L’hypnose, une alliée dans la chirurgie du sein | la maison du cancer

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Elle est désormais pleinement autorisée dans les salles d’opération. L’hypnose, qui induit un état modifié de conscience plus ou moins profond, agit comme complément à l’anesthésie. Utilisée avant, pendant ou après les interventions en chirurgie mammaire, elle permet notamment d’atténuer l’angoisse.

Grâce à des professionnels convaincus des effets positifs de certaines médecines complémentaires, l’hypnose a trouvé sa place en salle de chirurgie. Le Dr Maria-Christina Pourtalès est médecin-anesthésiste. Depuis mars 2011, où elle a rejoint le service d’oncologie du Pr Carole Mathelin au CHU de Strasbourg, elle pratique l’ hypnose, soit associée à une anesthésie locale pour des lésions très localisées, soit en complément d’une anesthésie générale, sur des patientes atteintes de cancer du sein. Une technique qui permet de réduire les doses d’anesthésiques et d’améliorer le vécu qu’ont les patientes de l’intervention.

Car l’hypnose ne remplace pas l’anesthésie, mais vient en complément de celle-ci. Le Dr Maria-Christina Pourtalès travaille sur des lésions limitées durant les hypno-analgésies (hypnose associée à une injection concomitante et à la demande de doses très faibles d’analgésique et d’anxiolytique). Elle peut réaliser une hypnose plus « formelle », c’est-à-dire plus profonde, et parfois une hypnose « conversationnelle », pendant laquelle l’état de conscience est modifié de façon plus superficielle. L’information comme l’adhésion des patientes sont indispensables. En chirurgie oncologique, quand l’hypnose est proposée, les cas de refus deviennent d’ailleurs de plus en plus rares, preuve que le mot « hypnose » n’inquiète plus comme avant : « Une voix très douce me permettait d’ être détendue. J’étais bien avec et en moi-même, j’ai même baillé à plusieurs reprises. C’est dans cet état d’esprit que j’ai rejoint la table de biopsie, la détente du corps a continué, le corps à la fois lourd sur la table mais léger dans ma tête »,  raconte une patiente du Dr Véronique Bouté (1).Quant aux chirurgiens, leur collaboration pour  mener à bien une telle pratique est obligatoire.

Avant ou après les différentes interventions

L’action anxiolytique de l’hypnose est évidente. Dans une étude du Dr Véronique Bouté, du centre François Baclesse de Caen, sur l’intérêt de l’hypnose en sénologie concernant les macrobiopsies du sein, 86% des patientes à qui a été proposée une relaxation sous hypnose ont déclaré avoir eu moins peur de l’examen (2). Ce que corrobore une de ces patientes : « J’étais très anxieuse par rapport à l’anesthésie locale, j’avais mal au cou, dans les épaules. La séance de relaxation m’a apporté beaucoup : détente, sérénité. J’étais apaisée, en phase avec moi-même et prête à accepter le résultat quel qu’il soit. »

L’action analgésique de l’hypnose est aussi effective et se mesure au nombre de « clics » en baisse significative sur la pompe à morphine, après une chirurgie de reconstruction mammaire par exemple. « Avant une anesthésie générale pour reconstruction mammaire, (opération longue et parfois douloureuse), je fais une préparation à l’hypnose, explique le Dr Maria-Christina Pourtalès. Le résultat est immédiat, l’hypnose réduit de façon très nette la douleur postopératoire ». 

Le  Dr Maria-Christina Pourtalès pratique aussi l’auto-hypnose en postopératoire, en formant les patientes à prolonger l’exercice chez elles, afin de gérer elles-mêmes au mieux leur stress, ou dans des cas de préparation aux cures de chimiothérapie et de radiothérapie.

Les apports d’une médecine complémentaire

Autant de techniques qui apportent des bénéfices essentiels en oncologie. « Le contexte du cancer du sein est un contexte très particulier, avec des angoisses de mort  très  prégnantes. Je travaille avec les malades autant sur la douleur postopératoire que sur l’angoisse », constate le Dr Maria-Christina Pourtalès. « Les patientes sont très demandeuses car de plus en plus sensibles aux médecines complémentaires.  Elles sont donc réceptives, surtout les femmes jeunes,  avec qui cela marche donc très bien. »

Dans un futur proche, le médecin -anesthésiste aimerait coupler l’hypnose avec l’acupuncture. Pour cela, il lui faudra travailler en collaboration avec un confrère formé à cette dernière technique.

Stéphanie Honoré

(1) idem

(2) Bouté V, Halfon Y. Intérêt de l’hypnose en sénologie : à propos d’une étude de faisabilité concernant les macrobiopsies du sein pour des lésions infracliniques. La Lettre du sénologue n°36, avril-mai-juin 2007