Entretien avec un sophrologue | la maison du cancer

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Masseur Kinésithérapeute, Frédéric d’Herbes intervient dans les services de neurologie vasculaire, cardiologie et cancérologie à l’Hôpital Lariboisière à Paris. A son panel thérapeutique « classique », il a ajouté la sophrologie dont il nous explique les bienfaits.

LMC : on pense souvent que sophrologie égale relaxation. Est-ce exact ?

Non, car la sophrologie ne se limite pas à l’état de relaxation. Généralement une séance dure une heure et commence par un travail verbal. On interroge le patient sur l’histoire de sa maladie, son état actuel, ses émotions. On apprend ainsi à connaître son univers, ce qu’il aime. Le but est de créer avec lui un « lieu ressource » dans lequel il  va prendre l’habitude de se plonger pour reprendre des forces. C’est un cadre précis qui s’élabore là, parce qu’on ne veut pas laisser les patients « partir » sans appui dans une visualisation. Les échanges entre le soignant et le patient permettent donc une relaxation cadrée et plutôt active : quoique relaxé, très détendu, il faut s’imaginer dans certaines situations précises, à un moment donné. Ensuite, on ne sort pas n’importe comment de cet état. Chaque séance fournit un apprentissage pour tirer les meilleurs bénéfices de la technique. De nombreux patients, séduits par la sophrologie, repartent donc chez eux avec cet outil pour accompagner leur guérison.

LMC : cette forme d’autonomie vous semble importante ?

Absolument. Et elle peut débuter dès l’annonce de la maladie. Un patient atteint par le cancer peut visualiser la dissolution de la tumeur, ou l’effacement des métastases pendant une chimiothérapie. Même si cela est de l’ordre de l’imaginaire et du virtuel, il récupère ainsi en force intérieure car il ne se sent plus impuissant face au mal. Grâce à la sophrologie, il devient véritablement acteur de son rétablissement.

LMC : en cancérologie justement, comment l’utilisez-vous ?

Je travaille notamment pour préparer aux opérations, puis pour aider à la récupération du schéma corporel après l’ablation d’un organe ou pour accompagner les longs traitements en chimiothérapie. Ainsi, dans les cas de tumeurs dans l’oreille, des séances de sophrologie participent au protocole de rééducation : on travaille avec le patient sur son vécu intérieur et son ressenti de verticalité et en une quinzaine de séances, on peut arriver à la disparition définitive des vertiges.

LMC : et dans les cas d’ablation ?

La récupération du schéma corporel permise par la sophrologie est capitale. J’accompagne des femmes qui vont subir une masectomie ou une plastie mammaire. On peut faire des séances de relaxation profonde et accompagnée avant l’intervention chirurgicale, puis aider la patiente à se visualiser au mieux dans deux, trois, quatre mois… après l’opération, récupérant son corps et sa féminité. On peut aussi faire un travail en état sophronique (cet état modifié de conscience permis par la sophrologie) autour des notions de féminité, de  maternité. J’utilise aussi ces techniques pour les patientes atteintes d’un cancer de l’utérus.

LMC : quelle est la place de la sophrologie dans l’Hôpital ?

Elle est encore mal perçue, malheureusement, parce que mal connue. La sophrologie n’est pas une thérapie mais plutôt un outil à la disposition de différents professionnels qui, chacun dans sa spécialité, peut en tirer de grands bénéfices : les sages femmes pour la préparation à l’accouchement, les psychiatres pour lutter contre la dépression, les infirmières pour les familles des patients en soins palliatifs …Chacun travaille dans son propre jardin. Résultat : la sophrologie est utilisée sans que cela se sache. Mais de plus en plus de docteurs en prescrivent désormais l’usage pour le traitement de leurs patients.

Propos recueillis par Pascale Senk