En savoir plus sur les biopsies | la maison du cancer

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Lorsqu’un examen radiologique repère une masse suspecte, ou lorsqu’une « boule » s’est fait sentir à la palpation d’un organe, il faut établir s’il s’agit d’un cancer ou non. Pour répondre à cette nécessité, la solution est de prélever un morceau de la tumeur suspecte et de l’analyser. Explications sur cet acte médical souvent incontournable : la biopsie.

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De nombreux examens de dépistage des cancers existent : mammographie pour les seins, frottis pour le col de l’utérus, Test Hémoccult II® pour le côlon, etc. Tous ces tests ont un point commun : faciles à réaliser et peu coûteux, ils peuvent être proposés en masse, pour diagnostiquer des centaines de milliers de personnes. Ce n’est pas le cas des biopsies qui nécessitent parfois du matériel coûteux, une hospitalisation et dans tous les cas, le savoir-faire d’un médecin ou d’un chirurgien. C’est pourquoi ces examens ne sont demandés qu’en seconde intention.

1 – De quoi s’agit-il ?

Une biopsie correspond au prélèvement chirurgical d’un fragment d’organe ou de tissu suspect. Celui-ci est ensuite examiné à l’aide de microscopes très performants, et des analyses biochimiques peuvent être réalisées en complément afin de déterminer avec une très grande précision la nature de ce tissu. Si l’examen révèle la présence de cellules cancéreuses ou en passe de le devenir, cela n’échappe pas à l’anatomopathologiste (nom du spécialiste chargé de l’étudier).

2 – Cet examen garantit-il de ne pas passer à côté d’un cancer?

Ce n’est pas aussi simple, car pour retrouver des cellules cancéreuses, il faut que la biopsie (le prélèvement) ait été effectuée à leur niveau. Si la biopsie a été réalisée dans du tissu sain, son résultat est normal. Aussi, pour limiter les risques de passer à côté des cellules cancéreuses recherchées, le chirurgien chargé d’effectuer la biopsie effectue plusieurs prélèvements : une douzaine par exemple, quand il s’agit d’étudier la prostate ! Les seuls cas où il effectue un unique prélèvement, c’est quand il retire tout le tissu suspect : par exemple, ce qui ressemble à un grain de beauté et qui est peut-être un mélanome. Plutôt que de biopsie, on parle alors de «biopsie-exérèse», mais cela ne change rien à l’enquête ensuite réalisée pour en déterminer la nature.

3 – Les biopsies servent-elles uniquement à poser un diagnostic ?

C’est leur principale indication, mais ce n’est pas la seule. Après un traitement du cancer, une nouvelle biopsie peut aussi être utile pour vérifier qu’il n’y a plus trace des cellules cancéreuses, notamment au niveau d’une chaine de ganglions par exemple. Dans ce cas précis, la biopsie est alors utilisée pour le suivi.

4 –Les biopsies sont-elles compliquées à réaliser ?

Tout dépend si le tissu ou l’organe suspect est facile d’accès ou pas. Lorsque la lésion est située sur la peau, comme dans le cas d’un grain de beauté suspect, la biopsie – exérèse peut se faire au cabinet du dermatologue, car elle est très facile d’accès.

5 – Et lorsque la lésion est située sous la peau ?

Le prélèvement reste assez simple. C’est le cas pour le sein : soit la lésion suspecte est une «boule» et le médecin peut ponctionner directement à son niveau, à l’aide d’une aiguille spéciale, sous contrôle échographique et anesthésie locale (microbiopsie). Soit la lésion suspecte est éparse (microcalcifications) et il faut réaliser une biopsie plus importante (macrobiopsie) pour ne pas risquer de passer à côté d’éventuelles cellules cancéreuses. Il existe alors un appareil – le mammotome – qui permet de recueillir une quantité suffisante de tissus pour analyse. Pour cela, une incision de quelques millimètres, est réalisée à l’aide d’une aiguille creuse munie d’un petit couteau cylindrique rotatif et d’un système d’aspiration par le vide. L’intervention se fait sous anesthésie locale, et ne laisse pas de cicatrice. L’examen dure moins de 40 minutes et ne nécessite aucune hospitalisation.

