Faire ou non vacciner les ados contre le cancer du col de l’utérus ? | la maison du cancer

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Proposer un vaccin à toutes les jeunes filles dans l’espoir de leur éviter un cancer du col de l’utérus ne faisait déjà pas l’unanimité dans le corps médical. Alors le proposer aujourd’hui aux garçons, voilà qui n’est pas gagné. Mais lorsqu’on est parent, que penser de cette vaccination ? Voici quelques informations à connaître avant de décider.

 

Tout est parti de l’idée que le responsable du cancer du col de l’utérus est un papillomavirus. Celui-ci appartient à une famille nombreuse de virus et certains de ses proches parents infectant la peau sont à l’origine des verrues. Parce que ces virus sont très répandus dans l’environnement, au moins une femme sur deux y est exposée au début de sa vie amoureuse. Pour autant, la très grande majorité s’en débarrasse spontanément en quelques mois. Seuls certains papillomavirus échappent à la vigilance du système immunitaire et s’installent durablement dans les cellules du col de l’utérus. Le vaccin anti papillomavirus a pour but de limiter fortement ce risque.  

1 – Quel est le lien précis entre papillomavirus et cancer du col de l’utérus ?

Les papillomavirus inciteraient les cellules qu’ils infectent à se reproduire. Si la lignée de cellules infectées se multiplie, le risque est qu’elle finisse par donner naissance à un cancer. Certains papillomavirus sont d’ailleurs plus doués que d’autres à ce petit jeu : en Europe, c’est le cas de la souche 16, impliquée dans plus d’un cancer sur deux et de la souche 18, à l’origine d’un cancer sur cinq. Ces deux souches de papillomavirus (16 et 18) sont ainsi responsables de 70 % des cancers du col de l’utérus, d’où l’idée d’un vaccin dirigé spécifiquement contre ces souches. 

2 – Pourquoi vouloir vacciner les garçons ?

Comme les papillomavirus s’attrapent au cours des premiers rapports sexuels, les garçons ont un rôle dans leur transmission. Et même s’ils ne risquent pas le cancer féminin du col de l’utérus -et pour cause !- les vacciner, tout comme les jeunes filles avant leurs premiers rapports, pourrait contribuer à mieux protéger ces dernières. D’autre part, le papillomavirus est aussi mis en cause dans le cancer anal : plus rare, il touche néanmoins autant les hommes que les femmes. Pour toutes ces raisons, les jeunes Américains sont aujourd’hui incités à se faire vacciner. En France, ce n’est pas encore à l’ordre du jour.

3 –A-t-on de bonnes raisons de le proposer à nos ados ?

La Haute Autorité de Santé (HAS) a  conclu que le rapport «bénéfice sur risque» du vaccin plaidait en sa faveur. La vaccination repose sur 3 injections (la 2ème, deux mois après la 1ère et la 3ème, 4 mois après la seconde) et pour une efficacité maximale, il est préférable de vacciner la jeune fille avant son entrée dans la vie sexuelle (ou à défaut, au cours de la 1ère année). En effet, si elle a déjà contractée le virus, le vaccin perd de son intérêt. 

4 – Ce vaccin ne serait donc pas si efficace ?

Des doutes existent. En l’occurrence, la revue indépendante «Prescrire» rappelle qu’un essai chez plus de 3.800 femmes de 24 à 45 ans suivis en moyenne pendant 4 ans, n’a pas permis d’éviter plus de lésions du col de haut grade (précancer) que le placebo !

Par ailleurs, comme ce vaccin protège contre les souches incriminées dans 70 % des cancers du col, cela signifie qu’il ne protège pas contre les 30 % restants. C’est la raison pour laquelle, vaccin ou pas, les femmes doivent continuer à faire des frottis de dépistage tout au long de leur de vie. En effet, entre le moment où un papillomavirus s’invite et celui où un cancer du col se déclare, il peut se passer sept à trente années durant lesquelles le frottis est là pour donner l’alerte. Et comme un cancer du col de l’utérus pris à ses débuts guérit dans 100 % des cas, la grande majorité des professionnels de la santé estime que pour le moment, le plus important reste le frottis. Certains craignent même que les femmes vaccinées le négligent, se croyant mieux protégées que les autres.

5 – Quels risques à long terme sont à craindre ?  

Certains scientifiques redoutent que l’éradication des souches 16 et 18 du papillomavirus ne favorise l’émergence d’autres souches pathogènes. C’est même l’une des raisons pour laquelle le centre de référence (CNR) sur les papillomavirus, créé à l’Institut Pasteur, a ouvert ses portes en 2009 : pour surveiller les papillomavirus actuellement en circulation, à partir des frottis effectués chez les femmes dans le cadre de leur dépistage habituel du cancer du col de l’utérus. La nature ayant horreur du vide, il n’est pas insensé d’imaginer qu’une vaccination de masse pourrait fort bien permettre à d’autres virus de cette famille de prendre leur place. Or qui sait s’ils ne seraient pas plus agressifs encore que les premiers !

7 – Quels autres éléments alimentent le débat sur ce vaccin ? 

Les parents peuvent aujourd’hui choisir de faire vacciner leur ado ou de ne pas le faire, en fonction de leur intime conviction. Mais aux doutes planant sur l’efficacité et la tolérance à long terme, viennent encore s’ajouter des doutes quant à la durée de protection du vaccin. On sait que la plupart des jeunes femmes qui sont infectées par des papillomavirus lors de leurs premiers rapports, les éliminent spontanément, sans avoir besoin de vaccin. Ce dernier empêcherait cette primo infection, mais on ne sait pas combien de temps il agit (10 ans ? 20 ans ? A vie ?). Se pose donc la question de savoir si on ne va pas retarder le moment de l’infection par un papillomavirus, avec le risque qu’à 30 ou 40 ans, les femmes n’arrivent plus à s’en débarrasser aussi facilement qu’à 20 ans. 

Pour éviter cet écueil (au cas où la durée du vaccin serait limitée), il faudra forcément un rappel …  ce qui suppose de convaincre les femmes vaccinées au moment de leur adolescence, de remettre ça à intervalles réguliers. Or quand on voit le nombre d’adultes qui oublient leurs rappels pour des maladies aussi graves que le tétanos, ce n’est vraiment pas gagné !

Nathalie Szapiro

• Sources

• Sécurité sociale :

• Revue «Prescrire», janvier 2011.