Stress et Cancer : mythes et réalités | la maison du cancer

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Un divorce peut-il provoquer un cancer du sein ? Le stress au travail nous rend-il plus vulnérable au développement d’une tumeur ? A l ’heure où l’on entend beaucoup de rumeurs sur l’impact du stress, nous avons voulu savoir s’il est un mode de somatisation comme un autre. Et nous vous proposons un tri des idées reçues le concernant.

Le lien entre cancer et stress a été clairement démontré

Faux. « Il n’y a pas d’études montrant clairement un lien de cause à effet entre une exposition au stress et le cancer, précise le Pr Roland Bugat, oncologue  à l’Institut  Claudius Regaud de Toulouse ».  De fait une étude européenne, publiée en février dernier dans le British Journal of Medecine (1), et menée pendant 12 ans sur 115 056 personnes de 17 à 70 ans a croisé niveau de stress (ainsi que différents types de stress) et survenue de cancers du sein, du côlon, du poumon et de la prostate. Résultat : un haut niveau de stress et de pression n’est pas associé à une augmentation du risque de développement des cancers étudiés.

Le travail peut être un facteur de risque pour le cancer.

Vrai. Il existe des cancers professionnels comme ceux liés à l’amiante. De même l’étude CECILE (2) publiée par des chercheurs de l’INSERM (Institut national de la Santé et de la Recherche Médicale) a montré un lien entre travail de nuit et survenue du cancer du sein, la perturbation du rythme circadien étant  supposée être à l’origine d’un déséquilibre des mécanismes hormonaux. « Il conviendrait aussi de ne pas négliger les questions de précarité sociale et de souffrance au travail,  estime le Pr Roland Bugat. Le Plan Cancer III se propose d’étudier les questions d’inégalités sociales dans la prise en charge du cancer. Il serait à mon avis intéressant de lancer des études épidémiologiques sur elles-ci en tant que facteur de risque. Nous observons une augmentation globale de l’incidence des cancers, dans laquelle l’augmentation de la durée de vie joue évidemment un rôle,  mais n’explique pas tout. Les facteurs environnementaux comme les polluants, ont aussi leur place. Il faudrait également pouvoir évaluer les risques psycho- sociaux. Par ailleurs, pour évaluer la souffrance au travail, le taux de suicides sur le lieu de travail est un indicateur, mais peut-être pourrait-on suggérer d’en créer un autre : celui  de l’incidence des pathologies chroniques. Or là, on se trouve en face d’un silence du monde économique et des politiques. »

On rencontre certaines difficultés méthodologiques pour étudier l’impact du stress.

Vrai. Il existe bien des études sur l’animal qui mesurent les modifications biologiques liées au stress : baisse des facteurs immunitaires, modifications hormonales, mais « il n’est pas forcément évident que l’on puisse en transposer strictement les résultats à l’homme, souligne l’oncologue. De même, les sciences humaines et sociales qui étudient l’impact du stress au niveau des individus peinent à apporter des preuves scientifiques. Ces deux versants de la connaissance ont du mal à communiquer, c’est-à-dire à trouver un langage commun.»

Or les questions psycho somatiques concernent les deux aspects. Et ce qui relève du subjectif, c’est-à-dire de l’expérience personnelle et intime, possède une vérité propre qui échappe à la mesure scientifique. Ainsi comme le remarque le Pr Roland Bugat, « de nombreux témoignages parus en librairie, parlent effectivement de cancers qui se déclarent après un deuil, un licenciement, un divorce. Pour autant, ils ne constituent pas une preuve scientifique d’un lien de cause à effet. » En effet, la tumeur qui met des années à se développer ne peut être totalement  imputable à un événement survenu quelques semaines ou quelques mois avant l’apparition  d’un symptôme ou l’annonce du diagnostic.

Le stress peut induire des comportements à risque

Vrai mais… C’est l’histoire de la poule et de l’œuf. Si l’on prend l’exemple du tabagisme qui, lui, est incontestablement défini comme étant un facteur de risque pour le cancer, on aurait tendance à penser que plus l’ on est stressé, plus on fume. Or plusieurs études ont démontré une relation inverse. Ainsi l’une d’elles a  constaté que les attaques de panique étaient 15 fois plus nombreuses chez les fumeurs que les non-fumeurs. Cette résultat pourrait vouloir dire que la cigarette rend anxieux OU que les grands anxieux ont plus que les autres tendances à fumer. Or d’autres recherches, afin de lever cette ambigüité, se sont intéressés aux anciens fumeurs : résultats ils sont globalement plus sereins que les fumeurs. La cigarette est donc bien un facteur aggravant des effets du stress..Pour l’alcool l’effet est plus pernicieux car si à court terme il permet bien d’anesthésier son angoisse, à long terme il augmente l’anxiété.

Le stress n’est à prendre en compte que dans la génèse du cancer

Faux. Essayer de trouver une cause à une maladie qui vient bouleverser sa vie de fond en comble est un réflexe humain de survie psychique. Attention toutefois à éviter la culpabilisation sur le mode « Je suis tombé(e) malade parce que j’étais trop stressé(e) ». En revanche, le cancer en lui-même est un stress : il génère une angoisse qui doit être prise en compte et accompagnée afin de pouvoir mobiliser toute son énergie pour lutter pour son propre futur .

Isabelle Palacin

1- Work stress and risk of cancer

2- Belot A. et al, (2008). “Cancer incidence and mortality in France over the period 1980-2005”. Rev Épidemiol Santé Publique. 2008 Jun; 56(3): 159-75.