6 – En l’absence d’accès par voie cutanée, quelle est la solution ? 

Il y a parfois moyen de passer par les voies naturelles. C’est notamment le cas des biopsies de la prostate, chez l’homme : des biopsies guidées sous échographie sont pratiquées à l’aide d’une aiguille insérée dans la prostate par voie transrectale et ce, sous anesthésie locale. Chez la femme, les biopsies du col de l’utérus peuvent également être réalisées en passant par les voies naturelles (vagin), sous contrôle colposcopique (appareil optique grossissant). Enfin, beaucoup d’autres tissus – bronches, œsophage, estomac, côlon, rectum, vessie – peuvent encore être atteints en passant par les voies naturelles, sous anesthésie locale ou générale : un tube souple (endoscope) par lequel on passe une caméra et des instruments pour réaliser la biopsie, est introduit jusqu’à hauteur des lésions suspectes à biopsier, et le prélèvement est alors possible.

7 – Et pour les organes plus profonds ?

La biopsie est alors plus délicate, c’est pourquoi elle se déroule dans le cadre d’une hospitalisation, soit de jour, soit pour 24 H.  Pour piquer dans le rein, il est demandé au patient de s’allonger à plat ventre sur un plan dur. Pour piquer dans le foie, l’examen se pratique allongé sur le dos (biopsie transpariétale). Toutefois,  lorsque ce n’est pas possible, par exemple du fait de la présence de liquide abondant dans l’abdomen (ascite), la biopsie hépatique se passe dans une salle de cathétérisme vasculaire, sous surveillance électrocardiographique : le prélèvement est alors réalisé en passant par une veine hépatique. C’est ce qu’on  appelle la ponction biopsie hépatique par voie transveineuse.  Quelle que soit la technique utilisée, il faut généralement rester allongé pendant plusieurs heures et éviter tout effort au cours des jours suivants. Toutes ces précautions  visent à prévenir d’éventuelles complications comme la survenue d’une hémorragie.

8 – N’existe-t-il pas d’alternative plus simple à réaliser ?

Comme il est difficile de simplifier la biopsie hépatique, les médecins ont surtout cherché à mieux repérer les malades qui avaient vraiment besoin d’une biopsie (par exemple, ceux qui ont une cirrhose évolutive). Ils ont  ainsi mis au point plusieurs tests. Le Fibroscan® qui consiste à mesurer l’élasticité du foie se passe un peu comme pour une échographie. Le Fibrotest®, le FibroMètre® ou Hépascore®) reposent sur le dosage de marqueurs biochimiques (tests sanguins). Tous ces marqueurs permettent de faire un premier tri (degré de cirrhose) et d’éviter ainsi de nombreuses biopsies inutiles.

9 –  A l’avenir, une biopsie qui serait faite par le patient lui-même est-elle envisageable ?

Pas encore,  mais l’idée n’est pas si farfelue ! Par exemple, en cas de suspicion de cancer de l’estomac, l’examen actuel porte sur une gastroscopie. Cet examen consiste à passer  un tuyau muni  d’un système de caméra depuis l’œsophage jusque dans l’estomac, afin de rechercher une lésion de la muqueuse. Le gastro-entérologue réalise alors cinq biopsies : les fragments ainsi récupérés font l’objet d’une analyse et si cancer il y a, il est aussitôt repéré. L’alternative à cet examen pourrait venir de la capsule gastrique. Il s’agit d’une  grosse gélule à usage unique, que le patient  ingère. Elle porte  à chacune de ses extrémités – à l’avant et à l’arrière – une caméra vidéo éclairée par un système de diode, lui permettant d’acquérir des images et donc de voir l’ulcère. Aujourd’hui, cette caméra ne permet pas de réaliser des prélèvements mais des chercheurs asiatiques y travaillent : ce sera donc peut-être possible d’ici cinq ans. Si cela s’avère possible pour l’estomac, cela pourrait aussi le devenir pour d’autres organes.

Nathalie Szapiro

• Sources :

• Institut national du cancer 

• Ligue contre le cancer 

• Association pour la recherche sur le cancer