L'hypnose médicale pour soulager la douleur | la maison du cancer

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Loin des pratiques du music hall, l’hypnose thérapeutique peut aider les patients à mieux supporter certains actes chirurgicaux sous anesthésie locale, prévenir et  diminuer les douleurs chroniques,  alléger les bouffées de chaleur. Rencontre avec Elisabeth Barbier, hypnothérapeute, rattachée au centre anti-douleur de l’Institut Curie.

 

LMC : Quel est le principe de l’hypnose ?

L’hypnose est, à la fois, un état naturel et provoqué qui permet d’accéder à ses ressources intérieures. L’une des meilleures définitions de l’hypnose thérapeutique est donnée dans le cadre du Diplôme universitaire d’Hypnose Médicale à l’Hôpital de La Pitié Salpêtrière (Université Paris VI) par le Dr Jean-Marc Benhaiem : « c’est une expérience relationnelle mettant en jeu des mécanismes physiologiques et psychologiques permettant à l’individu de mieux vivre, d’atténuer, de supprimer une pathologie douloureuse aigue ou chronique ».

LMC : Dans quelles circonstances les patients peuvent-ils recourir à l’hypnose ?

A l’Institut Curie, nous proposons de les accompagner lors de la pose de chambre implantable (cathéter veineux central placé sous la peau). Par la relaxation et la visualisation,  nous leur permettons de se concentrer sur quelque chose d’agréable, et dès lors de se tenir le plus en distance possible par rapport à l’acte chirurgical. Je les guide dans l’imaginaire, après m’être informée de leurs sources de détente, des endroits de paix, de lieux aimés, de couleurs et d’activités préférées, etc.

Par ailleurs, l’hypnose permet de soulager les douleurs chroniques mais aussi, et c’est une découverte plus récente, d’atténuer les bouffées de chaleur. Il est important de souligner que cette pratique vient toujours  en complément des traitements, et jamais en substitution.

LMC : Quel objectif poursuivez-vous avec vos patients ?

Pour ceux qui souffrent de manière chronique, je les aide en 5 à 10 séances, suivant le symptôme, à se doter d’une « boite à outil » : je les forme à l’auto-hypnose, une pratique qui leur servira toute leur vie. Cela passe par un travail de visualisation et de techniques axées sur les sensations  qui permettent à chacun d’avoir un meilleur contrôle du symptôme, au lieu de se laisser envahir par lui et de le subir de facto.

 LMC : quelles sont les limites de la pratique ?

Les limites sont de deux ordres. La première, c’est qu’il est très difficile d’intervenir dans les phases très intenses de la douleur. L’hypnose est efficace pour désensibiliser l’individu face à des douleurs chroniques de moyenne intensité, et les désamorcer dès qu’il en sent les prémices. La deuxième, ce sont les patients qui ne sont pas du tout réceptifs car ils sont trop dans l’intellectualisation ou la peur de perdre le contrôle. Cependant, il m’arrive parfois de réussir à amener même les plus réfractaires à s’y ouvrir !  

Propos recueillis par Anne-Laurence Fitère