Prévenir et traiter le lymphoedème | la maison du cancer

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10 à 15% des patientes ayant subi un curage ganglionnaire axillaire après un cancer du sein développent un lymphœdème, dit aussi « gros bras ». Le Dr Stéphane Vignes, chef de l’unité de lymphologie de l’Hôpital Cognacq-Jay à Paris, dirige une équipe spécialisée dans la prise en charge du lymphœdème. Attention ! Il bouscule clairement certaines idées reçues sur ce sujet.

 

LMC : qu’est-ce qu’un lymphœdème?

Le lymphœdème est dû à l’interruption du circuit lymphatique au niveau axillaire après la chirurgie et la radiothérapie. La lymphe ne circule plus normalement et s’accumule dans le membre supérieur. Cette stagnation entraîne un épaississement de la peau et une accumulation de tissu adipeux. L’idée reçue que le lymphœdème ne serait constitué que “d’eau” est fausse – il ne contient que 30% environ “d’eau”- le reste étant un amas solide de tissus. Le lymphœdème ne peut donc diminuer que partiellement et le bras restera toujours plus volumineux que l’autre. C’est un problème chronique qui demande des soins prolongés pour éviter que le volume n’augmente encore.

LMC : peut-on le prévenir ?

On ne sait pas exactement pourquoi certaines femmes développent un lymphœdème après leur curage et d’autres non. Un curage axillaire classique entraîne plus de risque d’avoir un lymphœdème que la technique du ganglion sentinelle. Quant à l’idée reçue qui voudrait qu’on développe un lymphœdème suite à une piqûre, elle est fausse. On ne risque rien à avoir une prise de sang dans le bras ayant subi un curage, tant que l’aiguille est stérilisée. On sait aussi que les femmes qui sont en surpoids lors du traitement du cancer du sein ou qui prennent du poids après le traitement ont plus de risque que les autres d’avoir un lymphœdème Après le traitement du cancer, il est important de maintenir une mobilité normale de l’épaule en faisant si nécessaire de la rééducation avec un kinésithérapeute. Les activités physiques doivent être maintenues sans restriction.

LMC : y compris lorsque le lymphœdème n’a pu être évité ?

L’idée selon laquelle il ne faudrait pas bouger le bras lorsqu’on a un lymphœdème – ou ne rien porter, rester le bras en écharpe – est à oublier ! Les dernières études scientifiques démontrent  même les bienfaits de l’haltérophilie (pratiquée avec un coach médecin ou un kinésithérapeute bien sûr !). Le membre supérieur doit être utilisé normalement sans restriction particulière, la patiente étant elle-même son propre guide, avec son ressenti. Il n’y a pas de conseils particuliers pour les piqûres septiques. Un lavage à l’eau et au savon est suffisant. Quant au soleil, les conseils sont les mêmes pour tous avec ou sans lymphœdème : pendant et après les traitements, les expositions prolongées et non protégées sont à éviter.

LMC : comment peut-on traiter ce problème?

Lorsque le lymphœdème est apparu, le but est de réduire le volume au maximum et ensuite de maintenir celui-ci. Pour réduire le volume, on utilise des bandages spécifiques avec des bandes non élastiques qu’un kinésithérapeute pose sur le bras en y associant un capitonnage (mousse, coton). Ces bandages sont gardés entre 24 et 48 heures et sont régulièrement refaits pendant 2 à 3 semaines. On y associe généralement des drainages lymphatiques manuels. Ensuite, il faut porter du matin au soir –mais pas la nuit- un manchon s’arrêtant à la base des doigts ou au niveau du poignet en fonction de l’atteinte ou non de la main. Les bandages (en plus du manchon porté la journée) peuvent aussi être refaits par les patientes elles-mêmes, une nuit sur deux, après avoir appris la technique avec un kinésithérapeute.

LMC : n’y a-t-il alors aucun risque ?

La principale complication peut-être la survenue d’un érysipèle (fièvre, frissons puis bras rouge, chaud et douloureux), dont le traitement repose sur les antibiotiques. Ces infections peuvent survenir en cas de blessures, même minimes, du bras. Le manchon doit alors être porté de façon prolongé, en le remplaçant tous les trois-quatre mois. Ce traitement est contraignant et long, mais il permet de stabiliser le lymphœdème et d’éviter ainsi qu’il augmente de volume.

Stéphanie Honoré