Quelle aide psy en cas de cancer ? | la maison du cancer

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A l’hôpital public, comme dans les cliniques, une prise en charge psychologique peut être proposée aux malades qui en ont besoin. Comment en bénéficier ? Avec Sarah Dauchy, psychiatre responsable de l’Unité Psycho-oncologie de l’Institut Gustave Roussy, nous tentons d’y voir plus clair.   

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Lorsqu’on parle d’aide psychologique, il ne faut pas confondre «le soutien psychologique », informellement apporté aux malades à travers les paroles et gestes du personnel soignant, des oncologues, et même des proches, et « la prise en charge psychologique », plus structurée, qui nécessite des équipes de psychiatres et psychologues, et/ou dépend d’un service de psycho-oncologie. Et concernant ce deuxième aspect de l’accompagnement psychologique, tous les hôpitaux et structures où l’on traite le cancer sont inégalement dotés. « Il existe de très grandes disparités entre les établissements, observe le Dr Sarah Dauchy, psychiatre responsable de l’Unité Psycho-oncologie de l’Institut Gustave Roussy et Présidente de la Société Française de Psycho-oncologie (SFPO). Cela va des très grosses équipes de psycho – oncologues dans les centres de lutte contre le cancer comme l’IGR, à quelques psychologues isolés dans certains établissements. Mais ces différences d’effectifs ne doivent jamais empêcher un malade d’être pris en charge psychologiquement. Ce service, accessible partout, sera simplement mis en place de manière différente d’un endroit à un autre».

Laccord indispensable du patient

Souvent différent dans son organisation, donc, le protocole répond néanmoins à certaines règles.  Tout d’abord, toute personne peut bénéficier « d’une prise en charge psychologique », et ce de l’annonce de sa maladie à « l’après cancer ». La demande peut-être faite directement par cette dernière ou par son oncologue, ou par le personnel soignant. Mais dans ces deux derniers cas, le consentement du malade reste indispensable. «L’accord du patient peut aussi être recherché,  si ce dernier semble ne pas se rendre compte qu’il a besoin d’aide, ou s’il est en difficulté ; et si à cause de préjugés erronés, il refuse de voir un psy  », ajoute le Dr Sarah Dauchy. A noter que les proches, adultes et enfants, peuvent également bénéficier de cette prise en charge, de la même manière que le malade.

Un suivi adapté à la personne 

Si le service est accessible de manière très large, car sur simple demande, il se heurte néanmoins à la réalité d‘effectifs fluctuants du côté des spécialistes de santé mentale. La plupart du temps, une évaluation au niveau des malades doit être opéré de manière à identifier les personnes les plus en difficulté et devant être prises en charge le plus vite possible. Le ou les premiers entretiens assurés par psychiatres et psychologues vont essentiellement servir à déterminer cet ordre de priorité. Lors de cette consultation, sont explorés les antécédents du patient en terme de vulnérabilité psychiatrique ou psychologique (épisodes difficiles de sa vie, dépression), mais aussi ses antécédents familiaux (Y a-t-il eu des cas de cancers dans sa famille ? Quelles sont ses représentations de la maladie?).

Le psy va ensuite interroger le patient sur sa propre maladie (Qu’en a-t-il compris ? Comment perçoit-il la situation ?). Puis ce sera son mode de vie qui sera évoqué (entourage, environnement, comment est-il soutenu ?) et  ses symptômes émotionnels et comportementaux (anxiété, troubles du sommeil). Enfin seront évoqués ses symptômes autres que psychologiques, d’ordre physique, comme, par exemple, la douleur. De cette rencontre naîtra un projet commun. « Certaines personnes ont juste besoin d’une main tendue dans un coup dur, mais ont les ressources pour y faire face, assure le Dr Sarah Dauchy. Quelques séances suffiront à les aider. D’autres voudront surtout des informations, des conseils, et seront redirigéés vers les structures adaptées. Pour ceux qui vont vraiment mal, en revanche, il faudra peut-être partir sur des mois de psychothérapie. Il ne faut en tout cas jamais hésiter à aller voir un psy, et lui faire confiance, car il saura identifier les besoins de chacun ». 

Qu’est-ce qui fait la différence entre un psychiatre et un psychologue ? Le premier peut prescrire un traitement, l’autre pas. Les malades du cancer présentant une pathologie mentale pré-existante ( 5 à 10 % de la population a une pathologie mentale) et ceux présentant une souffrance psychique relevant de la pathologie psychiatrique sera de préférence prise en charge par un psychiatre. « Après, toujours à cause du problème d’effectif, certains de ces patients seront suivis par un psychologue, avec une prescription de médicaments délivrée par l’oncologue ou le généraliste », précise le Dr Sarah Dauchy. 

Une psychothérapie à l’hôpital, ou en ville

Ce suivi a lieu la plupart du temps à l’hôpital et est totalement pris en charge par la sécurité sociale. Si l’établissement ne peut assurer l’ensemble de l’accompagnement par manque de moyens ou parce que ce n’est pas indiqué pour le patient, une partie du suivi sera proposée à l’extérieur par des psychiatres (systématiquement pris en charge par la sécurité sociale) ou des psychologues de ville qui, s’ils font partie du réseau hospitalier, peuvent être remboursés. Dernier cas, un établissement qui ne peut répondre à la demande

d’un patient l’orientera vers les psychiatres et psychologues de ville (non remboursés).

Y a-t-il une vraie différence entre une prise en charge à l’hôpital et une prise en charge extérieure? « Techniquement, psychologues et psychiatres des hôpitaux et des villes font strictement le même métier, assure le Dr Sarah Dauchy. C’est plutôt le cadre qui va faire toute la différence. Les premiers, étant intégrés à un service de cancérologie, travaillent  en interdisciplinarité avec les oncologues et tout le personnel soignant, accèdent au dossier médical du patient, ont une connaissance précise de son cancer, et savent donc ce que vit le malade. Mais certains patients ont besoin d’être suivis à l’extérieur pour faire un break avec l’hôpital. Le travail de chacun s’avère donc indispensable et complémentaire ».

Céline Roussel