Non, Je n'ai pas le moral, et alors? | la maison du cancer

0

Il fait gris et mon moral est aussi terne que le temps. Je me traine un spleen gluant, bouillasse de peur, de doute et de ras le bol. Marre de passer d’un traitement à l’autre, de ces odeurs d’hosto, de ces examens sans fin, de ces petites douleurs répétitives, une perfusion par ci, une prise de sang par là, …

fleurs-et-plantes-j-ribieff-315

Marre de ces réveils où à peine une paupière soulevée, le crabe vous salue bien bas. Et ne vous lâche plus d’une semelle ! Et comme si cela ne suffisait pas, il sème avec talent toutes sortes de sentiments ravageurs. Exemples ? La peur de souffrir, celle de ne pas voir vos enfants grandir, le doute de s’en sortir un jour. STOP ! En votre for intérieur vous avez bien le droit de penser ainsi, mais surtout ne l’avouez pas tout haut. Car contre vents et marées, ne vous l’a-t-on pas dit cent fois, il FAUT GARDER LE MORAL. Petit soldat parti en lutte contre un ennemi invisible, on vous le répète à l’envie : « pas question de baisser la garde ». Car le moral, ma bonne dame, c’est crucial si vous voulez vous en sortir. D’abord, la boussole ne doit pointer que dans une seule et unique direction : la guérison. Ainsi, vous enverrez à votre organisme un message positif. Et toutes vos petites cellules vont se mettre en ordre de marche pour atteindre cet objectif. Pour vaincre la maladie, il faudrait donc un psychisme de champion, conditionné à la gagne, et à elle seule. Ensuite, il vous faut chasser d’un revers de main toutes ces idées noires. Veuillez me ranger ce cafard que je ne saurais voir. Interdiction de penser à la mort qui vous attend peut être plus tôt que prévu. Concentrez vous sur la vie, accrochez vous !

Que ce diktat est parfois épuisant ! Ce discours est si ancré chez les accompagnants et les malades eux-mêmes que du coup… on finit par culpabiliser. C’est vrai, que diable, fouette toi un peu ma fille ! Car finalement, si les choses venaient à s’aggraver encore, et bien, n’en seras-tu pas en partie responsable ? Ta faute, ta triste faute. Et pourtant… Ca fait du bien aussi de s’accorder le droit d’aller mal. Et même, soyons fou, de verser quelques larmes sur son triste sort. Car il faut le dire, c’est dur, très dur. Exprimer sa détresse, la reconnaître, lui faire face, fait aussi partie de ce chemin escarpé. Allez, négocions un peu : si vous m’accordez parfois ce droit de me laisser aller, un peu, je vous  promets de réincarner aussi vite que possible le petit soldat courageux, confiant et serein face à l’adversité.

Anouchka

Vous avez trouvé cet article intéressant ? Indiquez le aux autres visiteurs en votant pour lui :