Ces innovations qui faciliteront le dépistage | la maison du cancer

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La plupart des examens de dépistage, pourtant nécessaires et salutaires dans la lutte anti-cancer, sont contraignants.  Pour pallier ces inconforts, les équipes de recherche se concentrent sur la détection des cellules cancéreuses dès leur formation et cherchent à élaborer des tests simples et rapides.  Voici un panorama des avancées les plus ingénieuses.

 

Mammographie, frottis utérin, recherche de sang dans les selles, coloscopie, toucher rectal … Pour certains, ces examens de dépistage, aussi utiles soient-ils, paraissent tellement insupportables qu’ils préfèrent ne pas y penser et refusent de s’y soumettre. Au risque de passer à côté d’un cancer débutant et encore facilement curable… Pour pallier ce souci, les chercheurs rusent d’imagination et s’efforcent de repérer les cellules cancéreuses là où elles se cachent. Les premiers travaux en ce sens semblent porter leurs fruits, même s’il faudra sans doute encore attendre quelques années pour valider les tests prometteurs annoncés.

1 – Pourquoi est-ce si important d’y arriver ?

Certains examens de dépistage sont relativement bien acceptés par le grand public – comme le frottis de dépistage et la mammographie – en dépit de leur caractère contraignant. Mais d’autres ont vraiment du mal à rencontrer une si bonne adhésion : c’est le cas de l’Hémoccult II ®, actuel examen de dépistage du cancer colorectal. Alors qu’il faudrait qu’au moins 50 % des 50-74 ans fasse le test chaque année pour que celui-ci soit utile, ils ne sont que 43 % à le faire en France, les hommes de la cinquantaine étant les plus difficiles à convaincre. L’une des raisons pourrait être le manque de praticité du test : en effet, il faut manipuler ses selles et réaliser 3 prélèvements, ce qui peut en rebuter certains. Une simple prise de sang pour dépister ce type de cancer ou d’autres serait évidemment  bienvenue.

2 – Comment une prise de sang peut-elle prédire un cancer ?

Une cellule lorsqu’elle est détruite, quelle soit saine ou tumorale, largue son contenu dans le sang, l’urine ou tout autre liquide biologique. Et dans ce fameux contenu, il y a du matériel génétique, c’est-à-dire, de l’ADN ! Or les cellules tumorales n’ont plus tout à fait le même matériel génétique que des cellules saines : c’est d’ailleurs ce qui leur permet de proliférer dans des proportions monstrueuses. C’est pourquoi bon nombre de chercheurs dans le monde (dont ceux de la prestigieuse université de Harvard aux USA), tentent de traquer cet ADN si particulier, dans tous les liquides biologiques faciles à recueillir : le sang bien sûr, mais aussi les urines, la salive, etc.

3 – Pourquoi n’y a t-on pas pensé plus tôt ?

Pendant longtemps, les chercheurs ont été gênés parce qu’ils ne savaient pas comment repérer les quelques ADN anormaux (ceux des cellules tumorales) dans le flot d’ADN normaux (ceux des cellules saines). Mais cela change grâce à l’apport des nouvelles technologies ! En l’occurrence, ils ont imaginé de faire passer les liquides à tester (le sang, l’urine, etc.) à travers des filtres remplis de micropuces comportant un éventail d’anticorps sur lesquels viennent s’accrocher uniquement les ADN issus de cellules cancéreuses.  C’est donc comme s’ils partaient à la pêche, non plus avec un filet à grosse maille laissant passer tous les petits poissons anormaux, mais avec des hameçons spécifiques capables d’accrocher ces poissons indésirables, aussi petits et aussi peu nombreux soient-ils ! Les cancers de la prostate, de la vessie, du colon, des reins, du poumon, ainsi que les cancers du sein, pourraient ainsi être détectés.

4 – Qu’est-ce qui freine encore la réussite de ces projets ?

Le problème est celui de la faisabilité en routine, car les différentes tumeurs présentent des dizaines de mutations possibles ! Or si on ne connaît pas la ou les mutations génétiques qui ont conduit à la formation de la tumeur recherchée, on ne peut pas trouver les anticorps correspondant (les «hameçons» sur mesure) sur lesquels leur ADN va venir se fixer. Pour cette raison, on est capable de reconnaître uniquement un petit nombre de tumeurs cancéreuses (dont certains cancers du sein). Mais avec le temps, de plus en plus de mutations génétiques tumorales seront identifiées et cet obstacle sera progressivement levé.

5 – Et si on cherche à dépister précocement une récidive d’un cancer ?

