Cancer du testicule : dépasser le tabou | la maison du cancer

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Malgré d’excellentes chances de guérison, il a un impact psychologique très profond du fait de sa dimension symbolique. Honte, culpabilité et anxiété s’en trouvent particulièrement amplifiées. Eclairages avec le Dr Karen Kraeuter, psycho-oncologue à l’hôpital Avicenne de Bobigny.

L’ annonce d’un cancer du testicule  (cf notre article) est un événement d’autant plus marquant pour un homme qu’il est empreint d’une forte charge émotionnelle et symbolique. Une situation à l’origine d’un décalage important entre les effets réversibles de la maladie et le vécu psychologique souvent difficile des patients. « Dans 98% des cas, un seul testicule est atteint et les séquelles sont très rares. L’impact psychologique de la maladie devrait donc être modéré. Or, il n’en est rien », souligne le Dr Karen Kraeuter, psycho-oncologue à l’hôpital Avicenne de Bobigny.

Une confrontation à l’angoisse archaïque de castration

Après l’annonce du diagnostic, une fois l’angoisse de mort dépassée, la principale source de préoccupation des hommes concerne la répercussion de la maladie sur leur identité, leur fertilité et leur vie sexuelle. Au cœur de l’angoisse, se tapit une peur archaïque : celle de devenir impuissant. Malgré son caractère irrationnel, cette angoisse peut persister longtemps après la fin des traitements. « Si la chimiothérapie et la radiothérapie peuvent causer des dysfonctionnements érectiles temporaires, la plupart des troubles sont plutôt attribuables à des difficultés psychiques et relationnelles », explique le Dr Karen Kraeuter.  

Les plus vulnérables sont ceux qui investissent beaucoup la sphère de la sexualité et de la virilité. Mais aucun homme n’est immunisé contre l’anxiété. « Même un homme qui ne présente pas de profil psychologique particulièrement vulnérable peut avoir des doutes dans ce contexte», confirme le Dr Karen Kraeuter. L’orchidectomie, c’est-à-dire l’ablation du testicule, tout comme l’ablation du sein chez une femme, représente un acte chirurgical mutilant aux lourdes répercussions sur le psychisme des patients. En effet, même si médicalement les fonctions physiologiques des organes génitaux sont préservées et que la mise en place d’une prothèse rend la chirurgie quasi-invisible, symboliquement, les hommes se sentent privés d’une partie d’eux-mêmes. Ils en viennent ainsi à douter de leurs capacités de séduction. Perte d’estime de soi, repli, doute sur sa virilité… ces mécanismes psychologiques peuvent créer de sérieux troubles relationnels dans le couple, allant parfois jusqu’à la séparation.

A ces difficultés, s’ajoutent des éléments contextuels qu’on retrouve chez tous les malades : « les effets secondaires des traitements, la fatigue et l’arrêt temporaire de la vie professionnelle entraînent par eux-mêmes une perte de l’estime de soi , rappelle le Dr Karen Kraeuter. Et face à l’angoisse de mort que la maladie vient réveiller, les troubles anxieux ou dépressifs sont également fréquents. « On sait que 30 à 40% des patients confrontés à un cancer vont à un moment ou à un autre traverser un état dépressif plus ou moins long », poursuit-elle .

Traverser le sentiment d’injustice et la culpabilité

Emotionnellement, les hommes sont souvent rongés par la colère : « Ils ne comprennent pas pourquoi cela leur arrive. Comme il s’agit d’un cancer rare qui, en plus, touche les jeunes, ils ressentent un profond sentiment d’injustice»,observe le Dr Karen Kraeuter. Si certains retournent leur colère contre eux-mêmes dans la dépression, d’autres vont la projeter sur les autres, et notamment sur leur compagne. Un puissant sentiment de culpabilité lié à la peur de ne pas pouvoir avoir d’ enfant peut alimenter aussi le désarroi. Une crainte la plupart du temps non fondée puisque, rappelons-le, dans la très grande majorité des cas, le cancer du testicule n’a pas de conséquences sur la fertilité.

Plus étonnant, certains hommes peuvent aussi vivre leur maladie dans la honte, comme si leur cancer relevait de l’ordre du péché. « Les hommes mariés ayant entretenu une relation extra-conjugale, ceux ayant expérimenté des pratiques sexuelles considérées comme « déviantes » ou ceux qui vivent une sexualité simplement débridée peuvent vivre leur cancer comme une sorte de punition ou de châtiment divin. Le sentiment de culpabilité peut être très lourd à porter », explique le Dr Karen Kraeuter. 

Garder une vie sexuelle active et dialoguer

Dès lors, un cercle vicieux s’installe pour l’homme : la peur d’avoir perdu sa puissance sexuelle inhibe la libido, tandis que la perte du désir va continuer à alimenter l’angoisse. D’où l’importance, de retrouver une vie sexuelle dès que possible. « Même s’il faut respecter un délai après les traitements, il est conseillé de reprendre une activité sexuelle rapidement. Car plus on attend, plus cela va être compliqué et plus l’appréhension sera forte. »

Pour aider au mieux ces patients atteints dans leur virilité, le Dr Karen Kraeuter incite les hommes à parler de leurs difficultés. « Les patients ont beaucoup d’idées fausses. Ils ont besoin d’être rassurés. C’est pourquoi il est important qu’ils aillent demander de l’aide». Dans ce contexte, médecin généraliste, urologue, sexologue, psychologue ou relaxologue sont autant de ressources pour ces patients ».

Dans la sphère privée, si l’homme est en couple, la femme peut apporter son soutien en valorisant son partenaire, en gardant la communication et en favorisant les contacts physiques et la tendresse. L’important ?  « Qu’elle continue à compter sur lui, comme elle le faisait avant l’arrivée de la maladie et surtout qu’elle évite d’infantiliser son compagnon en tombant dans le registre du maternage. Etre regardé comme un homme reste la meilleure prévention des complications psychologiques et relationnelles chez les patients atteints d’un cancer du testicule»,  conclut la psycho-oncologue.

Nathalie FERRON