêverie… consacrés au rêve nocturne qui a été marquant. Ce que Carl Jung appelait « L’imagination active ». « Il s’agit de rêver son rêve comme si vous re-visionniez intérieurement un film que vous avez vu la semaine dernière ».

Comme l’on devient alors scénariste de cette histoire jusque-là imposée, on peut aller encore plus loin, en prolongeant le rêve et en lui donnant un dénouement favorable par exemple. « Je me suis imaginé me retournant vers le punk qui me suivait, raconte Guy Corneau,  et j’ai alors commencé un dialogue avec lui : pourquoi me courrait-il après ? Etait-il en colère ? Que pouvais-je faire pour l’apaiser ? Toutes les réponses qui ont émergé m’indiquaient des voies possibles pour l’après -maladie. ».

Noter ses rêves, associer des significations possibles aux images les plus fortes, poursuivre en imagination… Telles sont donc les clés qui permettent d’entrer en communication avec son moi profond. Même si l’exercice est difficile au début, et si le sens n’est pas toujours clair, le seul fait de consacrer du temps à cette plongée en soi serait éminemment bénéfique.  

Pascale SENK 

Vous avez trouvé cet article intéressant ? Indiquez le aux autres visiteurs en votant pour lui :