L’attente, cette torture de trop ! | la maison du cancer

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Scanner, Irm, Pet Scan, notre vie de malade est jalonnée de ces examens. Ils sont essentiels au suivi à la trace du crabe. La bête est-elle calme, plutôt en fuite ou au contraire de plus en plus envahissante ? La réponse à cette question conditionne… à peu près tout : poursuite ou non du traitement, changement de protocole, retour à la chimio après une pause ou au contraire son arrêt, enfin.

Bref, elle suscite bien des espoirs mais autant de peurs. Celle de s’enfoncer dans les profondeurs abyssales et nauséeuses de la maladie.

Il faut le dire, c’est une grande chance de disposer de tels instruments de diagnostic. Nombre de personnes dans le monde n’ont pas cette aubaine. Et la bête, tapie à l’ombre du corps, peut grandir jusqu’à tuer. Alors nous aurions des scrupules à nous plaindre. Et pourtant, nous allons le faire quand même. Car il est de ces moments que l’on ne voudrait plus revivre : l’attente prolongée des résultats. Certaines sont incompressibles. Par  exemple, ceux des biopsies. D’autres, non. Ainsi, la lecture d’un scanner est immédiate. Je ne sais pas pour vous, mais chez « moi », entendez dans mon hôpital, il n’y a personne pour vous donner les résultats. Les infirmières sont à la « manip » et vous prient d’attendre le coup de fil du médecin ou la consultation pour en savoir plus.

Commence alors le décompte de longues et pénibles heures, sinon de journées entières. Règle numéro un : tenter de s’occuper l’esprit le plus possible. Mais constat numéro un aussi, la boule coincée au creux du ventre ne disparaît pas pour autant. Règle numéro deux : s’efforcer au fatalisme. Puisque je n’y puis rien, il faut lâcher prise. Advienne que pourra. Constat numéro deux : un vent de panique vient pulvériser en deux temps trois mouvements cette belle tentative. Une espèce de raz de marée d’angoisse qui vous submerge. A la limite du supportable : on n’en peut plus d’attendre, de tourner autour de ce téléphone qui ne sonne pas. Ou de tomber sur des répondeurs qui se fichent pas mal de votre désarroi.

A leur décharge, les oncologues sont véritablement débordés. Et pendant que vous vous rongez les sangs, eux, ils ont leur lot de patients du jour sur les bras. Des priorités, des urgences comme s’ils en pleuvaient. Comment leur en vouloir de ne pas penser à vous et à l’attente dans laquelle ils vous maintiennent à en devenir fou ? Certes. Mais en même temps, se voir infliger cela a quelque chose d’inhumain. Appelons un chat un chat, c’est une torture morale. Une vraie souffrance. Alors je milite pour le changement. Puisque les oncologues sont débordés, ne peut-on pas décider qu’un radiologue de l’hôpital, qui dispose forcément de votre dossier, vous donne tout de suite une première lecture des examens ? Les résultats seront de toutes façons les mêmes que dans 24, 48, ou 72 heures mais au moins, on évitera de passer par tous les scénarios possibles. Projeter des films d’horreur alors que la réalité se révélera peut-être moins cruelle. Eviter au malade ce mal-être profond et inutile à chaque fois que c’est possible, c’est aussi cela une prise en charge de qualité. 

Anouchka