Les médecines complémentaires au menu d'Eurocancer | la maison du cancer

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De jeunes oncologues se sont penchés sur la demande croissante des patients et leur intérêt pour les médecines complémentaires, dans le cadre du congrès Eurocancer qui s’est tenu la semaine dernière. Quelles informations et préconisations donner à ces patients désireux de se soigner autrement ?

D’abord ne pas nuire : « Primum non nocere » : tel est l’un des  principes essentiels  figurant dans le serment d’Hippocrate appris par les étudiants en médecine. C’est sans doute le premier réflexe à avoir avant de se soigner « autrement. » Une médecine complémentaire ne  doit jamais être traitement de substitution. C’est ce qu’a rappelé la session des jeunes oncologues organisée par l’AERIO (une association médicale regroupant des Internes, Chefs de Cliniques et médecins se spécialisant en oncologie) au congrès Eurocancer. « Ces méthodes doivent traiter les conséquences du cancer mais ne peuvent traiter le cancer », a souligné le docteur David Alimi, qui pratique l’auriculothérapie à l’Institut Gustave Roussy.

Ce principe étant posé, cette session a permis d’acter un véritable changement de mentalité des médecins, une ouverture sur ces sujets, imposée par l’évolution de la relation médecin/malade et du rapport du patient à sa maladie. Choisir pour soi-même un autre traitement complémentaire est aussi une façon de devenir acteur de sa maladie.

Si ces jeunes médecins attestent de l’efficacité de l’acupuncture, de l’homéopathie ou de l’auriculothérapie, ils sont aussi confrontés à des questions nouvelles, notamment autour de l’alimentation. « Que dois-je manger ? » « Faut-il prendre des béta-carogènes ? des suppléments en Vitamines E ? » « Et les antioxydants ? » etc. Là encore, beaucoup d’études, un faible niveau de preuve pour certaines et pas de vrai positionnement de la faculté de médecine. Ainsi aucune société savante ne recommande une quelconque  supplémentation  vitaminique en cours de traitement. Le professeur Laurent Zélek l’a bien rappelé : « Il n’existe pas d’aliment miraculeux anti-cancer ! » mais des règles de bon sens, une meilleure hygiène de vie, une activité physique (si l’on peut) améliorent aussi la qualité de vie.

Par ailleurs, il faut veiller aux interactions et complications potentielles liées à ces médecines complémentaires. Lorsqu’un patient se trouve dans une phase I d’essai d’un nouveau traitement, le recours caché à un complément alimentaire peut amoindrir l’efficacité d’une nouvelle molécule expérimentée et donc fausser le résultat. Une interaction médicamenteuse peut aussi surgir : la toxicité des thérapies conventionnelles peut être majorée et entrainer des troubles hépatiques, cardiovasculaires ou une fatigue supplémentaire là ou un effet inverse était escompté ! Certains produits altèrent l’efficacité des thérapies ciblées, c’est le cas du Millepertuis si souvent conseillé pour son effet antidépresseur.

Dans tous les cas, il est donc recommandé pour le patient d’être le plus transparent possible avec son oncologue sur la façon dont il se soigne par ailleurs. Une étude a été menée en France début 2010 sur 844 patients: 60% utilisaient des médecines complémentaires (et 48% avant l’arrivée de la maladie dans leur vie). Mais près de la moitié n’en ont jamais parlé à leurs soignants. Etait-ce par crainte, rejet éventuel du médecin, inquiétude du jugement porté ou par manque de confiance ? 84% de ces patients les trouvaient efficaces avec une large part consacrée à l’homéopathie, la phytothérapie ou l’acupuncture.

Ces jeunes médecins le constatent : lorsque les traitements conventionnels échouent, ou lors que les effets secondaires sont trop forts, les patients vont bien vers les médecines complémentaires. Et c’est sans doute aussi la preuve que les médecins devraient orienter mieux les patients vers des soins de supports susceptibles de leur apporter un confort, une meilleure qualité de vie pendant la maladie.

Marina Lemaire

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