« Mes journées de psychiatre oncologue » | la maison du cancer

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Le Dr Pascal Rouby, 47 ans, est psychiatre à l’institut Gustave Roussy, à Villejuif. Entre les consultations, les visites au chevet des patients hospitalisés, l’animation de groupes de parole, ou encore ses activités d’enseignant, ses journées, intenses, se suivent et ne se ressemblent pas. Témoignage.

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« J’arrive généralement à l’Institut Gustave Roussy vers 9 heures. J’y travaille 2 jours par semaine, le mardi et le jeudi. Je consacre le reste de mon temps à mon cabinet, à Orléans, où je vis également. J’ai un parcours professionnel un peu particulier. J’ai longtemps travaillé à la prise en charge de la douleur. La douleur, véritable problématique en cancérologie, m’a amené à la psycho-oncologie. J’exerce à l’Institut Gustave Roussy depuis maintenant dix ans.

Mes journées se séparent clairement en deux temps. Mes matinées sont consacrées aux consultations externes. Les patients que je vois ont fréquemment été hospitalisés par le passé à l’Institut, et ont besoin d’un suivi. Les motifs de consultations sont souvent des dépressions ou des troubles anxieux dus aux épreuves qu’ils traversent. Mais aussi des pathologies psychiatriques qui préexistaient au cancer. Je m’occupe généralement de 6 à 8 patients par matinée. Les situations que je rencontre en psycho-oncologie sont très différentes de celles que je rencontre au cabinet et chaque consultation dure au moins une demi-heure. Le travail que nous faisons nécessite de prendre le temps. De plus, je suis quelque fois amené à voir les malades avec leurs proches, ce qui allonge encore les consultations. Cependant, je me réjouis de leur présence. Les proches sont souvent porteurs de la parole des malades. Et dans la vie quotidienne du patient, ils peuvent être de véritables co-thérapeutes. En cas de baisse de régime entre deux consultations, heureusement, le bureau de la secrétaire est juste à côté. Et il fait souvent office de « sas » pour décompresser (rires) !

L’après-midi, je suis mobilisable « à la demande » et suspendu à mon bip. Je peux être appelé auprès de patients hospitalisés, quelque fois pour des urgences. Par exemple pour prendre en charge des états de confusion (dus aux traitements, ou du fait de la maladie), des fugues. Ou encore pour intervenir en cas de crises d’angoisse majeures ou de dépressions laissant craindre un risque suicidaire. Je me rends au chevet des patients qui en ont besoin. Ils sont très souvent seuls dans leur chambre. Dans les rares cas où ils doivent la partager avec un autre malade, je m’adapte au mieux pour assurer la confidentialité de nos échanges. Je demande au voisin de sortir ou j’utilise un bureau disponible. Mais je peux très bien aussi être sollicité par un confrère oncologue, qui juge nécessaire de me « faire voir » l’un des ses patients. Dans ces situations, pourquoi demander mon intervention plutôt que celle d’un de mes collègues psychologues, avec qui je travaille très fréquemment en binôme ? Parce que les patients que je vois dans ce cadre ont généralement besoin d’une prescription médicale, que seuls les médecins peuvent effectuer. Les psychologues interviennent plus facilement dans des troubles d’ajustement face à la maladie. L’après-midi, je dois également « jongler » avec le travail « régulier ».

J’anime fréquemment, en équipe avec une collègue psychologue, des groupes dédiés aux femmes en fin de traitement d’un cancer du sein, ou aux proches de malades du cancer. Je pratique plutôt des thérapies cognitives et comportementales. Durant les deux heures que durent ces séances, je laisse mon bip à la secrétaire…sinon, je ne m’en sors pas ! Il m’arrive aussi de me consacrer à mes activités d’enseignant -et dans une moindre mesure, de chercheur-. J’interviens souvent auprès de médecins ou d’infirmiers dans le cadre de diplômes universitaires liés à la cancérologie.

Aux alentours de 19h, ma journée bien remplie s’achève. Et je ne peux que constater que j’ai eu des occupations très variées, toutes intéressantes et stimulantes intellectuellement. Ce n’est bien sûr pas facile tous les jours. Le plus difficile à supporter, ce sont les situations de grande détresse émotionnelle. Particulièrement, l’enchaînement de ces situations. Les journées les plus dramatiques succèdent aux journées les plus calmes. Avec chaque jour le même objectif : faire de mon mieux pour soulager les souffrances dues au cancer ».

Propos recueillis par Héloïse Rambert