Le déni : un mécanisme psychique pour « amortir » la réalité | la maison du cancer

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« Il – ou elle – est dans le déni », entend-on parfois à propos du comportement d’un malade ou d’une personne de son entourage. Mais à quoi correspond vraiment ce terme? Grâce aux explications du Dr Olivier Bezy, psychiatre au CHU de Clermont-Ferrand, nous tentons d’y voir plus clair. 

 

Lorsque la gynécologue de Marie-Pierre lui a détecté une grosseur dans le sein, celle-ci a passé les examens sans y croire. « J’avais moi-même senti cette boule en prenant ma douche, mais j’ai fait comme si elle n’existait pas. Lorsque le diagnostic a été posé, je l’ai entendu, mais je n’ai jamais pensé « cancer ». Si une amie m’avait dit « on m’a trouvé une tumeur au sein », j’aurais été affolée pour elle. Là, pour moi, j’entendais les mots, je subissais les traitements, mais c’est comme si je n’avais pas intégré la réalité de la maladie. » Ce qu’à vécu Marie-Pierre est une forme du déni, un mécanisme de défense psychique qui se rencontre fréquemment. Il consiste à nier une réalité traumatisante. « Devant l’insupportable , l’impensable, le moi se clive, c’est-à-dire qu’à l’intérieur de la personne cohabitent deux parties, l’une qui sait, l’autre qui ne sait pas, explique le Dr Olivier Bezy, psychiatre. Dans le cadre de la cancérologie, ce mécanisme n’est pas lié à une pathologie mentale. La plupart du temps, le déni n’est pas non plus fixé à jamais. Il existe plutôt des allers-retours entre des périodes où la personne admet la maladie et d’autre où elle fait comme si celle-ci n’existait pas ». 

Une façon de se protéger

La fonction du déni est d’amortir le choc. Dans l’annonce de la maladie, ce qui fait trauma, c’est la soudaineté : d’un seul coup, on apprend que l’on est malade, que l’on va subir des traitements lourds, voire une amputation, avec en toile de fond, l’angoisse de la mort. «  Le déni donne le temps de métaboliser ces informations, de les intégrer dans son histoire, note le psychiatre ».

C’est pourquoi on ne force pas le rythme de la personne, mais au contraire, on lui laisse le temps de composer avec ces nouvelles réalités si angoissantes. « Le dispositif d’annonce doit notamment permettre à la personne de « digérer » la nouvelle à sa façon, note le DR Olivier Bezy». Toutefois, même si toute formation en psycho-oncologie comprend un volet sur le déni, les soignants sont parfois confrontés à l’urgence d’organiser les soins, la prise en charge. Le consentement éclairé du patient est alors réclamé. Comment faire?

La plupart du temps, le déni n’est pas massif. Existent dans le discours de la personne des failles, des moments où pointe la réalité, ce qui permet aux soignants de se faufiler dans la brèche. L’accompagnement est alors question de délicatesse : écouter, reformuler, accompagner les émotions permet d’apprivoiser la nouvelle de la maladie.

Parfois cependant, le déni est si efficace que la personne n’entend pas. « Dans certains cas rares, le malade en finit par arriver à l’hôpital avec une tumeur extrêmement avancée». Pour enrayer de telles situations,  il faudra aux soignants répéter plusieurs fois, de différentes façons, les mêmes informations,  et travailler au cas par cas. 

Le rôle de l’entourage

L’aidant –le proche – peut repréciser certains points qui ont été exposés, mais c’est la responsabilité des personnes en charge des soins d’informer le malade et de s’assurer que ce dernier comprend bien les enjeux des traitements et l’évolution de la maladie. L’aidant est plutôt là pour entourer et soutenir. « Il arrive parfois de rencontrer le déni dans les familles. Celui-ci est mobilisé face à la réalité insupportable d’être confronté à l’idée de la mort d’un proche, observe le Dr Oliver Bezy . Là aussi c’est à l’équipe de repérer le phénomène et d’accompagner la famille ».

L’enjeu est alors qu’elle puisse, elle aussi, petit à petit, accepter l’inacceptable afin que le malade puisse être entendu par les siens lorsqu’il parle de sa souffrance et de son angoisse.

Isabelle Palacin