Proches de malades : comment gérer la culpabilité ? | la maison du cancer

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Qu’il soit refoulé ou clairement exprimé, un sentiment de culpabilité vient souvent perturber les relations qu’entretiennent ses proches avec la personne malade. De quelle manière ce sentiment ambivalent s’exprime-t-il ? Comment faire au mieux avec lui ?

Bien des années plus tard, Christophe a conservé un vif souvenir de la période où la mère de son amie était malade. « La mère de Corinne n’était plus que l’ombre d’elle-même et les médecins n’avaient plus d’espoir. Après de longs mois à côtoyer la maladie au quotidien, mon amie et moi étions vraiment épuisés. Nous nous sommes alors senti coupables de beaucoup de choses, notamment de lui avoir menti sur ses résultats d’analyse et d’avoir souhaité que cette période difficile se termine », témoigne Christophe. « Ecrasée par le poids de ce sentiment après la mort de sa mère, Corinne a traversé une grave dépression   et il lui a fallu beaucoup de temps et un long travail psychologique pour réapprendre à vivre », poursuit-il.

Face à la maladie d’un proche, il nous est en effet bien difficile d’échapper à la culpabilité. Ce sentiment peut revêtir plusieurs visages : nous pouvons nous sentir coupables d’aller bien, de continuer à vivre des moments agréables ; coupables de ne plus nous sentir suffisamment disponibles pour soutenir notre conjoint(e) ou ami(e) malade. Parfois, la culpabilité s’insinue dans les émotions douloureuses que nous pouvons aussi éprouver : agressivité et colère envers la personne malade, désir d’en finir avec cette période difficile…

Sentiment complexe mêlant des affects et des désirs ambivalents (amour-haine, désir de protection mêlé d’agressivité…), la culpabilité peut s’exprimer sous mille et une facettes et engendrer un état de désarroi intérieur ainsi que des dégâts psychiques importants. « La culpabilité chez les proches renvoie à la peur inconsciente de leur propre fin et tourne souvent autour de la question suivante : « Est-ce que j’ai le droit de continuer à vivre ? », explique Pascal Rouby, psycho-oncologue à l’Institut Gustave Roussy de Villejuif.

Parfois insidieux, le sentiment de culpabilité peut aussi se construire sur des croyances erronées qui mettent en lumière nos fantasmes de toute-puissance : « Si je craque, mon conjoint malade ne va pas survivre ! ». Pour ne pas nous sentir écrasés sous le poids de la culpabilité, il s’agit donc de cerner avec précision les limites de sa responsabilité : « Agir quand c’est possible, s’accorder du temps pour souffler, ne pas laisser à la maladie toute la place dans la relation… autant de manières efficaces pour gérer cette culpabilité qui nous empêche d’être pleinement présents à l’autre », conseille Pascal Rouby.

Si l’on peut « aménager » ce sentiment, impossible en revanche d’imaginer vivre cette épreuve de la maladie sans lui. « La culpabilité vient toujours s’ancrer sur la conscience morale que nous avons intériorisée en fonction de notre histoire personnelle et du système de représentations sociales dans lequel nous vivons. Sans cette instance morale, nous ne pouvons pas établir de relations humaines », rappelle Lionel Débold, psychologue en charge d’un groupe de patients au sein du  “Pôle Psychologues et  Santé Paca, réseau ILHUP (Intervenants Libéraux et Hospitaliers Unis pour les Patients). Le thérapeute suggère alors un axe de travail : « Si l’on ne peut pas éradiquer le sentiment de culpabilité, on peut en revanche tenter de gérer l’angoisse qui l’accompagne », conclut-il. D’où la nécessité d’aller consulter un thérapeute ou de rejoindre un groupe de parole si l’on sent que ce sentiment douloureux gâche d’une manière excessive la relation que l’on entretient avec un proche malade.

Nathalie Ferron