« Je ne suis pas un numéro ! » | la maison du cancer

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Cette  réplique culte de la série télévisée « le Prisonnier », que j’adorais regarder quand j’étais ado, me revient souvent à l’esprit depuis que j’ai été diagnostiquée. Régulièrement, je m’y accroche pour me renforcer intérieurement quand tous autour de moi se focalisent  sur des statistiques.

Dès le début de la maladie, je l’ai compris :  ma gynécologue, puis le chirurgien, puis l’oncologue que je voyais dans l’urgence des premières visites après le dépistage, tentaient d’apaiser ma frayeur en me bombardant d’informations mathématiques : « avec la grosseur de la tumeur, le grade de votre cancer, votre âge, le nombre de ganglions atteints, on peut vraiment dire que vous faites partie des 80% de femmes qui seront guéries dans cinq ans ». Ah bon, et pourquoi, par malchance, ne serais-je pas embringuée dans les 20% qui restent  sur le carreau ? Et après cinq ans, il se passe quoi ? Puis, à propos des traitements, la même discussion revenait. L’hormonothérapie ? « Après 5 ans de prise, elle rajoute 7 cas de guérison aux 70 femmes déjà sauvées grâce à la chirurgie et la radiothérapie, m’expliquait mon radiothérapeute. Il n’y a pas à hésiter !! ». Euh …oui, mais que faire des 20  à  30% de patientes qui ne supportent pas ces traitements et les arrêtent souvent en cachette après un an ou deux ? Ferai-je partie de celles qui avaleront leur cachet quotidien sans problème pendant 5 ans ? Et  que faire du faible pourcentage de cancers de l’endomètre qui seraient provoqués par ces traitements ? Je n’y pense pas ?

Souvent, j’ai ainsi constaté que la découverte d’une nouvelle statistique génèrait plus de questionnements anxieux que d’apaisement en moi. Parce qu’un chiffre n’est rien, mais il donne lieu à tant d’interprétations…Aussi peu à peu, j’ai découvert que , bonne ou mauvaise, la prédiction statistique ne m’apportait rien. Il y a tant d’imprévisible avec cette maladie cancéreuse ! Je préfère m’en tenir à l’idée que, quel que soit mon rang dans l’immense population des personnes atteintes, je ferai mon propre chemin, le mien, nécessairement singulier, avec ce désagréable partenaire de vie qu’est le cancer. Je le ferai avec mon histoire, ce qui m’a construit dès l’enfance ou plus tard, mes vulnérabilités physiques et mentales, toutes mes ressources d’humaine, et pas comme un numéro  tiré au milieu  de statistiques froides. Etrangement, penser ainsi m’ouvre une porte dont j’ai viscéralement besoin en certaines occasions : « tout est toujours possible » ! Une récidive là ou ailleurs, oui, peut arriver, et, avec, de nouveaux traitements à endurer… mais  peuvent aussi arriver des rémissions spontanées, ou des guérisons de haute lutte après des années de traitement, voire le silence bienveillant du cancer pendant vingt ans… Qui le sait ? Certainement  pas un tableau chiffré. Alors, restons les pieds sur terre et le corps bien ancré dans le présent. Cela seul est ma réalité.

Anouchka