Cancer du testicule : plus fréquent, mais mieux soigné | la maison du cancer

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Rare mais en constante augmentation dans les pays européens, le cancer du testicule reste mal connu. Quels en sont les formes, les différents symptômes ? Comment le traiter ? Focus sur un cancer encore tabou et explications du Dr Aude  Fléchon, oncologue médicale au centre Léon Bérard de Lyon.

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Chaque année en France, plus de 2000 hommes sont confrontés à l’annonce d’un cancer du testicule (1), une tumeur dont l’incidence a doublé en l’espace de 30 ans. Pour justifier celle-ci, on a invoqué le rôle des téléphones portables logés dans les poches de pantalons, mais l’étude Interphone consacré aux liens entre ondes électromagnétiques et la maladie n’a pu clairement aider à trancher le débat (2). Contrairement à d’autres cancers favorisés par un contexte environnemental  ou consécutifs à l’hygiène de vie, les causes du cancer du testicule restent difficiles à élucider. « Ces tumeurs touchent plus fréquemment les hommes  jeunes. Nous savons que le risque est multiplié par dix si dans l’enfance un testicule ne descend pas correctement dans la bourse», explique le Dr Aude Fléchon, oncologue médicale au centre Léon Bérard de Lyon. Même si le lien de corrélation n’est pas encore clairement établi, les pesticides et les perturbateurs endocriniens que l’on retrouve notamment dans l’alimentation sont suspectés d’expliquer au moins en partie l’incidence de ce type de cancers. « Tout comme ils pourraient être aussi impliqués dans les problèmes d’infertilité masculine et les cas de malformation des organes génitaux qu’on voit également en constante progression », ajoute le médecin.(3)  

Deux types de tumeurs

On distingue deux sortes de cancers du testicule. D’un côté, les séminomes purs qui impliquent un seul composant tumoral. Ce type de cancers touche plus particulièrement les hommes âgés de 35 à 50 ans et représente 55% des tumeurs. De l’autre, les tumeurs germinales non séminomateuses. Celles-ci sont en effet constituées de plusieurs types histologiques : carcinome embryonnaire, tumeur du sac Vitellin, tératocarcinome, choriocarcinome.. Elles concernent plus spécifiquement les hommes jeunes (entre 15 et 35 ans), soit 45% des cas. Quel que soit le type de tumeur, dans 98% des cas, un seul testicule est concerné.

Avant de poser le diagnostic, le médecin va s’intéresser à certains signes cliniques. « En général, les hommes constatent une augmentation du volume de la bourse ou un testicule induré », souligne le Dr Aude Fléchon. D’autres symptômes, plus rares, peuvent parfois se manifester : douleurs lombaires, essoufflement en rapport avec des métastases pulmonaires, ganglions susclaviculaires… « Certains hommes observent également une augmentation du volume des seins. Cela est dû à la sécrétion d’un marqueur spécifique, l’hCGtotale», poursuit l’oncologue. Après un premier bilan, les patients sont ensuite adressés à un urologue qui prescrira différents examens (échographie testiculaire, dosage des marqueurs – hCGTotale, AFP, LDH –  et scanner thoraco-abdomino-pelvien).

Différents traitements envisageables

Avant d’entamer un protocole de traitement, l’urologue proposera aux hommes qui le souhaitent de procéder à la conservation de leur sperme dans un centre du CECOS (4) afin de pallier le risque d’infertilité.  (cf notre article)

En première intention, l’urologue réalise une orchidectomie, c’est-à-dire l’ablation du testicule. Il peut proposer dans le même temps la mise en place d’une prothèse, en fonction du souhait du patient.

Le choix du traitement s’établit en fonction de différentes variables : nature de la tumeur (séminome ou non séminome), persistance ou non de l’élévation des marqueurs tumoraux après l’intervention chirurgicale, présence ou non de métastases.

Si la tumeur est localisée au testicule, le médecin peut envisager une simple surveillance (contrôle des marqueurs, scanners et examen clinique réguliers). Il peut aussi (en cas de tumeur non séminomateuse de stade I) proposer un traitement préventif, soit par chimiothérapie, soit par la réalisation d’une chirurgie des masses résiduelles rétropéritonéales, appelée curage lombo-aortique. En cas de tumeur séminomateuse pure, une chimiothérapie adjuvante ou une radiothérapie lombo-aortique peuvent également être envisagées. «Le recours à la radiothérapie dans les séminomes est devenu moins fréquent depuis que nous avons observé une incidence de second cancer sur la zone irradiée avec des radiothérapies effectuées il y a 25 ans », explique le Dr Aude Fléchon. « Même si les techniques ont évolué, nous privilégions donc la surveillance chez un homme jeune pour ne pas prendre de risques », poursuit-elle.

Après l’orchidectomie, si les marqueurs ne sont pas revenus à la normale ou que le patient présente une évolution métastatique, le médecin proposera un traitement par chimiothérapie. Il pourra envisager ensuite un curage lombo-aortique.

Un très bon pronostic de guérison et des risques faibles sur la fertilité

Bien souvent, les hommes touchés par un cancer du testicule craignent des séquelles sur leur vie sexuelle, que ce soit au niveau de leurs capacités érectiles ou de leur fertilité. En réalité, le cancer du testicule n’a pas d’incidence physiologique sur la vie sexuelle du patient. Si des troubles de l’érection apparaissent, ils sont corrélés à des facteurs psychologiques, mais ne sont pas liés à la maladie ni aux traitements. Quant à leur crainte concernant la stérilité, rappelons que la présence d’un seul testicule sain suffit à assurer la procréation. « Si la chimiothérapie et la radiothérapie peuvent appauvrir la qualité du sperme, les hommes retrouvent leur niveau de fertilité initial un an après la fin des traitements dans la grande majorité des cas », rappelle le Dr Aude Fléchon. Les risques de stérilité apparaissent dans une circonstance rare et bien spécifique : lorsque le patient subit un curage lombo-aortique. « Cette intervention risque de provoquer une éjaculation rétrograde : le sperme se mélange à l’urine ce qui entraîne un problème de stérilité ».

Dans plus de 90% des cas, quelle que soit la nature de la tumeur, la guérison est au rendez-vous, même si le risque de rechute existe (il concerne 15 à 20% des patients). Une surveillance régulière doit donc être  mise en place pendant une dizaine d’années pour s’assurer d’une complète rémission.

Nathalie Ferron

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(1) 2250 cas de cancers du testicule en 2010, soit une incidence de 6,4 cas pour 100 000 hommes. Des disparités régionales existent. On observe davantage de cas en Alsace-Lorraine, Bretagne et Pays-de-La-Loire, les taux les plus bas étant observés en Ile-de-France et dans la région Languedoc-Roussillon. Source INVS (Institut National de Veille Sanitaire).

(2) cf Cancer et environnement.fr

(3) CF L’étude « Cancers et environnement », expertise collective de l’INSERM publiée en 2008 faisant référence aux liens fortement supposés entre cancers du testicule et pesticides ainsi qu’au travail d’Isabelle Baldi, chercheur au laboratoire santé travail environnement de l’institut de santé publique, d’épidémiologie et de développement (ISPED) à l’université de Bordeaux 2 et notamment son étude « Cancers et pesticides », publiée dans La Revue du Praticien, vol 57, 15 juin 2007.

(4) CECOS : Centres d’Etudes et de Conservation des Œufs et du Sperme