Le courage de Maud Fontenoy | la maison du cancer

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En Octobre 2006, trois jours avant son départ pour un tour du monde à la voile en solitaire et à contre-courant, Maud Fontenoy apprenait qu’elle avait un cancer du col de l’utérus. Opérée d’urgence, elle est partie quand même. Aujourd’hui guérie, elle revient sur cet épisode difficile de sa vie de femme et d’aventurière.   

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Comment avez-vous appris que vous aviez un cancer du col de l’utérus ?

Avant de partir en mer pour plusieurs mois, je fais toujours quelques contrôles et examens médicaux. Cette fois-ci encore, j’étais persuadée que tout allait bien. Et puis trois jours avant le jour J, ma mère qui était restée en métropole, m’a appelée pour me dire que ma gynécologue cherchait désespérément à me joindre, car « quelque chose n’allait pas ». Elle était bouleversée. J’ai finalement parlé avec ma gynécologue au téléphone et la mauvaise nouvelle est tombée.

Quelle a été votre réaction ?

Sur le moment, je suis restée extrêmement calme. Mes différentes aventures en mer m’ont, je crois, appris à prendre du recul dans les moments difficiles, à gérer mes émotions, mes peurs et mes angoisses.  J’ai donc pris cette maladie comme un événement de plus, à gérer le plus froidement et le plus rapidement possible. Mais les angoisses sont malgré tout vite arrivées, notamment quand j’ai passé ma première biopsie. Ce fut extrêmement douloureux. Et là, j’ai aussi pris conscience que mon désir de maternité était menacé, un drame pour quelqu’un comme moi, qui rêvait d’avoir un enfant depuis l’âge de 15 ans !

Votre famille, les médecins n’ont pas cherché à vous empêcher de partir ?

Seul un de mes frères était à mes côtés. Le reste de la famille était resté en métropole. Ils n’assistent jamais à mes départs. Mais tous ont eu le même comportement. Ils étaient bouleversés, mais n’ont rien montré. Je serais partie quand même, ils le savaient. Encore une fois, c’est un comportement assez typique chez « les gens de mer ». Face à une situation difficile, si tu paniques, tu meurs. Alors mieux vaut garder son calme. Ils ont géré l’annonce de ma maladie comme ils ont géré l’annonce de mon démâtage au milieu de l’Océan Indien ! Quant aux médecins, voyant que je ne changerais pas mes plans, ils ont mis leur discours protocolaire de côté pour aller droit au but. Ils m’ont parlé de l’opération et des risques possibles d’hémorragies internes consécutifs à l’intervention. J’étais prévenue.

Qu’est-ce qui vous a psychologiquement donné la force de partir quand même ?

Toujours cette volonté d’aller au bout de ce que j’entreprends. Je ne voulais pas laisser mon corps décider. Ce voyage,  je l’avais préparé pendant un an et demi. La date de départ avait été impérativement fixée par les météorologues. Il était inenvisageable de la repousser ou d’y renoncer. Il y avait aussi mon orgueil et une certaine pression de toute la presse, de mes partenaires qui étaient sur place. J’ai dû me faire opérer en cachette. Quelques heures après l’intervention, j’étais en séance photo comme si de rien n’était…

Et une fois partie, pas de regrets ? Comment avez-vous supporté, seule au beau milieu des océans, les moments de crainte ou de douleur liés à la maladie ? 

Trois heures après être partie, j’ai eu droit à une énorme tempête, quelque chose de terrible. J’avais mal et je voyais encore la côte. Là j’avoue qu’il y a eu un temps d’hésitation… Et puis par la suite, j’ai dû supporter nausées, maux de ventres et  saignements. Je me suis beaucoup questionnée, inquiétée. Dans les moments les plus difficiles, j’avais recours à la méditation, au yoga. Je m’allongeais, je respirais. J’essayais de me recentrer sur moi-même, parfois sur une douleur, pour la localiser et l’accepter. En fait, je me disais chaque matin « Ce soir, on verra ». Chaque journée passée était pour moi une mini victoire, que je cochais sur mon calendrier. Les photos de ma famille et quelques cartes postales de pays chauds m’apportaient également un peu de réconfort. Elles étaient pour moi des projections d’avenir, des moments agréables qui m’attendaient. Et puis la mer, même si elle peut être très rude, m’a toujours poussée à être plus forte, à me dépasser. Je pense avoir puisé une certaine énergie dans la nature, les éléments.

Avez-vous bénéficié d’un suivi médical en mer ?

J’étais en liaison avec la Marine Nationale en cas de gros pépin. J’ai appris avec eux à me recoudre, à me faire des piqûres. Pour les soucis d’ordre gynécologique, j’avais avec moi des anti-douleurs. Ma mère, avec qui j’étais en contact tous les jours, faisait par ailleurs le relais avec mon médecin. Et puis le jour de mon arrivée, j’ai été très raisonnable. J’ai parlé aux journalistes le matin. Et l’après-midi, j’ai couru à l’hôpital faire un contrôle. Il n’y avait plus de trace de la maladie. Depuis, j’ai eu mon petit garçon, qui a aujourd’hui 3 ans. Et je ne pense plus au cancer.

Propos recueillis par Céline Roussel

Actualité de Maud Fontenoy

Le 9 juillet, Maud Fontenoy entame  en partenariat avec la Fédération Française deSauvetage et de Secourisme, une tournée du littoral destinée à sensibiliser unlarge public à la protection des hommes et des océans

( villes et dates sur le site de la Fondation Maud Fontenoy)