Voir le bon côté de la vie grâce à la méditation de Pleine Conscience | la maison du cancer

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Discrètement mais sûrement, la Méditation de Pleine Conscience qui s’est imposée dans les hôpitaux américains fait son entrée dans les services d’oncologie de l’hexagone. Cette technique de concentration sur le moment présent et ses sensations physiques se révèle particulièrement efficace pour combattre anxiété et stress.

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«Fermez les yeux, respirez à votre rythme». «Concentrez vous sur les orteils de votre pied gauche… sur chaque sensation dans cette partie de votre corps…le contact avec la couverture… le contact entre vos doigts de pieds… Sentez votre respiration jusque dans vos orteils…».Cet exercice du «scan corporel» remporte toujours un franc succès auprès des patients, lors des huit séances qui composent le cycle de «Méditation de Pleine Conscience», également appelée «Mindfulness». 

Cette pratique ancestrale puise ses racines dans la philosophie bouddhique. Elle a été introduite dans les hôpitaux américains dans les années 1980, suite aux recherches d’un pionnier en la matière, Jon Kabat-Zinn. On la retrouve aujourd’hui sous le nom de MBCT (Mindfulness Based Cognitive Therapy) dans les services de psychiatrie où on l’utilise pour combattre la dépression et ses rechutes. Sous le nom de MBSR (Mindfulness Based Stress Reduction), elle est entrée dans les services, notamment, d’oncologie, où avec elle, on cherche à atténuer l’anxiété liée aux traitements et aider les patients à voir leur quotidien autrement.

 « Le scan corporel est l’exercice de MBSR que je préfère», explique Michel, 60 ans, atteint d’un cancer du péritoine. «Quand on suit un traitement lourd comme le mien, on se laisse gagner par des idées noires. On est soit projeté dans le passé, à ruminer les causes de notre maladie, soit dans le futur, à se demander combien de temps il nous reste. Cette méditation permet de ramener le cerveau à des choses plus concrètes, au moment présent. Elle soulage à la fois sur le plan physique, les douleurs du dos par exemple grâce à certaines postures, et sur le plan moral, je me suis rapproché des choses simples et belles, qu’on a tendance à oublier dans les moments difficiles». 

Lentement mais sûrement, elle gagne du terrain en Europe, notamment grâce au nombre croissant de praticiens privés qui l’enseignent et, dans une moindre mesure, de partenariats avec des hôpitaux.

A chacun son réconfort

«Chacun trouve en la Méditation de Pleine Conscience un réconfort différent selon ses symptômes», explique Corinne Divorne, psychopédagogue et infirmière aux Hôpitaux Universitaires de Genève, qui enseigne la méditation en privé. Elle prend en charge des patients à domicile et organise également des cycles de méditation de cinq à huit personnes, selon le programme recommandé par les formateurs américains.

«Je m’adapte à chacun. Selon leur état de santé, nous ne travaillons pas dans les mêmes postures, et les exercices varient. Par exemple, une de mes patientes est une jeune femme atteinte d’une tumeur cérébrale. Elle n’a pas tellement de douleurs mais ressent des bouffées d’anxiété liées aux chimios, qui lui font perdre équilibre et vision. Nous travaillons là-dessus. D’autres sont mangés par la fatigue et la douleur, la méditation leur permet de reconnecter avec les parties de leur corps qui ne sont pas atteintes par la maladie».

Les hôpitaux français plutôt sceptiques

Sensation de mieux-être, meilleure gestion du stress et des symptômes, qualité de sommeil supérieure… Aux Etats-Unis, les excellents résultats obtenus sur les patients en oncologie ont permis l’intégration des cycles de méditation dans les traitements de plus de 250 hôpitaux. Des études indépendantes tendent à souligner le rôle positif de la MBSR auprès des malades.

Pour Ann Webster, directrice du Mind/Body Program for Cancer au sein du berceau de la MBSR, le Massachusetts General Hospital de Boston, cela ne fait aucun doute. Une étude pilote menée dans son service atteste du fait que 98% des patients ressentent un effet positif, quel que soit le type et le stade de leur cancer: «c’est une preuve de l’efficacité de la Méditation de Pleine Conscience. Les patients sont vraiment reconnaissants de se voir proposer la MBSR. Cela fait près de quarante ans que ces pratiques ont été mises en place ici, et la demande n’a cessé d’augmenter jusqu’à exploser aujourd’hui».

Depuis une petite dizaine d’années, la méditation s’est développée dans le cadre hospitalier français, notamment en psychiatrie, où les bienfaits de la MBCT ont été mis en avant par Christophe André. Dans les services d’oncologie cependant, la pratique reste confidentielle. Si certains se lancent, comme à l’hôpital René Huguenin (92) sous l’impulsion de Marie-Ange Pratili, oncologue et gynécologue, les services qui proposent la MBSR restent l’exception – la règle étant le scepticisme. «Cette pratique doit être validée par des études rigoureuses portant sur des échantillons de patients plus importants et avec des groupes contrôles actifs. La plupart des études comparent le fait de suivre ce programme avec le fait de ne rien faire du tout. Or, différentes activités peuvent avoir un bénéfice sur l’anxiété et le stress des patients», explique le Dr Sarah Dauchy, psychiatre et présidente de la Société française de psycho-oncologie lors d’une interview accordée au Figaro.

«Cela va changer» 

Comme des centaines de patients dans l’hexagone, c’est par bouche à oreille que Michel a pris connaissance de la MBSR. Il médite lors de cours privés, une fois sorti de l’hôpital. «Je suis passé par trois hôpitaux franciliens, et aucun médecin, aucun psychologue ne m’a jamais parlé de la méditation. Ils n’y croient pas», regrette-t-il. Aujourd’hui, c’est lui qui distribue des tracts auprès des patients en oncologie de l’hôpital de Corbeil (91).

«Cela va changer», affirme Nadine Germain, psychothérapeute et sophrologue, praticienne privée de MBSR. Depuis 2011, la Ligue Contre le Cancer a mis en place, pour les malades et pour leurs proches, différents parcours de 8 séances gratuites. «Les considérations financières ne doivent empêcher personne de participer» affirme Mme Germain, qui anime ces ateliers (retrouvez toutes les informations en suivant ce lien). «Maintenant que la Ligue met cette pratique en avant et que la demande est réelle, les services d’oncologie vont commencer à y être plus sensibles», pours

Attention, «pas de miracle» cependant, tiennent à souligner les instructeurs: la méditation ne remplace aucun traitement et demande une pratique régulière quotidienne. Chaque personne «accroche» différemment. Mais ce qui est certain, pour Michel, c’est que «même ceux qui y allaient à reculons y ont trouvé leur compte… et moi, je m’y raccroche dès que j’ai un moment difficile car la méditation me permet de voir la vie du bon côté».

Célia Héron