C’est déjà beaucoup plus facile : étant donné qu’il s’agit d’une tumeur connue, on ne rencontre pas de difficultés majeures pour identifier les mutations que celle-ci présente. Il n’y a donc qu’à faire le test avec des micropuces comportant les anticorps correspondant à ces mutations.

6 – Ces tests immunologiques représentent-ils la seule piste explorée ?

Non, il y en a d’autres ! Par exemple, des chercheurs Suisses viennent de trouver un facteur produit par les cellules du cancer du sein et qui incite certains de nos globules blancs (pourtant censés les combattre) à leur venir en aide. En effet, sous l’action de ce facteur, ils aident la tumeur à fabriquer de nouveaux vaisseaux pour l’alimenter en nutriments et en oxygène. Comme ce facteur que l’on trouve dans le sang est présent à des taux élevés seulement chez les femmes ayant un cancer du sein, les chercheurs suisses souhaitent maintenant vérifier si le dosage sanguin de ce facteur ne pourrait pas servir de test de dépistage simple et rapide, à un stade où la tumeur est encore toute petite.

7 – Tout reposerait donc sur une prise de sang ?

Non, il y a aussi la recherche basée sur le dépistage des cancers par leur odeur puisque la croissance tumorale s’accompagne de modifications des gènes et des protéines, entrainant l’émission de composants organiques volatiles. Des composés qui se retrouvent dans l’haleine où ils pourraient également être détectés grâce à des «nez électroniques».

8 – Pour les tumeurs en rapport avec un virus, a-t-on d’autres pistes ?

Les hépatites B ou C font le lit du cancer du foie. Le papillomavirus, celui du cancer du col de l’utérus … Ces tumeurs sont bien connues et effectivement, le dépistage du virus directement impliqué dans la tumeur, représente une bonne stratégie pour rechercher le cancer à un stade précoce. Concernant le cancer du col de l’utérus notamment, les classiques frottis pourraient ainsi, à terme, être supplantés par la recherche de souches oncogènes de papillomavirus. Encore faut-il prouver que cette stratégie fait mieux que le frottis classique de dépistage, à la fois pour repérer les femmes concernées à un stade plus précoce de leur cancer et à la fois en terme de coût pour la société. En effet, le meilleur des dépistages est inapplicable à toute une population, si son prix de revient est prohibitif !

9 – Qu’en est-il des caméras miniatures ?

Les gastro-entérologues les utilisent déjà pour scruter ce qui se passe dans l’intestin grêle ou encore dans le côlon et le rectum, chez une personne à haut risque, en raison d’un antécédent familial de cancer du côlon par exemple. Ils utilisent ce système de caméra miniature (appelé «capsule colique»), uniquement s’il y a impossibilité de faire une anesthésie générale pour pratiquer une coloscopie qui reste l’examen de référence. Le principe est ingénieux : une caméra miniature est embarquée dans une gélule que l’on avale (après préparation spéciale pour vider les intestins) et les photos ainsi recueillies tandis que la gélule progresse naturellement dans les voies digestives, permettent de repérer une éventuelle lésion cancéreuse. Pour autant, le prix de revient est élevé puisque chaque gélule avec sa caméra embarquée est à usage unique et coûte environ 700 €. En outre, il faut qu’un gastro-entérologue regarde toutes les images et les analyse, ce qui entraine encore un surcoût. Ce n’est donc pas du tout envisageable pour un dépistage de masse. Autre progrès en imagerie, L’ IRM corps entier qui est actuellement en cours d’évaluation. Principal avantage : cet examen serait intéressant  dans les bilans de métastases, car contrairement au scanner, il n’expose pas aux rayons X. Pour l’instant, quelques CHU l’utilisent pour l’évaluer, mais malheureusement on n’en est pas à le proposer à tout le monde.

10 – Pourquoi des annonces souvent spectaculaires puis… plus rien ?

Les sociétés privées qui travaillent sur tous ces projets, dans le monde, ont constamment besoin de lever des fonds pour poursuivre leurs investigations. En annonçant avoir fait une découverte majeure en laboratoire, ces sociétés attirent de nouveaux investisseurs. Cependant, rien ne dit que ce qui a pu être réalisé in vitro, sera également réalisable chez l’homme, à grande échelle, avec les résultats escomptés ! A l’inverse, rien ne dit non plus que ces découvertes ne déboucheront pas, de temps à autre, sur une petite révolution. En médecine, il faut être patient. Les tests sanguins tant attendus verront donc sans doute le jour … d’ici quelques années !

Nathalie Szapiro

• Sources :

• CNRS Strasbourg, juin 2011

• Massachusetts Institute of Technology, avril 2011.