Peut-on faire de l’humour avec le cancer ? | la maison du cancer

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Bien sûr, le cancer est une maladie grave. Mais faut-il pour autant rester dans la gravité ? A l’heure où de plus en plus d’humoristes se saisissent d’une forme de dérision tabou jusque-là, Moussa Nabati, psychanalyste et auteur de « l’Humour-thérapie » nous livre son point de vue sur ce recours souvent régénérant . 

 

En 1988 disparaissait l’humoriste Pierre Desproges auteur du célèbre : « plus cancéreux que moi, tumeur » ou de l’excellent : « les imbéciles n’ont jamais de cancer. C’est scientifique ». La relève de Pierre Desproges semble assurée aujourd’hui : le jeune Gaspard Proust dans un sketch, raconte la rencontre entre une sclérose en plaques et un cancer, l’un encourageant l’autre par un valeureux : « j’aime beaucoup ce que vous faites ! ». De même, Stéphane Guillon dans son sketch « mélanome mon ami » met en scène un chirurgien qui offre à son patient une carte de « fidélité cancer » !  

Depuis plusieurs années, on entend dire un peu partout qu’il faut « changer le regard de la société sur le cancer ». Cette distance opérée par l’humour peut-elle aider ceux qui sont touchés de près ou de loin par la maladie ? « l’humour est protecteur » écrivait le psychiatre Boris Cyrulnik  dans « Autobiographie d’un épouvantail ».   Oui, mais jusqu’à quel point ?

En rire est un moyen,  pas une obligation !

Tout le monde n’arrive pas à rire des sujets graves et ce n’est pas grave, justement. Car c’est la sensibilité propre de chacun qui est en jeu. Comme disait Pierre Desproges : «  l’humour, c’est comme les yeux bleus. On en a ou on en a pas ». Quand on est atteint d’un cancer, on est parfois à prendre avec des pincettes (de crabe bien sûr). Le rire peut vite côtoyer les larmes, d’autant plus qu’on a subi un traumatisme, rappelle le psychanalyste Moussa Nabati : « Au moment de l’annonce, l’humour serait mal venu, insupportable, vécu comme une espèce d’agressivité, ce serait là de la dérision. Il faut du temps pour rire d’un évènement douloureux. Il faut aussi vivre l’angoisse de la maladie, le fantasme de la mort, c’est en vivant ces souffrances paradoxalement, en ne les prenant pas en dérision que la voie à d’autres modes d’approche peut surgir. D’une façon générale, on n’est pas obligé de rire de la maladie ! Mais c’est important de savoir qu’on peut présenter la vie sous son aspect joyeux. Rire, c’est l’équivalent d’une gymnastique pour l’âme. L’humour est une nourriture affective qui se développe dès l’enfance, période de jeux…  utiliser l’humour, c’est jouer et donc se sentir vivant ».

Un acte de résistance joyeuse

La comédienne Michèle Guigon que nous avions rencontrée, racontait que des personnes étaient venues voir celle qui « causait du cancer », cherchant à savoir si elle l’avait vraiment eu ou pas. « Beaucoup de spectatrices sont venues me remercier d’avoir su trouver ces mots qu’elles ne prononçaient pas et surtout d’avoir pu  en rire ainsi ! » confie-t-elle. D’ailleurs l’expression « il vaut mieux en rire qu’en pleurer » signifie  qu’on peut, pour ne pas être totalement écrasés,  retourner cet aspect tragique de l’événement qui normalement devrait nous arracher des larmes, et ainsi continuer à respirer, à vivre,  à se développer. « L’humour n’est pas à proprement parler un outil thérapeutique mais il fait du bien, il détend, soulage, résume Moussa Nabati ».

Un jour, on peut rire effectivement d’évènements très graves auxquels on a échappé.  « Les rescapés   qui ont survécu à des drames peuvent spontanément avoir besoin d’en parler, explique le psychanalyste. Lorsque les blessures profondes ont été cicatrisées, une forme d’humour se mêle au désir de témoigner, de dire qu’on a été plus fort. » Ainsi, le comédien et humoriste québécois Stéphane Rousseau qui évoque sur scène le cancer de son père et de sa sœur décédés. Dans une interview donnée en novembre 2010 au site Suisse « Le Matin », il expliquait que c’était une nécessité pour lui : «  Mon spectacle a servi d’exutoire, et tout le monde rit beaucoup. Les gens sont interpellés: faire de l’humour sur une surface ultra-dramatique, ça nous touche. » L’humour ferait donc partie de notre système de défenses naturelles, et ce sans effet secondaire nocif ! Alors, dans cette lutte contre le cancer où le langage médical employé est bien souvent guerrier, accueillons l’humour à volonté !  Après tout, celui-ci à l’avantage d’être à la portée de toutes les bourses alors que les médecines complémentaires coûtent souvent cher.

Marina Lemaire.

A lire :

 « L’humour thérapie » de Moussa Nabati, aux éditions Livre de Poche- collection : vie pratique.

« Autobiographie d’un épouvantail », Boris Cyrulnik, édition Odile Jacob.

Site internet de Pierre Desproges

Stephane Guillon : Melanome mon ami (cancer)