Foi et religions : des alliées dans le combat contre le cancer? | la maison du cancer

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En nous confrontant à nos limites, le cancer nous interroge sur notre condition d’être humain et nous oblige parfois à chercher le contact avec une certaine transcendance. Quelles réponses à ce besoin offrent les différents cultes religieux? Quel est leur réel apport ? Enquête auprès de leurs représentants. 

 

« Pendant toute la durée de ma maladie, je me suis sentie en paix, comme si quelqu’un veillait sur moi et sur mes enfants. Je sentais la présence de Dieu à mes côtés, confie Elisabeth qui a traversé l’épreuve du cancer du sein voici dix ans. Cela ne m’a pas empêchée de prendre mes médicaments. Cela n’a pas empêché non plus que je puisse imaginer mourir, mais je me sentais sereine, je n’avais pas peur, ni de vivre, ni de mourir ». Durant cette période Elisabeth découvre une citation qu’elle trouve très juste et continue de l’inspirer :  « La foi n’est pas un anesthésiant à la douleur mais elle permet de croire que Dieu sait ce qu’il fait. » (voir aussi l’histoire d’Ambroise Ficheux )

Le droit à la spiritualité

Sérénité, apaisement, force aussi, c’est sans doute cela que les aumôniers des différents cultes peuvent apporter dans les services d’oncologie. Car la Charte du patient hospitalisé le précise: « Dans les établissements de santé publics, toute personne doit pouvoir être mise en mesure de participer à l’exercice de son culte (recueillement, présence d’un ministre du culte de sa religion, nourriture, liberté d’action et d’expression, rites funéraires…)».

 Aussi dans tous les hôpitaux, il est possible d’être mis en contact avec un représentant de chaque religion. Au CHU de la Timone, à Marseille, on a même été plus loin avec la création d’une Unité de soin et de recherche sur l ‘esprit, dirigée par Eric Dudoit, psycho-oncologue (voir aussi l’interview du Dr Eric Dudoit).

« Ici, nous ne faisons bien sûr pas de prosélytisme, la question n’est pas là, précise t-il, mais nous proposons aux malades de se rendre disponibles à l’expérience de la transcendance. La foi dépasse l’humain, en cela elle est différente de la croyance qui fait croire à un Dieu Père Noël avec qui l’on pourrait marchander. Il s’agit plutôt de se laisser traverser par le Grand Autre. Mais pour cela , il est nécessaire  de faire le ménage à l’intérieur de soi afin de lui faire de la place. »

Aussi, le rôle du Dr Eric Dudoit consiste le plus souvent à poser deux questions « Comment va votre corps ? » et « comment va votre âme? » Dernière question qui ouvre, y compris chez les athées, sur la possibilité d’accéder à un autre pan de l’expérience humaine : la verticalité, la spiritualité.

Car l’homme, en tant que seul animal capable de se placer en surplomb de sa propre vie, peut penser sa souffrance et sa finitude, les mettre en perspective par rapport à quelque chose de plus grand que lui, qu’il s’agisse de Dieu, de l’enchaînement des causes et des conséquences, comme chez les Bouddhistes ou de l’ordre de la nature, et c’est précisément cette capacité qui le rend humain. Dès lors faire l’expérience de la transcendance « vient étayer et aider, observe le Dr Eric Dudoit, dans ces moments où l’on a tant de mal à se sentir seulement vivant ».

Trouver du sens

Cette ouverture sur une autre vision de la maladie, Catherine de Préville, responsable de l’aumônerie catholique de l’hôpital Saint-Louis de Paris en remarque le besoin lorsqu’elle visite les malades. « L’attitude des patients change dès qu’ils voient mon badge. Et pas seulement s’ils sont catholiques ou croyants, les non croyants aussi expriment avec moi ce qu’ils ne peuvent exprimer ni avec les soignants ni avec les proches, comme si une soupape pouvait enfin s’ouvrir. » Même constat pour Nissim Sultan, rabbin et aumônier des hôpitaux à Aix-en-Provence. « Certains malades qui n’ont pas la foi, éprouvent le besoin de parler à un rabbin de cette expérience et parfois Dieu s’invite… »

Peur, révolte, angoisse, face à un représentant de Dieu le discours peut changer et quitter le champ du médical pour entrer dans celui du sens : pourquoi moi? Pourquoi maintenant? Pourquoi comme ça? Et après? A ces questions, les différentes religions peuvent apporter des réponses. « Pour nous musulmans, la maladie n’est  pas un châtiment mais une occasion de se rapprocher de Dieu, de réfléchir à sa vie et de se réconcilier avec Lui. C’est une expérience positive, explique Naïn Ahmed, imam, aumônier musulman des hôpitaux de Mulhouse (association Amal) ».

« Pour un catholique , le fait de savoir que le Fils de Dieu a souffert, homme parmi les hommes, sur la croix, est très important, explique de son côté Catherine de Préville. Jésus connaît donc la souffrance et peut nous accompagner dans l’épreuve. De même, par rapport à la mort, Sa résurrection conduit à l’Espérance : la mort n’est pas la fin. »

Quant au judaïsme, « chacun trouve un sens différent à sa maladie, et reconsidère son rapport à Dieu à travers cette épreuve, explique Nissim Sultan. Mais ce que j’observe c’est un besoin de mettre de l’ordre dans sa vie, une occasion de reconsidérer son univers mental. En revanche, pour nous, la souffrance n’est pas vertueuse, elle peut au contraire faire écran. Il faut donc mettre tout en œuvre pour la faire cesser, sans pour autant n’aller jamais jusqu’à l’euthanasie active ou le suicide assisté ».

La prière: une aide précieuse

« Un verset coranique dit qu’un Musulman atteint de maladie doit s’aider par la prière et la patience, rappelle Naïn Ahmed ». Dans toutes les religions, prier c’est faire le vide pour se laisser la possibilité d’entendre la voix de Dieu. Dès lors, c’est un moment de paix dans la tourmente que représentent la maladie et les traitements. « La prière aide à se recentrer, elle donne de la force pour supporter la douleur et la fatigue, ajoute Catherine de Préville. Mais elle n’est pas seulement un moment de solitude, de « tête-à-tête » avec Dieu, car la communauté peut aussi se retrouver afin de prier pour le malade. La communion des saints, l’appel aux autres catholiques potentialise en quelque sorte la confiance en Dieu. »

 Une notion que l’on trouve aussi dans le judaïsme : « La communauté est très importante : entre les proches, les personnes qui viennent à la synagogue, et qui peuvent eux-mêmes faire appel à d’autres à travers le monde, c’est toute une chaîne de solidarité qui se met en place pour demander à Dieu que tel ne souffre plus. Cette chaîne renforce l’Espérance. »

Une espérance qui, dans toutes les théologies est bien plus que l’espoir, puisque, comme la foi, elle transcende les doutes et les vicissitudes. Si la foi ne sauve pas toujours d’une fin inéluctable, elle semble en tout cas  permettre aux malades ne n’être pas réduits à leur maladie, mais de transformer celle-ci en une expérience pleinement humaine.

Isabelle Palacin

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