Attention à la graisse abdominale ! | la maison du cancer

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Les hommes en surpoids ont plus de risque de déclarer un cancer de la prostate, l’obésité accroît le risque de cancer du côlon, la surcharge pondérale favorise les récidives de cancer du sein… Par quels mécanismes la graisse peut-elle ainsi favoriser la prolifération de cellules cancéreuses ? Explications. 

Plus d’un cancer sur cinq serait lié au surpoids et notamment à la graisse abdominale. Un constat inquiétant quand on sait que l’obésité est en progression galopante, y compris chez les enfants. D’ailleurs, aux Etats-Unis, la Société Américaine de Cancérologie observe dans un récent rapport, que certains cancers habituellement jugés rares ou peu fréquents (œsophage, pancréas, rein …) sont en progression et que cette hausse inquiétante pourrait s’expliquer par la flambée de l’obésité Outre Atlantique.

1 –  Cette incidence de la graisse sur le cancer est-elle vraie ?

Le risque de cancer augmente vraiment avec la surcharge pondérale. Cela a été montré à plusieurs reprises et notamment bien étudié pour les cancers digestifs, avec une méta-analyse de 141 études, publiée dans la revue scientifique,The Lancet, début 2008. Ainsi, en cas d’obésité avérée (avec un indice de corpulence supérieur à 35), le risque de mortalité par cancer du foie est multiplié par 4,52, celui de cancer du pancréas par 2,61, celui du cancer du foie par 1,94 et enfin, par 1,91 pour le cancer de l’œsophage et 1,84 pour le cancer du côlon et du rectum. Depuis, d’autres études ont confirmé ces dires et les chercheurs tentent de comprendre pourquoi.

2 – Est-ce le seul effet négatif du surpoids ?

Non, car l’obésité accroît aussi la gravité des cancers. Ou, pour être tout à fait précis, la surcharge graisseuse abdominale et le diabète de type 2 qu’elle induit,  augmentent la gravité des cancers et peuvent même diminuer l’efficacité des traitements.

3 – Selon quels processus ?

Plusieurs mécanismes ont été identifiés. En premier lieu, la libération par le tissu graisseux abdominal de molécules favorisant l’inflammation (des cytokines), et d’acides gras libres, réduit la sensibilité des cellules du corps à l’insuline. Or l’insuline est indispensable pour faire rentrer le sucre sanguin dans les cellules et donc leur apporter l’énergie dont elles ont besoin pour fonctionner. En réaction, le corps sécrète davantage d’insuline, ce qui s’accompagne d’une élévation de la fraction libre de l’insulin-like Growth Factor 1 (IGF1). Ce n’est pas anodin. En effet, l’IGF1 est un puissant facteur de croissance cellulaire et vient donc «booster» parallèlement le développement des cellules tumorales. 

4 – Pourquoi la graisse abdominale est-elle jugée plus dangereuse ?

La graisse abdominale sécrète diverses molécules, dont la leptine. Or la leptine est un facteur de croissance pour toutes les cellules pourvues de récepteurs à leur surface. Elle est aussi dotée de propriétés angiogéniques, ce qui signifie qu’elle peut favoriser la vascularisation nécessaire à la croissance tumorale. Enfin, la leptine possède une action sur des enzymes impliquées dans la perméabilité des tissus de soutien : en augmentant cette perméabilité, la leptine pourrait donc faciliter la dissémination des cellules cancéreuses et donc la survenue de métastases. Cela expliquerait pourquoi les cancers touchant les personnes obèses seraient potentiellement plus graves.

5 – L’obésité aurait-elle aussi une incidence hormonale ?

C’est vrai, l’obésité abdominale s’accompagne d’une augmentation des hormones féminines (estrogènes) et masculines (androgènes) dans le sang, surtout néfaste pour les cancers hormono-dépendants comme le cancer du sein ou celui de la prostate.

 6Que faire lorsqu’on a trop de graisse abdominale ?

Une étude suédoise a montré que chez des personnes atteintes d’obésité morbide, après chirurgie suivie d’une perte de poids très importante, la fréquence des cancers diminuait de façon marquée en quelques années. Il reste maintenant à vérifier que c’est aussi vrai pour des surpoids moins importants : les médecins, d’après leur pratique courante, en ont la conviction et c’est pourquoi ils  recommandent le retour à un poids normal, à leurs patients, mais encore faut-il le démontrer, ce qui ne saurait tarder.

Nathalie Szapiro

• Sources :

• Rapport annuel de l’American Cancer Society, 4 janvier 2012

• Communiqué Inserm, Cancer Research, 1er avril 2011 71(7); 2455–65

• Le Quotidien du Médecin, 25 mars 2010.