Eux aussi peuvent avoir un cancer du sein ! | la maison du cancer

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On le sait encore trop peu : le cancer du sein peut aussi toucher les hommes. Cela reste rare, moins de 1 % des cas, mais c’est possible, et il est important d’en être informé.  Quelles différences la maladie présente-t-elle d’un sexe à l’autre? Comment les hommes vivent-ils ce mal typiquement féminin ? Enquête.

 

La survenue d’un cancer du sein se situe en général chez l’homme, au-delà de 65 ans, alors que chez les femmes elle est davantage observée entre 55 et 60 ans. « Ce petit décalage dans le temps n’est pas sans conséquence, note le Dr Alain Fourquet, radiothérapeute à l’Institut Curie. Car légèrement plus âgés, les hommes ont souvent, à ce stade de leur vie, d’autres problèmes de santé, qui peuvent avoir une incidence sur la tolérance des traitements ». Autre constante, les cancers du sein masculins sont fréquemment découverts à un stade avancé. « Beaucoup d’hommes ne savent pas que ce type de cancer peut aussi les toucher. Résultat, même s’ils sentent quelque chose d’anormal dans la poitrine comme une masse palpable, ils vont la plupart du temps traiter ça par le mépris, laisser traîner, ce qui va déboucher sur un diagnostic tardif », poursuit le radiothérapeute.

Cela est vrai dans la plupart des cas. Pour Jean-Pierre, 67 ans, c’est plutôt un manque de rigueur de son généraliste qui a entraîné un retard de diagnostic. «J’avais remarqué que j’avais une boule sous le sein gauche. Je l’ai montrée pendant deux ans à mon médecin traitant qui m’a répondu que ce n’était rien, que c’était musculaire, et qu’une crème suffirait à résoudre le problème. J’ai fini par demander un autre avis médical. Un prélèvement a révélé un cancer du sein à un stade avancé, j’ai du être opéré d’urgence », raconte-t-il. 

En parler, s’informer

Dominique, 57 ans, a eu, lui, un peu plus de chance. « Fin 2008, j’ai attrapé une bronchite.  En me faisant un massage aux huiles essentielles, j’ai senti une boule sous le sein gauche. Mon médecin m’a fait faire une biopsie. Le résultat fut sans appel, mais j’ai eu la chance que mon cancer soit pris dès le début », explique-t-il. Comme Jean-Pierre, Dominique ne savait absolument pas, avant d’y être confronté, qu’un cancer du sein pouvait se déclarer chez l’homme, d’où  l’importance d’en parler. «  Le symptôme le plus courant reste la masse palpable située derrière, ou juste à côté de l’aréole. Un homme confronté à cela doit absolument se faire diagnostiquer », insiste le Dr Alain Fourquet.  Existe-t-il des terrains à risques ? Compte tenu de la rareté de cette maladie, des études épidémiologiques restent difficiles à réaliser. « 10 % des cas pourraient toutefois trouver une origine génétique. On a pensé à un moment que les cas de gynécomastie (développement excessif des glandes mammaires chez l’homme) pouvaient favoriser le cancer du sein, mais les études manquent trop pour en avoir la

certitude», regrette le Dr Alain Fourquet. 

Traitements et vécu psychologique

Le cancer du sein masculin présente des formes biologiques identiques à celles du cancer du sein féminin. On retrouve les mêmes caractéristiques tumorales, les mêmes sous-groupes. Il est hormono-dépendant dans la  majorité des cas. Les traitements sont donc strictement les mêmes chez l’homme et chez la femme, chimiothérapie, radiothérapie, thérapie ciblée et hormonothérapie. A ce jour, il n’y a pas non plus d’effets secondaires différents d’un genre à l’autre. Au  niveau psychologique, l’annonce de la maladie reste évidemment un choc, mais un choc surtout marqué par la surprise. « Evidemment les hommes ne s’attendent jamais à ce qu’on leur annonce un cancer du sein», ajoute le Dr Alain Fourquet. 

Après il faut trouver la force d’en parler à son entourage. Pour certains, leur cancer du sein reste tabou. Puis il faut s’accepter avec son nouveau corps. « La plupart du temps, et vu qu’il n’y a pas de glande mammaire chez l’homme, c’est une mastectomie qui est pratiquée. Il y a peu de cas de chirurgie conservatrice chez les hommes », note le Dr Alain Fourquet.  « C’est bien évidemment une atteinte au corps, mais c’est  moins mutilant que pour une femme », estiment Jean-Pierre et Dominique.

Eux savent par ailleurs, non pas parce qu’on leur en a parlé, mais parce qu’ils se sont renseignés « en transposant les informations destinées aux femmes à eux-mêmes » qu’ils peuvent recourir à une reconstruction mammaire. « Personnellement, je ne l’envisage pas, mais je trouve qu’elle devrait être automatiquement proposée aux hommes, comme elle l’est pour les femmes», lance Dominique. Il souhaiterait également qu’ « Octobre Rose » devienne un peu plus bleu.

Céline Roussel