Peut-on rendre l’annonce d’un mauvais diagnostic moins difficile ? | la maison du cancer

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Comment, en tant que médecin,  annoncer  à un patient l’apparition d’un cancer, ou sa récidive ? Savoir préparer ce moment particulier dans la vie d’un malade est important à plus d’un titre. Faut -il cacher ses émotions, ou au contraire, les partager ? Une récente étude apporte quelques réponses.

Comprendre plus précisément comment les médecins gèrent leurs émotions à l’annonce des mauvaises nouvelles  et comment les malades y réagissent, tel était l’objectif d’ Armelle Desauw, psychologue clinicienne au Centre hospitalier de Cambrai. Elle a  mené une étude sous la direction du Pr Christophe de l’université Lille 3 et le Dr Cattan, cancérologue au CHRU de Lille : 23 médecins et 60 patients du Nord Pas-de-Calais ont ainsi détaillé dans un questionnaire et au cours d’entretiens la façon dont ils avaient vécu ce moment d’annonce difficile .

« Tout est parti d’un constat clinique. Il nous est souvent arrivé de rencontrer des patients qui nous expliquaient à quel point ils avaient été traumatisés par l’annonce de leur cancer, explique Armelle Desauw. Et au-delà de l’annonce, par la manière avec laquelle celle-ci avait été faite.” 

Plus le médecin prend du recul, plus son patient le considère compétent

Les premiers résultats de son étude confirment que le patient est bien sensible à l’attitude émotionnelle du médecin.

“Plus le médecin cherche à lutter contre ses émotions, plus il est anxieux, et le patient l’interprète comme un manque de compétence”, explique le Dr Cattan. “A l’ inverse, ceux qui sont capables d’opérer une “réévaluation cognitive”, de prendre du recul et de souligner les aspects positifs de la situation apparaissent plus compétents”.

Or, s’il est difficile de le montrer scientifiquement, pour le cancérologue, “on peut intuitivement penser qu’un patient, par un effet miroir, tire d’un médecin qui n’a pas peur de ses émotions une force supplémentaire pour faire face à ce qui lui arrive “.

Mais la maîtrise de ses sentiments n’est pas un exercice facile. Parmi les médecins interrogés, l’un d’entre eux confie son désarroi :”On n’a pas les mots magiques, on ne sait pas quoi dire pour (…) consoler, on ne sait plus où se mettre. On n’a pas fait des études de psychologie, on a fait des études de médecine. Etre médecin, c’est soigner, ce n’est pas écouter “.

Un autre explique comment il se « blinde » dans ce genre de situation : “Même si on a des émotions, il ne faut surtout pas les montrer ! On ne va pas commencer à pleurer avec les gens, ce n’est pas le but ! D’ailleurs ce serait la catastrophe !”.  A l’ inverse, certains essaient de prendre du recul : ” (…) j’ aime bien réfléchir sur la façon dont le médecin (…) essaie le mieux possible de s’adapter au patient. Quand je sais que je dois faire ça, ça m’intéresse !”.

Des protocoles d’ annonce diagnostic

Pour le Dr Cattan, régulièrement confronté à ces situations d’annonce, l’intérêt de cette étude, soutenue par la Ligue contre le cancer et la région Nord Pas-de-Calais, est aussi pédagogique : “Nous allons continuer de retranscrire cette masse d’informations recueillies au cours de l’étude dans la formation initiale des médecins ou au cours d’ateliers spécifiques”.  Car les médecins sont bien souvent démunis. S’il existe quelques outils à leur disposition, dont un protocole mis en place par le Plan Cancer en 2005 qui détaille différentes étapes à respecter lorsqu’il faut annoncer un mauvais diagnostic à un malade, peu de facultés ont intégré la question de la gestion des émotions dans leur cursus.

L’impact de l’attitude du praticien sur le devenir du patient reste évidemment minime en comparaison des autres facteurs médicaux. Mais cette étude montre qu’il est justifié de maintenir les efforts pour chercher à en réduire autant que possible les effets négatifs.

Pierre Beauvillain

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