Cancer de la prostate : Dépistage systématique ou pas ? | la maison du cancer

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Après 50 ans, faudrait-il ou non soumettre les hommes à un dépistage systématique du cancer de la prostate ? Entre l’Association Française d’Urologie, favorable à un tel dépistage et la Haute Autorité de la Santé, qui craint les « surdiagnostics », les avis divergent, obligeant souvent chaque homme à trouver « sa » réponse individuelle.  

 

De la grosseur d’une noix, située sous la vessie, la prostate est une glande indispensable à la production du sperme. Elle peut devenir cancéreuse avec l’âge : après 50 ans, c’est même le cancer masculin le plus fréquent et l’on a diagnostiqué quelque 71.600 nouveaux cas en 20101. Parmi tous ces cancers prostatiques, ceux survenant sur le tard et d’évolution lente, sont de loin les plus nombreux. De fait, certains professionnels de la santé comme le Pr Louis Rachid Salmi, directeur de l’Institut de Santé Publique, d’Epidémiologie et de Développement – CHU de Bordeaux – et qui s’exprime à ce sujet sur le site de la Haute Autorité de Santé2, explique dans une vidéo «qu’au vu de l’apport des dernières études, il n’y a pas lieu actuellement de se reposer la question de l’opportunité d’un programme de dépistage … Ces études mettent même en avant le surdiagnostic».

Pour autant, un petit nombre de cancers prostatiques s’étend rapidement aux organes voisins ou à distance (métastases) et cette affection reste responsable du décès de plus de 9000 hommes chaque année … 9000 vies que les urologues aimeraient pouvoir sauver. 

En faveur du dépistage

Un cancer de la prostate peut évoluer longtemps en silence, ou encore, provoquer des troubles urinaires identiques à ceux retrouvés dans l’hypertrophie bénigne de la prostate (envie d’uriner la nuit, par exemple). On ne peut donc compter sur des symptômes parlants pour donner l’alerte. Faute de mieux, le dépistage du cancer de la prostate repose à la fois sur un examen clinique – le toucher rectal – et sur le dosage sanguin des PSA (antigènes prostatiques spécifiques) tous les quatre ans : un marqueur augmenté en cas de cancer de la prostate.

Au moindre doute, le médecin demande une biopsie de la prostate sous échographie : de quoi dépister un éventuel cancer à un stade précoce, dont le pronostic est vraiment bon. De là à promouvoir le dépistage de masse, l’Association Française d’Urologie, n’hésite pas. Elle met d’ailleurs en avant les résultats de l’étude européenne ERSPC3 (publiée en 2009) qui montre qu’un dépistage régulier diminue de 20 % le risque de décéder d’un cancer de la prostate chez les 55 – 69 ans (étude réalisé chez plus de 160.000 hommes divisés en un groupe dépisté et un autre pas) … soit une vie sauvée pour 1000 hommes dépistés. 

Pour le «non dépistage»

Les examens de dépistage ne sont pas d’une grande fiabilité : les PSA peuvent augmenter en dehors de tout cancer prostatique. Au contraire, il peut y avoir un cancer, mais des PSA normales ! Les opposants au dépistage systématique estiment donc qu’avec les examens actuels, on peut passer à côté d’un authentique cancer ou à l’inverse, penser qu’il y en a un, alors qu’il n’en est rien.

Ce «surdiagnostic» serait même fréquent, y compris dans cette fameuse étude ERSPC3, d’ailleurs sujette à caution (trop de différences dans le recueil des données, d’un pays à l’autre, etc.). De quoi inquiéter inutilement de nombreux hommes ! Or si on leur propose de retirer chirurgicalement leur prostate, il y a un risque, bien réel cette fois, d’incontinence urinaire – le plus souvent transitoire, mais pas toujours – et d’absence définitive d’éjaculation (moins souvent d’impuissance), ce qui n’est pas anodin, au moins pour leur qualité de vie. D’autant que cela n’a rien d’exceptionnel …

Une affaire individuelle

Et moi dans tout ça ? Pour un homme, c’est la seule question qui compte. Parfois, la réponse est simple : étant donné que près de 10 % des cancers de la prostate sont d’origine héréditaire, lorsque trois hommes de la famille sont concernés – ou seulement deux s’ils avaient moins de 50 ans – le risque d’être soi-même atteint est multiplié par dix. Dans ce cas précis, la balance plaide en faveur du dépistage individuel.

Mais dans les autres situations, il n’y a pas de règle. Cela dépend de l’existence ou non d’autres facteurs de risque : être d’origine africaine ou antillaise en est un. Etre un gros consommateur de viandes transformées4 (charcuteries, bacon, saucisses, etc.) pourrait en être un autre.

Cela dépend encore du contexte – présente-t-on plusieurs symptômes (troubles urinaires ? prostate irrégulière au toucher rectal ?) ou aucun signe ? – et bien sûr, de ses priorités : la prostate ou la tranquillité d’esprit ? Un choix ubuesque, mais peut être plus pour longtemps, car les chercheurs planchent sur la mise au point d’un nouveau marqueur5 – comme le tout nouveau PCA3 – qui pourraient enfin rendre ce dépistage plus performant.

Nathalie Szapiro-Manoukian

Sources

1 • “Les chiffres 2010 du cancer”, Institut national de Veille Sanitaire,

2 • Haute autorité de santé, dépistage du cancer de la prostate

3 • Etude ERSPC (European, Randomized Study of screening for Prostate Cancer) sur le dépistage du cancer de la prostate 

4 • R. Sinha et al, “méat and méat related compounds and risk of prostate cancer in a large prospective cohort study in the United States”, AM. J. Epidemiol. 2009, 170(9) :1165-77.

5 • CR Mazzola et al, “Emerging biomarkers for the diagnosis, staging and prognosis of prostate cancer”, Prog Urol 2011 Jan (1) :1-10.

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