« Sentir le vivant en soi » avec la fasciathérapie | la maison du cancer

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Etre malade, c’est être encore dans la vie. Mais sentir son corps « vivant » lorsque celui-ci est devenu un corps de souffrance(s) n’est pas aisé. Ni médecine douce, ni médecine complémentaire, la fasciathérapie, spécialité de la kinésithérapie peut permettre cela : « ressentir le vivant dans son corps ».

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Une thérapie manuelle

Pratiquée en libéral à 90% par des kinésithérapeuthes, cette discipline allie soin du corps et soin relationnel. Parce que le cancer entraîne une série de stress tant physiques que psychologiques voire sociaux, de nombreuses crispations, douleurs, tensions, rigidités s’installent  dans le corps. Les mains du thérapeute peuvent alors décrisper, relâcher, détendre et délier les fascias (les tissus et membranes) qui enveloppent et relient entre eux les muscles, os, viscères, et système nerveux. Ce toucher est doux, profond et lent, presque imperceptible et pourtant il peut permettre au patient d’améliorer la perception de son corps, et donc d’être à l’écoute de celui-ci.

Il y a presque 30 ans que Danis Bois, kinésithérapeute, ostéopathe  et Docteur en Sciences de l’éducation, a mis au point la fasciathérapie (à distinguer d’une autre méthode « la fasciapulsologie » de Christian Carini prenant en compte le pouls artériel). Enseignant à l’université Fernando Pessoa de Porto, Danis Bois organise à Paris des sessions de formation sur « la place de la fasciathérapie auprès des personnes qui vivent l’épreuve du cancer » et tient à rappeler que  « la fasciathérapie ne peut guérir du cancer » . Mais, selon lui, une séance peut effectivement permettre de « gérer la douleur par le toucher relationnel, accompagner la personne, soulager une tension, agir sur la qualité du sommeil,  le stress et  le vécu du corps ». Il rappelle l’importance du toucher manuel : « Il est un lieu d’échange entre le soignant et le soigné, un moyen d’atteindre  la personne dans sa profondeur. » L’écrivain Paul Valéry le disait aussi : « la peau est ce qu’il y a de plus profond en nous ». Il est vrai que dès la naissance, le toucher est celui des 5 sens essentiels de l’humain qui sécurise l’enfant, adulte en devenir.

Un toucher de relation

L’humain est au cœur du soin dans cette pratique où le travail des mains est aussi un toucher de relation, explique Christian Courraud, fasciathérapeuthe et formateur : « une séance de fasciathérapie est comme un moment de « dialogue verbal » avec les tissus. On perçoit la demande silencieuse du corps, son mouvement. On est aussi à l’écoute de la personne. Le toucher permet de répondre au bon moment au bon endroit. Ce moyen subtil d’écouter peut permettre de réveiller des parties du corps endormies. Ainsi la tension psychique peut être diminuée grâce au seul toucher. On atteint la partie vivante du corps,  pas la partie malade et surtout, on se sent vivant après une séance. » Il est vrai que la question du corps est souvent mise de coté. A l’ hôpital mais aussi pour chacun personnellement : « Comment je ressens mon corps et comment je me sens avec lui ? » sont des questions que nous nous posons rarement. « Le corps est un corps vivant » et la fasciathérapie peut permettre cette prise de conscience. Christian Courraud conseille aux proches aussi de faire cette expérience « qui peut favoriser une diminution du stress et de l’angoisse et des  ressentis à partager, peut-être, avec le malade qui nous est proche ».

Enfin, Hélène Bourhis, kinésithérapeute et responsable de formation de l’institut privé « point d’appui » qui forme à la fasciathérapie, nous a apporté des réponses pratiques : « la fasciathérapie peut se pratiquer à tout âge et à tout moment : il n’y a aucune contre-indication (je me suis occupée d’un enfant atteint de leucémie et ce toucher manuel lui a permis de se sentir plus en sécurité dans son corps). Nous formons nos stagiaires pendant 4 ans et il y a environ 300 fasciathérapeuthes diplômés en France ». Le prix moyen d’une séance d’une heure (qui se pratique habillé) est de 60 euros rarement remboursées (sauf en cas de prescription et avec un kiné conventionné). Les séances peuvent être rapprochées en fonction de la tolérance de la personne.

Marina Lemaire

Pour trouver un fasciathérapeuthe :  le site de la fédération nationale des kinés fasciathérapeuthes.


“La fasciathérapie, une nouvelle méthode pour le bien-être “d’isabelle ESCHALIER, 2005, Le cherche midi.

“Fasciathérapie : une thérapie manuelle de la profondeur” de Danis BOIS et Eve BERGER, 1990, Editions Guy Trédaniel, Paris.