Ce qui fait du bien quand rien ne va | la maison du cancer

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Une chanson « coup de boost », des messages d’amitié, une caresse réconfortante… Des petits gestes aux grands projets, chacun a ses trucs et astuces pour prendre le large loin de sa maladie, trouver de l’air et des ressources malgré tout. Des patients racontent.

« We are the champions » du groupe Queen. Pour une grande majorité de gens, cette chanson est synonyme de victoire les soirs de match ou de célébration lors d’une soirée de nouvel an. Pour Georges, les paroles de Freddy Mercury ont une tout autre saveur, celle des heures de doute et de découragement liées à son cancer de la prostate. « Les matins où le moral est au plus bas, je me la passe en boucle, explique-t-il. C’est très cliché, je sais bien, mais cela me fait un bien fou. Je suis un battant, mais des fois je l’oublie et ces paroles de “winners” me redonnent la rage de vivre ».

Les petits gestes de chaque jour

Lorsque le corps est douloureux et le moral au plus bas, le réconfort peut venir de gestes du quotidien, de ces petites habitudes qui en temps normal, n’ont rien d’exceptionnel.« Lors de mon cancer du sein, j’adorais prendre de très longues douches chaudes, se souvient Nathalie, aujourd’hui en rémission. L’eau qui coulait sur mon corps meurtri faisait comme un cocon. C’était l’une des rares choses qui me faisait du bien avec la réfléxologie plantaire».

Pour Gérald, victime d’un cancer de l’estomac, c’est la pause d’après-repas qui lui est bénéfique. « On m’a retiré cet organe et depuis je digère très, très mal. Pourtant j’apprécie toujours les bonnes choses. Alors le midi et le soir, dès que je sors de table, je m’étends une petite demi-heure avec de la musique. Ou bien j’écoute la conversation de ma famille, restée à table. J’aime bien cette impression d’observer mon petit monde de l’extérieur. Cela me donne un aperçu de ce que pourrait être la vie sans moi et cela me rassure car je les entends discuter et rire. Je déculpabilise un peu d’être aussi mal en point ».

La présence des autres

Beaucoups de patients ou anciens patients insistent sur l’importance du soutien des êtres chers, des marques d’attention des proches. Nathalie et son mari avaient mis en place un petit rituel qui leur permettaient de rester en contact malgré le cancer. « Je ne supportais pas qu’on caresse ma tête sans cheveux ni la plupart des endroits de mon corps. Mon mari a su trouver un petit carré de peau, au niveau de l’arête du nez, juste entre les deux yeux. Un point totalement neutre qu’il a pris l’habitude de masser. Ce petit geste, nous l’avons gardé même après la maladie ».

Recevoir des sms, des coups de téléphone était également très important pour la jeune femme. Gérald lui aussi insiste sur l’importance des paroles d’autrui. « Lorsque l’on a appris mon cancer de l’estomac, ma femme a envoyé un mail à l’ensemble de notre liste de contact pour les informer. Sur le coup, j’étais vraiment furax après elle, car je trouvais que ça ne regardait personne. Mais après l’opération, j’ai lu toutes les réponses que l’on avait reçues. La famille, les amis de longue date, mais aussi des gens que je n’avais pas vus depuis des années ! Leurs messages de réconfort m’ont réellement fait un bien fou. Je ne m’étais jamais senti autant entouré ». Gérald a même imprimé et relié tous ces témoignages qu’il parcourt dans les moments durs. «C’est un peu ma bible à moi».

Se projeter

Catherine, également victime d’un cancer du sein, a pour sa part mis en place un autre cérémonial qu’elle répète chaque début de mois. « Je me prends en photos, que j’accroche dans ma penderie. Cela peut paraître morbide parce que parfois je fais vraiment peur à voir. Mais ainsi je vois la progression de mon état, au moins physique. Je ne suis toujours pas un canon de beauté mais mes cheveux repoussent et j’ai repris du poids. Je ne le verrais pas aussi bien si je n’avais pas les photos d’avant pour comparer. Je me dis que bientôt, je serai à nouveau comme avant ».

Quand le présent est morose, Georges regarde lui aussi vers l’avenir et sait dorénavant très bien dans quelle direction il souhaite aller. « Je suis salarié depuis le début de ma carrière alors que je rêve de monter ma société. Ce cancer a été révélateur. Cela me prendra le temps qu’il faudra mais je sais qu’un jour j’aurai mon entreprise ». Pendant son arrêt maladie, Georges réfléchit donc stratégie et business plan pour son projet futur. « Ca m’aide à tenir », dit-il.

Nathalie a elle aussi une astuce pour prendre le large tout en restant chez elle les jours de très grosse fatigue : l’autohypnose. Un état proche de la transe dans lequel on cesse de diriger volontairement le cours de ses pensées. « Il suffit de se projeter dans un état que l’on a vécu et dans lequel on se sent parfaitement bien, explique-t-elle. Personnellement, je me visualise dans un lieu qui m’est cher, toujours le même. Et j’arrive à ressentir absolument tout : la caresse du vent, les odeurs, les bruits alentour. Magique ».

Un autre projet, tout sauf banal, à aidé Nathalie à tenir pendant les moments les plus noirs : son futur mariage. « Je me suis mariée au moment où j’étais la plus laide et la plus fatiguée qui soit. Nous avions ce projet de longue date avec mon mari. Pas question de laisser tomber. Et j’ai eu raison puisque cette journée a été tout simplement incroyable. Ce mariage m’a porté pendant toute ma maladie ».

Cécile Cailliez