Chimio orale : la nécessaire vigilance des patients | la maison du cancer

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Venir à bout de son cancer grâce à la prise à domicile d’un médicament, c’est désormais possible grâce aux chimiothérapies orales. Alors que la recherche se concentre sur le développement de ce traitement beaucoup moins lourd pour les patients, retour sur ses avantages et ses inconvénients.

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Les chimiothérapies orales font partie des belles avancées scientifiques de la dernière décennie. Elles répondent en effet à une triple exigence : améliorer la qualité de vie des patients, leur donner une plus grande autonomie, tout en garantissant une efficacité au moins égale ou supérieure à une chimiothérapie classique. Cependant, ce type de traitement n’est pas à prendre à la légère. Car il présente des avantages…et des inconvénients. Alors qu’elle est habituellement administrée par voie intraveineuse, cette chimiothérapie se prend sous la forme de comprimés ou de capsules. Elle évite ainsi tout le stress et les inconvénients liés aux piqûres : la peur, mais aussi la pose d’une chambre implantable ou cathéter, comme c’est généralement le cas pour les traitements classiques. Ainsi, elle permet d’échapper au bloc opératoire et à l’ anesthésie générale.

« L’avantage principal de la prise orale est que cela évite les interminables allers-retours à l’hôpital, souligne le Dr Francoise May-Levin, cancérologue à la Ligue contre le cancer. On peut prendre son comprimé seul, chez soi ». C’est ce que fait Sylvie, 53 ans. Atteinte d’un cancer du sein, son oncologue lui a prescrit un traitement qu’elle doit prendre très scrupuleusement. « J’ai l’habitude de noter les heures et les jours de prise sur un carnet, afin d’éviter tout oubli, raconte-t-elle. C’est un réflexe à avoir et ça me rassure». Grâce à cette prise orale, Sylvie envisage de partir quelques jours cet été, ce qui aurait été «impossible» avec une chimiothérapie par voie intraveineuse.

Cette plus grande liberté donnée par la prise orale peut cependant représenter un risque. « Il faut absolument s’assurer de la compliance des patients, relativise le Dr Francoise May-Levin, c’est-à-dire de la rigueur avec laquelle ils vont prendre leur traitement. Tout le travail de l’oncologue est de vérifier cette capacité». Ainsi si la prise orale n’est pas interdite aux personnes âgées, l’oncologue sera très vigilant sur leur état de santé et leur forme mentale. « Quelqu’un qui, par mégarde, prendrait deux comprimés au lieu d’un seul ou l’oublierait tout simplement, s’exposerait à de gros risques », prévient le docteur. L’efficacité du traitement pourrait ainsi être diminuée ou les effets secondaires augmentés.

«Il ne faut absolument pas banaliser la chimio orale», ajoute Dr Francoise May-Levin. La prise orale n’évite pas les effets secondaires, comme les vit Sylvie qui a perdu ses cheveux.

« Malgré l’absence de déplacements, je suis aussi très fatiguée », précise celle-ci. Si les effets indésirables varient selon les patients, ils sont toutefois différents de lors d’une administration en intraveineuse. « Lors d’une prise orale, une molécule comme le Xeloda aura davantage tendance à favoriser le syndrôme main-pied par exemple, qui se traduit par des engourdissements et des fourmillements aux extrémités », explique le Dr Francoise May-Levin.

La cancérologue insiste encore et toujours sur la rigueur nécessaire pour la réussite de la méthode. Certains médicaments doivent ainsi être conservés impérativement au réfrigérateur et d’autres comportent un grand nombre de comprimés à gérer.

Pour qu’une chimiothérapie orale soit efficace et bien tolérée, le patient doit donc être un véritable acteur de son traitement, bien davantage que lors d’un protocole classique. C’est pourquoi certains oncologues sont encore réticents à la prescrire. D’autant plus que cette méthode, si elle se développe, ne concerne qu’un nombre mineur de cancers, essentiellement ceux du sein et du poumon.

Cécile Cailliez