Cancers de la peau : des avancées encourageantes | la maison du cancer

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Il n’y a pas un mais des cancers de la peau, même si l’on entend surtout parler du plus dangereux d’entre tous, le mélanome. Avec plus de 8000 nouveaux cas chaque année en France, celui-ci inquiète. Mais les traitements, notamment ceux qui s’attaquent aux plus petits carcinomes cutanés,  progressent  et se diversifient.  Voici l’état de ces avancées.

  • Y a t-il un ou plusieurs types de cancers de la peau ?

Ils sont plusieurs. Mais le plus grave reste le mélanome, car il est responsable de 1.300 décès chaque année. En partie lié aux coups de soleil – notamment ceux reçus dans l’enfance – et aux abus de bronzage, il pourrait être prévenu par une meilleure vigilance contre les ultraviolets (pas d’abus ni de soleil ni de bronzage artificiel en cabine, pas d’exposition aux heures les plus chaudes en été et bien sûr protection grâce aux crèmes et/ou vêtements).

Autre bon réflexe à avoir dans la lutte contre le mélanome : être plus attentif à ses grains de beauté, car à ses débuts, un mélanome peut être confondu avec ceux-ci. Ainsi, tout changement de taille, de forme, d’épaisseur, toute modification de leur coloration (de plus en plus foncée), un contour irrégulier, voire l’apparition d’un saignement ou d’une démangeaison doivent amener à consulter.

 • Quels sont les autres cancers de la peau ?

La peau peut également être le siège de kératoses actiniques (lésions précancéreuses), sortes de taches en relief, de la même couleur que le reste de la peau – à ne pas confondre avec des taches de vieillesse, planes et brunâtres – qui peuvent se transformer en carcinomes épidermoïdes  (cancers) au bout de quelques années. Ils prennent alors l’aspect de petites lésions brunes avec des croûtes.

Enfin, le plus fréquent de tous les cancers cutanés, c’est le carcinome basocellulaire. Il ressemble à une petite perle de quelques millimètres, translucide et indolore, au point qu’on risque de ne pas y prêter vraiment attention. Une chance : c’est aussi celui qui risque le moins de s’étendre.

 • De quels traitements dispose-t-on ?

La photothérapie dynamique est en plein essor dans le traitement des kératoses actiniques et des cancers basocellulaires, les plus fréquents. Derrière ce nom un peu barbare, il y a un principe tout simple : l’application d’un produit particulier sur la lésion (soit par le dermatologue, soit par soi-même, selon le produit utilisé), suivi d’une séance de laser destiné à l’activer. En effet, le produit utilisé est inactif lorsqu’on l’applique tel quel sur la peau. Pour qu’il devienne capable de détruire les cellules dans lesquelles il s’est accumulé (les cellules cancéreuses), il doit d’abord subir une transformation chimique. Celle-ci est rendue possible grâce à l’éclairage par une source lumineuse spécifique comme celle envoyée par un laser. Les autres cellules (celles qui sont saines) n’étant pas soumises à ce fameux rayon laser, elles ne sont pas touchées. C’est malin et vraiment efficace.

 • Et dans la pratique ?

Le produit photosensibilisant est appliqué quelques heures avant la séance de laser. Ensuite, il faut bien se protéger à l’aide d’un pansement occlusif contre la lumière, puis le dermatologue peut débuter sa séance de laser. Le rayon lumineux est envoyé sur la lésion cancéreuse, rien que la lésion cancéreuse. La lumière choisie dépend de la zone à traiter : ainsi, l’exposition, pendant 10 à 20 minutes, à une lumière bleue permet de traiter une zone très superficielle alors que l’exposition à une lumière rouge peut traiter une lésion plus profonde.

La séance est un peu douloureuse (sensation de brûlure), d’où l’administration d’un antalgique juste avant. Enfin, il ne faut surtout pas s’exposer à la lumière ou au soleil dans les 24 heures qui suivent. Hormis une rougeur et parfois un léger œdème, les suites sont généralement simples. D’ailleurs, une seule séance suffit dans la plupart des cas (sinon, deux). Un contrôle quelques mois plus tard permet de s’assurer que la tumeur a bien été supprimée.  

 • Quels bénéfices  par rapport à la cryothérapie (traitement par le froid) ?

La photothérapie dynamique permet de traiter des zones plus grandes et ne laisse pas de cicatrice. Les médecins en attendent beaucoup dans les cancers basocellulaires. Ses résultats sont même meilleurs pour les kératoses actiniques du visage, mais un peu moins bons pour celles localisées au dos des mains et des avant bras. La cryothérapie, une technique utilisée depuis les années 60 et qui consiste à appliquer un froid extrême sur une lésion pour la détruire, n’a donc pas dit son dernier mot dans cette indication. Et les prochaines études devront préciser quand il vaut mieux recourir à l’une ou l’autre de ces techniques, afin d’optimiser encore les résultats.

•  Ce traitement est-il aussi indiqué en cas de mélanome ?

Non, la photothérapie dynamique n’est pas indiquée dans la prise en charge du mélanome car dans ce dernier cas, le risque d’extension est trop important. Il faut retirer la tumeur chirurgicalement, si possible quand elle est encore localisée au seul épiderme. Prise à son tout début, son pronostic est bon. Mais quand le mélanome a commencé à s’étendre, voilà qui devient problématique. Dans ce cas, outre la chirurgie, le cancérologue propose un traitement adjuvant (il existe différents protocoles de chimiothérapie, d’immunothérapie et/ou parfois une radiothérapie).

Parmi les traitements complémentaires des mélanomes avec métastases (ceux pour lesquels le pronostic est le plus sombre), on attend d’ailleurs des avancées, avec plusieurs molécules en cours de tests : certaines appartiennent à la grande famille des anticorps monoclonaux (comme l’ipilimumab qui vient d’être autorisé aux USA) ou d’autres molécules (les anti B-RAF), ainsi appelés parce qu’ils s’opposent à un gène muté. En effet, ce dernier, uniquement présent dans les cellules cancéreuses, semble indispensable à leur survie. Même si leurs résultats sont encore insuffisants et leur tolérance problématique, plusieurs mois de survie semblent ainsi avoir été gagnés. 

Attention : appel au dépistage

Comme pour les autres cancers, plus les cancers cutanés sont dépistés tôt et meilleures sont les chances d’en guérir. Pourtant, le réflexe de montrer au moins une fois sa peau au dermatologue, autour de 40 ans (et tous les ans ensuite, s’il le juge nécessaire), est loin d’être général. C’est pourquoi le Syndicat National des Dermatologues Vénéréologues renouvelle sa Journée de dépistage gratuit des cancers de la peau : en 2011, elle se déroulera le 19 mai dans tous les centres mis à disposition en France (liste des centres par département). Un rendez-vous à ne pas manquer !

Nathalie Szapiro.

• Sources :

• Le site du syndicat des dermatologues

• FDA, 25 mars 2011 – Ipilimumab.